. Ubik de Philip K. Dick | Fant'asie
Kameyoko 23/02/2010 5

Ubik de Philip K. Dick

Ubik, roman de science-fiction de Philip K.Dick

Un classique de la science-fiction atypique

Voilà encore une critique qui s’annonce difficile à rédiger. Pourquoi? Parce que Philip K. Dick! Cet auteur de science-fiction élevé au rang de maître du genre est un écrivain qui a abusé des amphétamines. Ces romans sont souvent le fruit de ces trips. Du coup, c’est un style très particulier, qui va à l’encontre de ce qu’on lit d’habitude.
Ubik se place dans cette veine de ses romans complexes, imaginaires et avec un déroulement déroutant.
J’avais testé Blade Runner qui m’avait laissé une impression mitigée. On sentait son univers particulier mais il était justement trop particulier.

Il parait que ce titre est son œuvre la plus accomplie mais également un titre encore plus déroutant. Mais qu’en est-il?

Résumé de Ubik de Philip Kindred Dick

Je vais essayer de faire un résumé, mais il sera forcément pas très bon. Ubik est trop dur à résumer pour donner envie d’aller plus loin.

Dans un futur proche, en 1992 (futur pour l’époque) Joe Chip est un testeur de champ psi travaillant pour Glen Runciter, patron d’une société spécialisée dans les anti-psi et en concurrence avec Hollis Entreprise. Dans ce monde, il existe des télépathes et des précognitifs chargés d’espionner les gens. La compagnie de Runciter a donc pour mission de les contrecarrer.

Le héros, Joe Chip, est un peu dépassé par ce monde très consumériste où la moindre action coûte quelque chose (comme prendre une douche, ouvrir une porte…) Il a des problèmes avec l’alcool et est perpétuellement fauché.

Un jour, une juteuse mission est confiée à Runciter qui part avec Joe et sa meilleure équipe d’anti-psi sur la Lune.

Là-bas, ils sont victime d’un attentat. Glen Runciter est tué au cours de l’explosion. Les autres employés prennent la décision de l’amener au Moratorium où se trouve déjà sa femme pour la placer dans un état de « semie-vie« .

Après avoir réussi à l’y placer, l’équipe d’anti-psi menée par Joe Chip commence à vivre des dérèglements de la réalité. En effet, les objets commencent à régresser vers le passé, et un membre de l’équipe meurt desséché. Puis, après, les survivants commenceront à voir des manifestations de Glen Runciter (par exemple sur des pièces de monnaie) ou des messages de sa part.

Petit à petit leur monde va régresser vers le passé et la mort plane. Le seul moyen d’éviter cela semble être le produit Ubik.

Qu’est-ce que Ubik? Pourquoi régressent-ils? Pourquoi Glen Runciter est-il si présent? Comment s’en sortir?

Un titre très particulier

J’ai l’impression que c’est une constante avec Philip K. Dick, ces oeuvres sont très dures à critiquer. En plus comme pour Blade Runner, j’ai un sentiment un peu partagé (même si j’aime beaucoup) même si ce titre a plus de génie.

L’auteur est connu pour avoir carburé aux amphétamines, et ça se ressent dans ses récits. Ubik ne déroge pas à la règle, c’est clairement un trip déroutant.

Après un début un peu long et où on ne sait pas trop où veut en venir l’écrivain, la suite devient passionnante mais surtout intrigante.

Le début bien qu’écrit dans un style clair, j’ai eu du mal à pénétrer dans le monde décrit par Dick. Déjà, il faut faire abstraction de la date de l’époque. Forcément quand on nous présente un monde qui est sensé être en 1992 alors qu’on est en 2010 et qu’on se rend compte qu’on est très loin de la description, il faut être capable de faire abstraction de cela.

Ce roman n’a pas pour but de présenter un futur (pour l’époque) probable. La date ne sert qu’à montrer que l’action se déroule dans un futur qui se veut relativement proche.

Ensuite le monde dépeint par l’auteur est très capitaliste et tout tourne autour de l’argent. Dans les conapts (les appartements) tout est payant, la moindre action nécessite de donner une pièce : prendre une douche, ouvrir la porte, prendre quelque chose dans le frigo…

Les machines sont même douées de programmes leur permettant de « parler » et donc de « critiquer », par exemple lorsque Joe Chip refuse de payer.

Au-delà de ça, on peut avoir du mal à comprendre le travail de Joe Chip et la présence des précognitifs (les precogs), des télépathes et des anti-psi.

De plus ce schéma sera perturbé par l’arrivée de Patricia Conley qui a un pouvoir unique permettant de contrer les precogs. Son don est assez difficile à assimiler.

Personnellement, j’ai trouvé que l’intrigue a tardé à se mettre en place au début. Tout débute réellement, une fois que le groupe envoyé sur la Lune commence à subir des dérèglements.

A partir de là, le roman bascule vraiment vers quelque chose de très original qui touche presque du doigt le génie.

En effet, Philip K. Dick mêlent plusieurs aspects de la SF comme les limites de la vie et de la mort, des « mondes parallèles » (comprendre plus par là mélangeant les réalités), des digressions temporelles, et des pouvoirs psychiques.

Le récit met le lecteur dans l’incompréhension et la confusion. Les évènements se succèdent brillamment, sans que jamais on comprenne le fin mot de l’histoire, ni où cela va nous mener. C’est une intrigue paranoïaque où le lecteur est emmené dans un dédales d’hypothèses mais surtout d’incertitudes et d’interrogations.

C’est très difficile d’expliquer ce que j’ai pu ressentir à la lecture. Mais j’ai adoré cette régression dans le temps qui mènera à 1939, l’importance et la quête d’Ubik, l’omnipotence mais aussi l’absence de Runciter et l’ambiguïté sur le vivant, la mort ou la semie-vie.

Le lecteur ne peut qu’être dans la confusion jusqu’à la toute fin du roman. Cette fin est juste énorme et permet de mieux comprendre tout ce qui découlait avant. Le retournement de situation de la fin est archi-culte mais ô combien maitrisé. Autant avant, j’ai pu avoir l’impression que l’auteur ne savait pas trop où il nous emmenait, autant avec cette fin, j’ai changé d’avis. A l’annonce de la conclusion, on repense différemment aux évènements précédents et c’est aussi ça qui donne tout la saveur à ce roman.

C’est une expérience de lecture unique mais pas facile. Comme je le disais, le début n’est pas très captivant. Ça le devient ensuite. Mais même si on se laisse porter par les évènements, nous n’avons pas les clés de compréhension. On ne saisi pas ce qu’il se passe et on se demande si on le comprendra au final. Mais la fin est géniale et permet de lier tout ce qu’on lu auparavant.

Mais même cette phase, où on a l’impression d’être dans une hallucination est très intéressante parce que Philip K. Dick jongle bien avec les différentes réalités et les digressions temporelles et avec ce statut de semie-vie central.

Je le répète mais c’est une expérience. Donc soit on rentre dedans, soit on passe à coté. Ça ne plaira pas à tout le monde.

Et ce d’autant plus que tout n’est pas exempt de tout reproche. Ma principale critique est au niveau des personnages. Joe Chip manque de charisme et je n’ai pas réussi à m’y attacher ou à avoir de l’empathie. De même le personnage de Patricia Conley n’est pas exploité comme il le mériterait. Elle est ambiguë, puissante et mystérieuse. Pourtant même si elle joue un rôle prépondérant, j’ai le sentiment que le romancier est passé un peu à coté.

Pour les autres membres de l’équipe, ils font presque office de figuration. Ils sont trop peu développés, intéressants et utilisés. Le seul personnage qui ressort du lot est Glen Runciter. Ses interventions énigmatiques, son statut inconnu mais surtout son omniscience et sa matérialisation rendent ce personnage unique. C’est pour moi, le personnage le plus captivant et en même temps intrigant de l’histoire.

Et puis j’adore le concept de le rendre archi-présent sans qu’il soit réellement là et sans qu’il intervienne directement et de façon claire.

Pour conclure, Ubik est un roman très particulier, une expérience de lecture qui divisera. Le récit est vraiment étrange, mystérieux et on sait pas où il va nous mener. On pourrait même penser que ce n’est pas cohérent. Par contre la fin est magistrale et m’a scotchée . Indéniablement la force du roman vient de sa conclusion et de l’éclaircissement des évènements du livre suite à cette fin.
Il y a dans ce Ubik, quelque chose qui touche au génie. Mais c’est tellement particulier, que c’est difficile d’en faire une critique.

Pour résumer en une phrase : faites vous-même l’expérience Ubik, et jugez après!

Et vous qu’en avez pensé? La fin est-elle l’une des meilleures imaginée? Philip K. Dick est-il critiquable?

5 commentaires »

  1. Des Geeks et des lettres 25/02/2010 at 18:09 -

    Un petit coucou ! Etant un admirateur de Philip K. Dick, je trouve bien entendu que tout ce qui permet de le faire découvrir à de nouveaux auteurs est utile ; cependant, je précise tout de même qu’Ubik n’est pas un roman de fantasy mais de SF pure, en que l’auteur est considéré comme un pionnier de l’âge d’or de la SF américaine. Merci de l’avoir lu et d’avoir rédigé un article sur ce génie. ++ Greg.
    PS : je dis ça par rapport au titre du blog (fantaisie) et au sous-titre (Blog consacré à la fantasy, aux mangas et au gunpla)

  2. Kameyoko 26/02/2010 at 16:48 -

    @Des geeks et des lettres : Je précise bien qu’Ubik c’est de la bonne vieille SF, même si, effectivement, je me positionne plus sur de la fantasy. Mais la SF et la fantasy sont des styles littéraires pas très éloigné.

    Même si Dick est considéré comme un génie, il faut avouer que son style est particulier

  3. Tigger Lilly 27/02/2010 at 11:53 -

    Un de mes livres préférés. Je le trouve vraiment terrible. C’est difficile à lire, certes, mais justement, on est à 1000 lieues d’un bouquin pour la plage. Le genre de bouquin qui te fait réfléchir et auquel tu continues à penser alors que tu l’as refermé.Faut que je le relise, encore.

  4. kesasar 28/02/2010 at 12:49 -

    Bonjour
    Je recommande le Dieu venu du centaure de Philip K. Dick
    Il est excellent aussi et écrit aussi sous amphétamine.
    D’ailleurs le roman tourne autour d’une drogue le K Priss !

  5. Kameyoko 01/03/2010 at 15:15 -

    @Tigger Lilly : C’est sûr que c’est pas un bouquin de plage. Mais je pense que son style n’est pas très accessible.

    @Kesasar : J’ai entendu parlé de ce titre. Mais je me mefie quand même du style bien particulier de Philp Dick

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