. Trouble is my business – tomes 1 et 2 de Jirô Taniguchi | Fant'asie
Kameyoko 26/06/2013 1
Trouble is my business – tomes 1 et 2 de Jirô Taniguchi
  • Scénario
  • Graphisme

Trouble is my business - tome 1 de Jirô Taniguchi

Trouble is my business – tomes 1 et 2 de Jirô Taniguchi et Natsuo Sekikawa

Une oeuvre de jeunesse de Taniguchi

Trouble is my business (Jikenya Kagyou en VO) est l’une des premières œuvres du très renommé Jirô Taniguchi. Ce dernier est connu pour des oeuvres comme Quartier Lointain, Un Ciel Radieux, Journal de mon père, le Sommet des Dieux ou encore un Zoo en Hiver et tant d’autres. Il est connu pour écrire des seinen tranches de vie, souvent axés sur les relations familiales.

Mais dans ce manga, on voit une autre facette de l’artiste avec un titre plus axé polar.
Trouble is my business – tomes 1 et 2 de Jirô Taniguchi et Natsuo Sekikawa sont édités par Kana et sont disponibles à la vente depuis, respectivement, les 15 février 2013 et 24 mai 2013.

Résumé de Trouble is my business 1 et 2 chez Kana

Résumé du tome 1 :

Jotaro Fukamachi est un détective privé. Divorcé d’une femme qu’il ne parvient pas à oublier, avec qui il a eu une fille. Il a le droit de voir celle-ci une fois par mois et il a régulièrement des contacts téléphoniques avec elle. Il loge dans le cabinet d’une femme dentiste au caractère bien trempé (qui deviendra son associée à la fin de la série). Il a une réputation de fin limier, mais il est plutôt pingre et se montre souvent intéressé. D’un autre côté, il a des principes (parfois assez caricaturés) auxquels il se tient. Le principal étant de « tenir toujours une promesse », cela même si la personne à qui il a fait cette promesse n’est plus de ce monde. Du coup, il lui arrive de s’investir excessivement dans des affaires qui ne lui rapportent rien comme bénéfice. Il est ami avec un chef yakuza plutôt intello et gentleman, Kurosaki, a des relations avec un loueur d’armes appelé “le fugu”, un commissaire ripou et d’autres habitants du milieu. A travers les affaires de disparitions, d’enquêtes de proximité, de recherches de personnes, il fait face aux côtés sombres de l’être humain. Malgré tout, il ne perd pas son humour et sa confiance en l’humanité.

Résumé du tome 2 :

Jotaro Fukamachi est un détective privé et a la réputation de fin limier. Plutôt pingre, il se montre souvent intéressé. D’un autre côté, il a des principes auxquels il se tient. Le principal étant de « tenir toujours une promesse ». Du coup, il lui arrive de s’investir dans des affaires qui ne lui rapportent rien. À travers les affaires de disparitions, d’enquêtes de proximité, il fait face aux côtés sombres de l’être humain. Pourtant, il ne perd pas son humour et sa confiance en l’humanité.

Un polar efficace

Trouble is my business est une série qui a été publiée de 1974 à 1994. Il s’agit donc d’un seinen assez daté. Mais soyons honnête, si ce manga sort chez nous c’est parce qu’il est signé du plus européen des mangaka : Jirô Taniguchi.
Sauf qu’ici, on sort de son registre habituel, pour quelque chose de plus typé polar et film noir des années 70.

On pourrait accuser Kana d’avoir racler les fonds de tiroir pour profiter de la notoriété du mangaka. C’est probablement un peu le cas, mais d’un autre côté, ce n’est pas pour nous ressortir un titre obscur, à la qualité discutable. Non, Trouble is my business est un vrai seinen intéressant à lire.

Tout d’abord son thème est très bien exploité. On retrouve cette ambiance polar noir, très en vogue il y a quelques décennies. Les auteurs se jouent des codes et clichés du genre. Le personnage principal vit dans un environnement glauque et sale. Il est ténébreux, désabusé et avec une situation familiale compliquée. L’humour est également présent, avec notamment des répliques bien senties. On s’amuse aussi des différentes situations et postures très « poseurs », presque indissociables de l’image que l’on se fait de ce genre d’ambiance : la cigarette, le verre d’alcool, la femme plantureuse, le reflet dans une vitrine, l’imperméable…
On retrouve aussi tous les cas plus ou moins classiques quant on parle de films noirs avec détectives : adultère, yakuzas, drogue, recherche de personnes disparues et autres crimes passionnels.
Ce qui fait qu’on flirte régulièrement entre hommage, clins d’oeil et parodie de films de ce genre.

Ce seinen repose beaucoup sur le personnage principal, un brin loser, presque à la limite de la déprime, radin, mais qui a beaucoup de valeurs. Sa situation personnelle est désastreuse. Il vit dans un appartement un peu sordide chez sa logeuse qui est une dentiste. Il a pour « amis », des flics ripoux, un yakuza et une petite frappe lui louant des armes à feu. Sa femme est partie, ne supportant plus son métier et sa fille le prend de haut, le conseille et le rabroue.
Il trouve souvent le moyen de se retrouver dans de sales affaires mais sans perdre son humour qui le caractérise, qu’on pourrait qualifier d' »à l’ancienne ».
Fukamachi vaut aussi le détour pour ses défauts : sa langue bien pendue, un désintérêt de ses clients, sa mauvaise humeur, son coté pingre, son oisiveté, son langage …
Natsuo Sekikawa nous dresse le portrait d’un homme plus complexe que ce que l’on pouvait croire, désabusé et qui semble subir la vie plutôt que de la vivre. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder sa relation avec sa femme, avec qui il a du mal à renouer, par trop de passivité.
Les personnages secondaires sont récurrents, mais manquent d’un peu de développement. Surtout qu’ils sont assez caricaturaux.

Ces deux tomes sont découpées en petites histoires qui nous plongent dans des affaires dangereuses, parfois sordides. Elles sont indépendantes les unes des autres, même s’il y a un fond qui se conserve tout du long. Ainsi, on retrouve les mêmes personnages secondaires, les soucis de Fukamachi avec l’argent, sa femme et sa fille. Mais les enquêtes sont elles bien indépendantes.
Les histoires sont assez classiques, mais sont un peu pauvres à mon goût. Tout s’enchaîne un peu trop vite pour réellement passionner. Elles sont justes des moyens pour développer la psychologie du personnage et le mettre dans certaines situations compliquées. Elles sont aussi un peu inégales parfois. Certaines sont excellentes quand d’autres sont plus anecdotiques.
J’ai également trouvé que, malgré une certaine volonté de réalisme, certains rebondissements étaient trop faciles. Fukamachi se sort de situation in extremis un peu trop souvent. Le hasard fait trop souvent bien les choses.

Graphiquement, même si on reconnait la patte de Jirô Taniguchi, cela diffère sensiblement de ce qu’on est habitué de voir. Ici, son trait est moins propre, moins net et lisse qu’à l’accoutumée, même s’il joue, une fois encore la carte du réalisme. Ce qui donne un petit coté sale et glauque. Mais finalement, cela convient mieux au genre polar. Son découpage est assez efficace et dynamique. Il offre aussi, par moment, de belles mises en scène, jouant avec les clichés. Je ferais également aussi un petit reproche sur certains personnages qu’on peine à identifier. Soit parce qu’ils sont trop ressemblant avec d’autres, soit à cause d’un charadesign médiocre.
En revanche, même si le dessin ne fait pas si désuet, on sent le poids de années quand même.

Pour conclure, Trouble is my business n’est pas un simple fond de tiroir pour surfer sur la hype autour de Taniguchi. C’est d’abord un bon polar, qui se lit bien, reposant sur son personnage principal et son ambiance très empreinte de films d’époque. Ces deux premiers tomes sont assez engageants pour la suite, et on prend plaisir à suivre les aventures de Fukamachi. Mais ce seinen aurait pu être encore mieux, si les histoires et les personnages secondaires étaient plus développés.
Si vous aimez Taniguchi, ce titre est à lire. Si vous ne le connaissez pas laissez-vous embarquer dans cette ambiance film noir qui a son charme.

Et vous qu’avez-vous pensé de ce titre ? Cela valait-il le coup d’aller chercher un titre des années 80 et de le sortir en France ?

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