. The Infinite Loop – tome 1 de Pierrick Colinet et Elsa Charretier | Fant'asie
Kameyoko 05/02/2016 0
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  • Graphisme

The Infinite Loop - tome 1

The Infinite Loop – tome 1 de Pierrick Colinet et Elsa Charretier

Un comic français publié aux Etats-Unis

The Infinite Loop est une oeuvre de deux français : Pierrick Colinet et Elsa Charretier qui s’est financée sur Ulule, avant de connaître une publication aux Etats-Unis chez IDW.
L’album relié arrive en France au catalogue du renouveau de Glénat Comics.

Mais que vaut ce comic prometteur ?

The Infinite Loop – tome 1 : l’éveil de Pierrick Colinet et Elsa Charretier est édité par Glénat Comics et est disponible la vente depuis le 26 août 2015

Résumé de The Infinite Loop 1 chez Glénat Comics

Résumé de l’éditeur :

Teddy vit dans un futur lointain, un monde édulcoré et sans aspérité où il n’y a plus d’enjeux, plus de haine, et surtout… plus d’amour. Un monde en apparence apaisé et sans conflit et où les voyages spatiotemporels font partie du quotidien. Teddy y mène une existence parfaite, exerçant son travail de correcteur d’anomalies temporelles au sein d’une brigade gouvernementale. Sa vie se déroule sans accroc jusqu’à ce que l’une de ces anomalies prenne la forme d’une jeune femme. Teddy est alors confrontée à un choix terrible : osera-t-elle défier sa hiérarchie et sauver l’anomalie ou va-t-elle purement et simplement la supprimer ?

Comment s’épanouir quand on vous empêche d’aimer librement ? C’est la question à laquelle tentent de répondre Pierrick Colinet et Elsa Charretier, couple d’auteurs français évoluant sur le marché américain, avec The Infinite Loop : une histoire humaniste où la S.F. est un moyen d’aborder des sujets plus délicats.

Anomalies temporelles et histoire d’amour

Même si j’écris cette critique un peu (doux euphémisme) longtemps après la sortie de l’ouvrage, il n’est jamais trop tard pour parler d’un bon titre. Surtout quand celui-ci est l’oeuvre de compatriotes.
On va passer outre la génèse assez extraordinaire du projet qui se termine comme un conte de fée pour les auteurs. On va se concentrer sur le récit en lui-même.

Pierrick Collinet nous introduit son concept dès le départ de façon très pertinente, à savoir les voyages dans le temps. Son héroïne, Terry, vit fans un futur plus ou moins lointain, où les voyages dans le temps sont monnaie courante . Elle est chargée de « corriger » les anomalies de ces voyages, c’est-à-dire tout objet ou créatures présents dans un espace-temps qui n’est pas censé être le sien. Tout ça pour éviter les risques de paradoxes.

Mais toutes ses certitudes vont voler en éclat quand une anomalie un peu spéciale va faire son apparition, en l’occurrence une superbe jeune femme. Alors qu’elle a toujours effectuée ses missions consciensieusement, la jeune fille, va radicalement changer sa vie. Le coeur prendra le pas sur la raison. Commence alors toute une fuite pour échapper à son agence et pouvoir vivre de ses propres choix, de sa propre liberté à aimer.
L’auteur fait entrer son lecteur directement de plein pied dans l’histoire et donne ainsi un rythme soutenu à son récit, qui ne se perd pas à faire des circonvolutions inutiles. De fait, The infinite Loop se dévore sans que l’on s’en rende compte. Et ça c’est souvent bon signe.
Il alterne bien entre les phases d’action, de révélations avec des moments plus propices à la pause et l’introspection et d’autres centrés autour de l’amour naissant entre les deux femmes.

Le scénariste utilise donc comme cadre de la bonne science-fiction articulée autour des voyages spatio-temporels. Il utilise aussi beaucoup de références de la pop-culture que se soit dans ses dialogues, les thèmes ou quelques clins d’œil glissés ici-là. Il utilise aussi quelques concepts intéressants qu’il exploite avec précision par la suite.

Mais au-delà de cette thématique SF, ce qui fait le cœur du récit c’est évidemment l’histoire entre Teddy et cette femme mystérieuse, prénommée Ano. Leur histoire est convaincante et se révèle belle et passionnante. Les deux personnages, bien que très différents forment un couple complémentaire et touchant. Entre une Teddy au caractère fort et indépendant et une Ano presque pure et innocente, ce duo offre des scènes pleines de sensibilité et de justesse. A ce titre il y a d’ailleurs une mini-scène de relations charnelles, qui ne sombre pas du tout dans le voyeurisme et offre encore plus de beauté à ce couple.
Personnellement, le fait qu’il s’agisse d’une relation homosexuelle n’est qu’un détail car ce qui m’importe c’est la notion de « relation ». Je me moque de l’aspect homosexuel. Mais pourtant, ce choix a encore trop de portée et est central. Je ne sais pas quelle est la volonté des auteurs derrière. Est-ce un choix militant, artistique ou les deux ? Dans tous les cas, je n’ai pas trouvé que c’était purement pour le buzz, ou juste militant. C’est juste un fait et habillement traité.
En revanche, même si les artistes revendiquent clairement ce choix et on sent une volonté de faire avancer les mentalité, le dossier sur l’homosexualité dans les comics, réalisé par Katchoo de The Lesbian Geek en pages bonus confirme la portée militante du titre. Il est juste dommage que cet article n’affiche pas assez clairement son auteur et soit un peu trop textuel dans sa mise en forme. Cela peut rebuter certains à la lecture.

Mais ce focus sur l’homosexualité ne doit surtout pas éclipser cette histoire d’amour consistant à briser les règles et les schémas amoureux « classiques ». Surtout que Pierrick Collinet arrive bien à retranscrire les sentiments et les hésitations de Terry. Je pense notamment à une scène qui illustre le conflit interne de l’héroïne, bourrée de créativité et de bonnes idées, le tout magnifié par de superbes dialogues.

Pour trouver des défauts à ce The Infinite Loop, on sent que les auteurs ont été un peu contraints par le format. Certains éléments et rebondissements se déroulent un peu rapidement. Je regrette aussi qu’on n’est pas plus de développements sur le monde d’origine de Teddy, même si on nous fait comprendre qu’elle maintenant trop hors du temps pour s’ancrer dans sa réalité. Mais les thèmes SF, ici développés, auraient pu l’être encore plus.

Au niveau du dessin, le travail d’Elsa Charpentier donne une incroyable personnalité au titre. C’est un peu un mélange entre du Bruce Timm et du Darwyn Cooke. Son style cartoony, très pin-up rend le tout très lisible et simple. Peut-être un peu trop, car certaines cases manquent de détails. Il y a parfois des décors un peu trop vides. Mais cela semble être un choix artistique et assumé.
La colorisation renforce l’aspect cartoony et sexy, tout en suggestion et en forme de pin-up américaines.
Ses charadesign sont bons et certaines planches offrent de superbes découpages. Comme cette fameuse scène d’introspection.

Pour conclure, The Infinite Loop – tome 1 de Pierrick Colinet et Elsa Charretier est français mais arrive à se défaire des clichés qu’on pourrait associer aux comics français. L’histoire est passionnante, juste et rythmée. Ce mélange de SF et d’histoire d’amour cassant les codes est très réussi. Evidemment le choix d’un couple femme-femme donne du piment au titre et a un côté un peu militant, mais, paradoxalement, ne l’est pas tant que ça. C’est juste une belle histoire de sentiments et d’écouter son coeur, sous fond de thriller SF et plein de pop culture. Le titre fourmille aussi de bonnes idées.
Le trait d’Elsa Charretier bien qu’un peu simple, mais volontairement, donne une personnalité folle à ce comic en louchant du côté d’un Bruce Timm par exemple.
Un vrai bon titre qui se lit facilement et avec entrain. Voyons si cette très bonne impression se confirme par la suite.

Mais un gros bravo à nos frenchies !

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