. The Goddamned – tome 1 de Jason Aaron et R.M Guéra | Fant'asie
Kameyoko 30/06/2017 0
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  • Graphisme

The Goddamned - tome 1

The Goddamned – tome 1 de Jason Aaron et R.M Guéra

La malédiction de Caïn

Jason Aaron et R.M Guéra se connaissent bien et ont un peu grandi ensemble. On leur doit le classique Scalped. Même si chacun a vogué à ses occupations, comme Aaron sur Thor, Men of Wrath ou encore Southern Bastards on retrouve ce duo sur ce The Goddamned pour un récit bien différent.

Voyons ce que donne cette réunion de ces deux artistes.

The Goddamned – tome 1 de Jason Aaron et R.M Guéra chez Urban Comics est disponible à la vente depuisn le 26 mai 2017.

Résumé de The Goddamned 1 chez Urban Comics

Résumé de l’éditeur :

La Terre était corrompue devant Dieu, la Terre était pleine de violence. » (Genèse 6 : 11) En fuyant le Jardin d’Eden, Adam et Eve découvrirent la Création : un havre de paix, parfait équilibre entre les règnes animaux et végétaux. Le meurtre originel perpétré par Caïn sur son frère Abel entraîna cependant la chute de ce Paradis terrestre. Condamné par Dieu à assister à la déchéance de l’Humanité jusqu’à la fin des temps, Caïn arpente cette Terre devenue le refuge de monstres préhistoriques, sillonnée par des hordes de maraudeurs sanguinaires. Dans cet enfer condamné au Déluge, Caïn croise la route de Noé.Contient : The Goddamned vol.1 (#1-5)

Violences pré-apocalyptiques

Le duo AaronGuéra quitte le style thriller d’un Scalped pour s’attaquer à un récit plus pré-apocalyptique à dimension biblique. Rassurez-vous, il ne s’agit pas d’une simple adaptation de la Bible ! On se serait vite ennuyé. Non, le scénariste s’amuse avec l’ancien Testament et notamment avec Caïn et se sert de certains éléments pour un récit épique apocalyptique et ultra-violent.
On suit les pas de Caïn, le Caïn de l’ancien Testament. Pour la faire rapide, c’est le fils d’Adam et Eve, né après leur exclusion de l’Eden. Il a eu un frère, Abel, qu’il a assassiné. C’est donc le premier meurtrier de l’histoire.

Depuis, il est devenu Caïn l’Immortel et erre sur une Terre dévastée, attendant que quelqu’un puisse le tuer. Mais tout ce terreau théologique n’est qu’un prétexte pour livrer un récit pré-apocalyptique. On y découvre une terre ravagée, peuplée d’humains qui ne vivent que de violences, se mangent entre eux et tout sentiment positif semblent annihilé.
Le comportement des « humains » ne répond qu’aux besoins les plus primaires et bestiaux. De fait, The Goddamned est un récit violent, sale et viscéral, donc pas adapté à tout public.

Après 1600 années à arpenter ses terres, Caïn est solitaire, désolé et ne vit que pour mourir (enfin s’il existe quelqu’un capable de le tuer). Mais tout va changer pour lui quand il va rencontrer Noé, le bâtisseur. Sauf que ce dernier est bien loin de sa description « religieuse ». Certes porté par un dessein dicté par Dieu, il a tout du tyran.

Aaron nous entraîne donc dans une relecture des mythes bibliques, en arrivant à intégrer plusieurs sens de lecture et sans jamais verser dans la louange de la religion. On sent même plutôt le contraire, avec un Dieu, jamais représenté, mais souvent insulté et qui semble se contrefoutre du sort de l’humanité.
Caïn va donc évoluer dans un monde apocalyptique qui n’est pas sans rappeler Mad Max ou Hokuto no Ken pour ces habitants, disons spéciaux, ses clans et ce goût pour le sang et la chair. le monde décrit est noir au possible, sale et corrompu. C’est entre autre pour ça que Caïn s’en désintéresse totalement.
Mais au gré de ses rencontres, va renaître en lui une petite étincelle et les braises d’un début d’intérêt pour ce monde. Bien que rien ne soit gaie dans ce récit.

Si ce premier tome se concentre beaucoup sur le personnage de Caïn, il reste finalement assez peu développé. Sa psychologie n’est pas assez développée à mon goût et peine à sortir du personnage badass qui tabasse à tort et à travers. Le personnage de Noé est plus intriguant je trouve, et leur confrontation est assez intéressante.
Mais je trouve que l’intrigue a mis du temps à décoller et se résume souvent en une succession de rencontres avec des détraqués. Le fil rouge, même à la fin, peine à se dégager. Je retiens surtout l’ambiance malsaine et dérangeante et le visuel. J’ai trouvé l’histoire un peu linéaire et pas toujours intéressante. Surtout que la narration, bien qu’incluant quelques niveaux de lectures, n’est pas toujours maîtrisée. J’ai trouvé certaines scènes confuses et me suit interrogé sur leur utilité.

En revanche Jason Aaron a un certain style pour ses dialogues crus, incisifs et percutant.

Graphiquement, R.M Guéra laisse libre court à son imagination et nous dépeins un monde glauque et flippant au possible. Il semble s’éclater dans cette violence. Son trait un peu influencé par la BD franco-belge avec le découpage très comic donne une vraie personnalité au dessin. Tout fait crasseux, sentant la pourriture et le vice. Mais j’ai trouvé que parfois son trait était un peu trop brouillon, avec des personnages pas toujours réussis.

Pour conclure, The Goddamned – tome 1 de Jason Aaron et R.M Guéra est un comic assez surprenant qui s’amuse avec les personnages de l’Ancien Testament pour les détourner et livrer un récit qui n’a pas grand chose de religieux. Au contraire, ça casse les codes et propose quelque chose de dérangeant, sale et violent… et donc un peu jouissif. Jason Aaron semble s’éclater à construire ce récit apocalyptique en utilisant de personnages bibliques, mais en usant de violence. Il y a plein de bonnes idées, mais j’ai trouvé que Caïn manquait de développement, et je me suis parfois un peu ennuyé. La faute à un récit qui prend du temps à trouver sa voie et donner un sens à cette violence. Quelques scènes m’ont paru dispensables et gratuites n’apportant pas grand chose au récit.
Graphiquement, le trait de R.M Guéra va superbement bien à ce récit. Il peut laisser parler son côté crasseux et parfois brouillon. Mais parfois j’ai trouvé certaines cases un peu ratées.
The Goddamned a un potentiel certain, mais je suis passé un peu à côté sur certains points m’empêchant de pleinement apprécier l’oeuvre. Les inspirations évidentes du côté de Mad Max m’ont un peu laissé de marbre. J’attends de voir la suite et voir si un véritable fil rouge se dégage.
Paradoxalement, même si je reconnais beaucoup de qualité à ce titre, j’avoue avoir été déçu. Je m’attendais à mieux avec ce duo et ce sujet.

Et vous qu’en avez-vous pensé ?

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