. Suiciders – tome 1 de Lee Bermejo | Fant'asie
Kameyoko 28/07/2016 1
  • Scénario
  • Graphisme

Suiciders - tome 1 de Lee Bermejo

Suiciders – tome 1 de Lee Bermejo

Gladiateurs des temps nouveaux

Urban Comics aime Lee Bermejo et ça se voit ! Alors que l’artiste fait régulièrement parti de leurs invités lors de convention, l’éditeur nous a également sorti presque la totalité de ses oeuvres.
La dernière en date est Suiciders, une création 100% de Bermejo. Inutile de dire à quel point elle m’intéresse.

Par contre, je préfère vous prévenir. Je suis fan de Lee Bermejo. Fan de son talent artistique mais fan aussi du monsieur que j’ai eu la chance de rencontrer.

Suiciders – tome 1 : Des hauteurs de l’abîme de Lee Bermejo est édité par Urban Comics et est disponible à la vente depuis le 22 avril 2016.

Résumé de Suiciders 1 chez Urban Comics

Résumé de l’éditeur :

Entre les murs de New Angeles, seuls les plus forts ont une chance de survivre. Tandis que les habitants vivent au rythme de la violence et de la pauvreté, une nouvelle forme de divertissement fait son apparition : des combats à mort de gladiateurs devenus machines de guerre, les Suiciders. Parmi eux, le Saint s’est donné pour mission de nettoyer la cité des indésirables et ainsi rebâtir les fondations d’un monde meilleur. Mais l’homme aussi à ses secrets, et certains pourraient bien remettre en cause ces nobles motivations.

Lee Bermejo, cet artiste fabuleux !

Pour ceux qui me suivent un peu vous savez que j’ai une affection toute particulière pour Lee Bermejo. Déjà l’homme est vraiment sympa et intéressant. Mais surtout j’adore son trait et sa personnalité artistique. Toutes ses œuvres sont des tueries visuellement. Donc j’avoue ne pas être très objectif.

Ce monsieur, depuis quelques temps, s’essaie à l’écriture de scénario. Et force est de constater qu’il s’en est plutôt bien sorti avec Batman Noël et We Are Robin. Ce Suiciders est un autre de ses écrits dont il assure aussi la partie graphique.

L’histoire se déroule dans un monde typé post-apocalyptique, à New Angeles, dévastée par un énorme tremblement de terre. Cette ville est habité par les gens aisés, qui vivent bien, et ont accès à des améliorations corporelles. En-dehors, les plus pauvres tentent de vivre comme ils peuvent. L’immigration y est très contrôlée (euphémisme pour pas dire durement repréhendé). Dans cette nouvelle cité, le divertissement roi est le combat de Suiciders ! Des sortes de gladiateurs des temps modernes, qui s’entre-tuent dans une arène. Et à ce jeu là, le meilleur est le Saint ! Mais cet homme, bien aidé par son « agent » qui lui facilite la vie, a bien des secrets ! Et ces derniers menaces de sortir quand il va trop fricoter avec une journaliste.
Pour cela, Lee Bermejo va diviser son histoire en deux récits. Chaque histoire est bien scindée et reconnaissable. Ne serait-ce que visuellement. L’une étant colorisée avec des couleurs chaudes (dominante de jaune) et l’autre froide (dominante de bleu).
La première va suivre le Saint à son apogée mais qui va chuter. Le deuxième suit un immigré sans repère, sans but dans la vie, mais qui se révèle être un excellent combattant. Chaque histoire va connaître ses propres développements, ses propres rebondissements. Mais plus on avance dans la lecture plus on comprend que c’est deux histoire sont liées. Mais je vous laisse découvrir en quoi. Car ce lien fait parti des enjeux majeurs du titre. Même si je dois avouer qu’on le voir venir de très loin.
Mais au départ, on se demande qu’est-ce qui réunit les deux histoires, quelle est la temporalité. Cette confusion intrigue et donne envie de continuer. Surtout que chaque partie apporte son lot de réflexions et de thèmes.

Car oui Bermejo ne se contente pas de livrer une histoire « sympathique » à lire. Il y a une vraie critique de certains travers de nos sociétés, exacerbés dans ce contexte apocalyptique. On sent qu’il s’appuie sur son récit d’anticipation, et les portes que ça lui ouvre en terme d’imagination, pour appuyer sur certains travers.
Il est donc question de la gestion des immigrés, la ségrégation, l’attrait pour la violence, la survie dans la rue, la starification, la superficialité de l’homme, les inégalités….

Il y aussi une certaine allégorie avec ce New Angeles qui représente un monde meilleur, plongé sous le feux des projecteurs faisant envie aux « autres » extérieurs à la ville, avec la situation des migrants du Mexique.

Bref il y a un fond derrière tout ça, derrière deux histoires plaisantes à lire, et assez différentes dans le ton. L’une représente la vie parfois malsaine des gens dans la « lumière » et l’autre la vie de ses oubliés.
Par contre, je trouve que Bermejo peut encore s’améliorer au niveau des dialogues. Certains sonnent un peu plats parfois, alors que paradoxalement d’autres sont plus incisifs. Sa mise en scène, le monde inventé, le non-verbal permettent de bien montrer son discours sous-jacent et ses thématiques. Cela se ressent un peu moins dans les dialogues.

Graphiquement, c’est du Lee Bermejo. Donc c’est magnifique ! Je ne devrais même pas développer plus tant cet argument se suffit à lui-même.
Plus sérieusement, son trait jouant beaucoup sur les ombres sied bien à ce monde brutal, parfois froid, parfois violent. Certaines planches sont étourdissantes de beauté où on ne peut qu’être admiratif de son trait si impressionnant. Son découpage et sa mise en scène apporte beaucoup au récit et contribue à donner cette ambiance. Les Suiciders en imposent grâce sa finesse et son sens du détail. J’adore toujours son trait.

Souvent je reproche à la colorisation, sur ses oeuvres, de diminuer l’impact visuel de ses superbes planches. C’est encore un peu le cas ici, mais dans une moindre mesure. La couleur joue un vraie rôle pour différencier les histoires et donner une personnalité au tout. Cela marche peut-être mieux ici, car Bermejo use moins de gros aplats.

Pour conclure, Suiciders – tome 1 : Des hauteurs de l’abîme de Lee Bermejo est une réussite. L’artiste américain prouve une fois de plus que ce n’est pas simplement qu’un dessinateur. Il a aussi un certain don pour la narration. C’est un récit efficace, avec un sens politique et critique derrière et d’une beauté à couper le souffle. L’histoire est plus riche et pleine de thèmes que ce que l’on pourrait croire. Surtout quand on parle de gladiateurs des temps modernes. Lee Bermejo souffre encore de quelques défauts de jeunesse pour le scénario (notamment dans des dialogues pas toujours inspirés) mais il est toujours formidable au niveau de dessin.

Suiciders c’est donc une excellente surprise qui confirme une fois de plus que ce monsieur est bourré de talent et qu’il faut le suivre avec beaucoup d’attention !

Et vous qu’en avez-vous pensé ? Trouvez-vous aussi que Lee Bermejo est un artiste à part ? Est-ce qu’il est aussi bon avec sa plume qu’avec ses crayons ?

Un commentaire »

  1. pierre 24/08/2016 at 19:20 -

    Merci pour résumé qui permet de se faire une idé, je suis aussi fan de Lee Bermejo

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