. Rencontre avec Block109 – Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat – Partie 2/2 | Fant'asie
Del Poyo 06/03/2015 0

Paris Comics Expo – Rencontre avec Block109 – Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat – Partie 2/2

Suite et fin de la chronique dédiée à l’interview des auteurs de Block 109, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat. J’ai eu la chance de les rencontrer en Novembre dernier lors de la Paris Comics Expo, et vous ai déjà livré la première partie de cette chronique ici. Dans cette deuxième et dernière partie, je vous propose de découvrir la série Chaos Team, le changement de rythme de parution, l’échec de la pré-publication en ligne, mais surtout leur prochaine série qui a débarqué ce mois de Janvier 2015 : Le Roy des Ribauds. Je vous invite aussi à découvrir les projets qu’ils ont en dehors de la BD !

Chaos Team, série SF en trois saisons

Chaos Team est une série de Science-Fiction post-apocalyptique lancée en 2012. Souvent les projets viennent de l’esprit de Vincent Brugeas, le scénariste, mais Chaos Team est un cas à part, et c’est Ronan Toulhoat qui est venu trouver Vincent avec son idée, « Et ça a fait une résonance, tout de suite ».
« Dès le départ, on sait que Chaos Team est en trois saisons. On a le début, on a la fin. C’est pour ça aussi que Chaos Team, commercialement, c’est pas franchement comme on l’espérait. On est obligé de faire Le Roy des Ribauds pour nous permettre de financer la série. » Les trois premiers tomes ont été publié avec un rythme soutenu, mais aujourd’hui les auteurs sont obligé de ralentir. Aussi, la série devrait prendre un petit retard imprévu : « Pour la saison 3, c’est 2017 minimum ! » C’est que les auteurs n’ont pas le choix, il faut lancer et installer la nouvelle série Le Roy des Ribauds pour que Chaos Team survivent. « On ne va pas parler en langue de bois, certains auteurs vous diraient « on va réfléchir ». Non, si on veut que le Roy des Ribauds marche, on est obligé de faire un album par an. L’air de rien, c’est la priorité, parce que les ventes de Chaos Team ne permettent pas de financer Chaos Team en elle-même. Alors il y a les intégrales qui sortent pour permettre de faire revivre la série. »

Oui car la fin d’année 2014 a vu fleurir une très belle intégrale Chaos Team Saison 1 avec couverture argentée. « Alors ne soyez pas tant déçu que ça, comme j’expliquais à ceux qui n’ont pas attendu, tous les bonus que vous avez dans les tomes classiques ne sont pas dans l’intégrale. Nous trouvons normal d’avoir un bel objet si vous achetez une intégrale, mais ceux qui nous ont suivi dès le début, ils ont les bonus que les autres n’ont pas. L’intégrale en elle-même est un bonus, mais elle ne contient que de la BD. » L’intégrale s’annonce comme un petit coup de fouet pour relancer l’intérêt des lecteurs.

Chaos Team aura sa fin, avec « beaucoup de retard par rapport à ce qu’on avait prévu, mais il y aura la fin, parce que nous l’avons prévu ainsi, en trois saison. » Il est impensable pour Vincent et Ronan de s’arrêter en route, s’ils s’arrêtent à la Saison 2, ça sera bancal. « Certes, chaque saison est autoconclusive sur l’arc qu’on a développé dans la saison, mais elles apportent une pierre à un édifice. On dit souvent que Chaos Team, c’est de la baston sans réfléchir. Justement la Saison 3 prouve le contraire. » On attend donc cette ultime saison avec impatience…

L’échec du Label Vinwatt

Avec le lancement de Chaos Team, Vincent et Ronan ont fait le pari de la pré-publication avec la création du Label Vinwatt (contractions de Vincent et Ronan Toulhoat/Toulwatt). « On voulait essayer de retrouver un peu de pré-publication, d’amener les gens à ne pas parler de la BD seulement une fois dans l’année, mais six ou dix mois par an. Les gens n’ont pas suivi, il y a eu 1500 personnes grâce à l’aide de BDgest, mais ça n’a pas été concluant. » Au delà de la pré-publication, il y avait une vraie envie de créer quelque chose « Nous on aurait aimé voir de nouveaux dessinateurs faire des spin-off de Chaos Team sur d’autres personnages, tout labellisé Vinwatt. On avait préparé le terrain. » L’idée dort en ce moment, car le succès escompté pour Chaos Team n’est pas suffisant pour porter un tel projet. « Soit on est arrivé trop tôt, soit on avait un projet qui était mal fichu. » Ce qu’on ne pourra pas leur enlever, c’est la volonté qu’ont Vincent et Ronan pour innover et chercher à se démarquer dans un contexte très concurrentiel.
« Par contre, une fois que Chaos Team sera fini, on a en tête de faire comme Block 109 des one-shot sur des thématiques à chaque fois un peu différentes. Il n’y aura peut-être pas non plus l’occasion d’amener de nouveaux auteurs. Il faut se rappeler qu’on est jamais mieux servi que par soi-même. Donc Label Vinwatt, on a fait notre deuil, il fallait tester. » Mais ne nous laissons pas endormir, car je ne doute pas que les auteurs trouveront d’autres approches modernes à nous proposer « L’avenir de la BD se fera sur le numérique, j’en suis persuadé. Il faut attendre que les jeunes d’aujourd’hui qui sont prêts à lire sur écran trouvent un job… C’est foutu du coup ? »

Un nouveau projet en Janvier 2015 : le Roy des Ribauds

Vincent et Ronan ont de nombreux projets dans la tête, certains sont plus avancés que d’autres, et le Roy des Ribauds est de ces projets qui leur tiennent très à cœur. « On sentait Akileos vraiment ferré sur le Roy des Ribauds, ils avaient vraiment envie de le faire. Quelque part, je pense que ça nous a fait beaucoup de bien de travailler dessus, parce que moi (Ronan, ndlr), j’ai changé complètement de technique, je fais un encrage qui change, de la couleur. Je m’éclate là-dessus comme un gamin, je retrouve des plaisirs que je n’avais plus eut depuis longtemps ». Arrivé en Janvier 2015, le Roy des Ribauds est un polar médiéval réaliste qui trouve ses inspirations dans Game of Thrones, The Shield et Les Rois Maudits. Le Roy des Ribauds, « c’est un personnage que j’ai découvert dans les Rois Maudits, dans le tome 7. Il est présenté comme le garant de la justice du Roi lorsque ce dernier est en campagne militaire. C’est un personnage hyper intéressant, une espèce de Vidocq mais au moyen âge. »

Le Roy des Ribauds, historiquement, c’est un titre. Au Moyen-Âge, le Roi avait des gardes du corps, « des énormes masses de 2 mètres de haut », que les gens surnommaient gentiment les Ribauds du Roi. « Et donc, le chef de ces mecs-là, par déclinaison, est devenu le Roy des Ribauds du Roi. En latin ça marche mieux… » Ce fameux Roy des Ribauds avait donc en charge non seulement la sécurité du Roi, mais aussi un plein pouvoir sur la pègre de l’époque. « Il avait, par exemple, l’autorisation de lever les impôts sur les bordels, sur les tripots… J’ai développé ce personnage en accentuant ce côté chef de la pègre. » Un personnage très puissant que Vincent a mis en difficulté dès le départ. « J’ai repris un peu la formule de la série américaine The Shield où un groupe de ripous fait une connerie et ils vont essayer de s’en débarrasser tout en faisant d’autres conneries. Pour le Roy des Ribauds, c’est pareil. Il tue la personne qui était un espion en charge de déjouer un attentat contre le Roi. Ce dernier le missionne pour trouver l’assassin. Le Roy des Ribauds, sur la corde raide dès le départ, doit mentir et trahir la seule personne qu’il respecte et qu’il aime profondément : le Roi ! » Cette intrigue sera le fil rouge tout du long de la série, alors que chaque tome sera autoconclusif. « Il y a une menace, une épée de Damoclès, et ça peut revenir comme un boomerang ».

Tout ça, c’est bien beau, mais le Moyen-Âge, c’est long (dix siècles) ! Il a donc fallu choisir quand situer l’histoire. Heureusement pour les auteurs, les Ribauds ont existé durant une « courte » période de 250 ans. « La Guerre de Cent Ans pouvait être intéressante, mais il y avait aussi le règne de Louis XI qui est un roi très manipulateur. Mais on s’est dit qu’on allait prendre la période de Philippe-Auguste. D’une part, lui aussi est un roi manipulateur, non pas le roi chevalier. D’autre part, c’est le début des Ribauds et par conséquent du Roy des Ribauds. Ils ont été créés par Philippe-Auguste, et on a décidé de faire de Triste Sire, notre Roy des Ribauds, le premier des Roys des Ribauds. Il y a pas mal de choses qu’on pourra mettre en avant là-dessus. » Mais surtout, cette période de l’histoire, précisément l’an 1194, est certainement une des plus connus du grand public : c’est le Moyen-Âge fantasmé. C’est Robin des Bois. C’est Ivanhoé. C’est Richard Cœur de Lion. Et justement, les auteurs nous proposent « un moyen âge extrêmement réaliste, très réel politique, nous on est là-dedans. » Comme à l’heure habitude, Vincent et Ronan nous transportent dans un cadre très politique : Richard Cœur de Lion est emprisonné par l’Empereur germanique, pendant que Philippe Auguste et Aliénor d’Aquitaine, la mère de Richard Cœur de Lion, se disputent le destin du Roi d’Angleterre. Le premier souhaite l’abandonner alors que la seconde ruinerait son royaume pour le libérer. « On est dans cette situation diplomatique, très réaliste. Véridique même. On s’intéresse au rôle des bas-fonds dans cette intrigue, les liens entre les confréries, les gangs, les bandes, et le Roy des Ribauds qui nage dans tout ça pour essayer de retrouver un tueur qui menace le Roi. »

« Tant que ça marchera, on continuera. Tant qu’on aura envie, on poursuivra. On l’a déjà montré, avec Block 109, quand ça nous soule on arrête. Les tomes seront auto conclusifs, donc on peut acheter un livre, le lire, et s’arrêter là. Il y aura un fil rouge qui obligera les gens à lire les tomes dans l’ordre, forcément, mais lorsqu’on voudra arrêter, on fermera les fils rouges, tout simplement. »

Un format privilégié : le comics

Pour le Roy des Ribauds, Vincent et Ronan ont privilégié un format comics et cartonné. Un peu ce que font Urban Comics. « Abandonner la couverture souple, c’est de la réflexion un peu plus marketing. On s’est rendu compte que Urban ou Delcourt arrivait à revendre du comics en le formatant franco-belge. Le souple a tué Chaos Team à mon avis. C’est du comics, mais du cartonné, et dans la tête des gens, ça passe mieux. »

Mais pourquoi adopter un format comics ? Block 109 déjà, Chaos Team ensuite. « Tout simplement parce qu’on aime ça. On a essayé le format franco-belge sur les spin-off de Block 109 et c’est pas notre format de prédilection. » Ronan avoue lui-même se sentir restreint sur de la franco-belge, notamment avec son expérience sur Les Divisions de fer avec Jean-Luc Sala chez Soleil « Je m’amuse beaucoup moins sur du franco-belge que sur du comics ». Car le rythme est très différent dans un comics, on change de page plus souvent. « Comme on a une forte pagination, on n’est pas limité, on peut se permettre beaucoup plus de choses. C’est une narration plus libre qui permet d’être façonné comme on l’entend ».

« Après c’est notre point de vue, d’autres auteurs diront carrément le contraire. On s’est rendu compte qu’avec Block 109 on a aimé ; on a essayé la suite en grand format, on a moins aimé. On est revenu avec Chaos Team à ce format comics, on a adoré ! Même si on s’était mis des limites sur les chapitres. » Maintenant, les auteurs se sont affranchis de toutes contraintes pour Le Roy des Ribauds, « on bosse vraiment comme on a envie, et on se fait franchement plaisir. » Et en plus de cela, nos deux auteurs ont montré qu’il était possible de vendre ce type de comics, alors pour cette nouvelle série, l’ambition est de créer une grande épopée qui plaira, espérons-le, aux lecteurs.

« Nous en plus, on trouve que l’objet, la BD gros bloc est mieux que le format A4. On peut le prendre partout, c’est un bel objet. C’est aussi un format qui est de notre génération. Et ça commence vraiment à passer chez les plus « conservateurs » de BD franco-belge avec toutes ses grosses intégrales de séries classiques qui sortent. Au delà, l’avantage c’est que si Télérama vient nous parler on peut leur dire qu’on fait pas de la BD mais du roman graphique, ce qui est la même chose mais Télérama ne le sait pas. » (rires)

Les projets personnels

Ronan : « J’ai réalisé le premier album de la série Les Divisions de fer, avec Jean-Luc Sala. Il y a deux tomes, j’ai fais le premier, par le deuxième. C’est Afif Khaled qui l’a illustré.
Par contre j’ai signé deux autres tomes chez Soleil : j’ai un Sherlock Holmes avec Sylvain Cordurié, qui est un copain, et un Zombie Néchronologie avec Olivier Péru. En fait c’est un spin-off de la série Zombie avec Sophian Cholet chez Soleil. Ca c’est pour 2015 à 2016. Et j’ai d’autres propositions de projets assez intéressantes dont je n’ai pas très envie de parler car c’est très vague pour le moment.
Aussi ce que je fais pas mal c’est de l’illustration de couvertures, j’en fais entre dix et quinze par an pour DelcourtSoleil plus chez Critic qui est un éditeur de romans SF. »

Vincent : « Je suis bibliothécaire à la base, donc mes projets vont moins loin. Déjà j’aime rarement travailler avec d’autres personnes que Ronan, d’autant que je n’aime pas faire du travail de commande. Je fais ce qu’il me plait. Donc dans le secteur actuel de la BD, ça réduit vachement ce que je peux faire. J’ai un ou deux projets que je vais peut être mettre en place avec des auteurs Akileos. On s’est rencontré sur salons, on s’apprécie, on a des idées qui fusent. On verra si ça marche.
J’ai donc aussi ce fameux roman, édité chez Critic. C’est un autre travail, ça demande une autre concentration, une autre façon de travailler qui parfois me pèse beaucoup. J’avance par à-coups. Par contre je dois reconnaître, j’ai un auteur critique qui bosse avec moi, qui relis, qui corrige, qui est compréhensif car il se rend bien compte que c’est mon premier bouquin. Je me met une pression de con parce que j’ai vraiment envie de rendre un truc parfait. Ils sont patients. J’ai de la chance d’avoir un contrat signé contrairement à beaucoup de jeunes auteurs qui aimeraient bien avoir leur manuscrit. Je prend le temps parce je ne veux pas sortir un truc dont je ne sois pas à 100% satisfait. Il devait sortir en novembre dernier, ça a été reculé sur les dix-huit prochains mois.
Et puis là dernièrement, je me lance dans un tout autre défi. C’est la création d’un jeu de carte à collectionner. J’ai un proto qui est en test. Voir les gens jouer à ton jeu, se marrer, c’est grisant, bien plus que de faire sa BD. J’aime bien papillonner. »

Fin d’un entretien extraordinaire avec Vincent et Ronan, merci à eux pour leur gentillesse !

Source photo : blog Akileos (Ronan à gauche et Vincent à droite)

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