. Rencontre avec Block 109 – Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat – Partie 1/2 | Fant'asie
Del Poyo 27/01/2015 3

Paris Comics Expo – Rencontre avec Block109 – Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat – Partie 1/2

Le 22 et 23 Novembre 2014 se tenait la deuxième édition de la Paris Comics Expo à la porte Champerret. A cette occasion, qui ne demande qu’à devenir le rendez-vous incontournable pour les fans de comics, j’ai eu la chance de rencontrer les jeunes auteurs de Block 109, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat, deux personnalités très humbles et réalistes envers leur travail.

Ca a été un véritable bonheur de passer une heure en compagnie de ces deux personnalités à la fois très différentes mais complémentaires. Vincent est scénariste, Ronan est dessinateur. Tous deux ont fait leur premier pas ensemble avec la volumineuse uchronie Block 109. Leur première BD a suffisamment bien marché pour que les auteurs décident de proposer des one-shot autour de l’univers Block 109 : Étoile Rouge, New-York 1947, Opération Soleil de Plomb, Ritter Germania, S.H.A.R.K. et bientôt Murata.

Ensemble, toujours, ils se sont ensuite lancé dans une nouvelle série de Science-Fiction : Chaos Team, qui se déroule dans un futur apocalyptique. En Janvier 2015 va sortir leur dernière série, Le Roy des Ribauds, un polar médiéval.

J’ai donc abordé avec eux toutes ces questions, leur rencontre, le succès de Block 109, la déception de Chaos Team, l’échec du label VinWatt, les nouveautés prometteuses de Block 109 et Le Roy des Ribauds… Une heure de discussion passionnante. Pour faciliter la lecture de l’interview, je vous propose un format un peu spécial. Je l’ai coupée en deux parties. Dans cette première partie, je parlerai des débuts et de Block 109. Dans la seconde partie, je présenterai la nouvelle série Le Roy des Ribauds ainsi que la série Chaos Team. Bonne lecture à tous !

La genèse du projet Block 109

Vincent et Ronan

Retour en 2003, Vincent est en terminale, Ronan est en première année à l’Université, en Sciences. Vincent, qui n’a pas sa langue dans sa poche, draguais alors la sœur de Ronan « J’avais une technique qui ne marchait pas, je disais que j’écrivais des trucs ».

L’histoire ne nous dira pas si Vincent réussit à conquérir le cœur de sa belle, mais elle lui présenta son frère, qui, à l’époque déjà, voulait faire de la BD et dessinait pour son compte. Ronan avait lu des extraits de ce que Vincent écrivais à l’époque. « C’était un roman de fantasy qui en fait était la première monture de ce qui allait devenir Block 109 par la suite, notre première BD« . Les premiers dessins que ce roman inspira à Ronan furent le déclic pour Vincent qui « avait l’impression que j’avais copié les images de sa tête ». Il n’en fut pas plus aux deux jeunes étudiants fougueux et naïfs pour avoir l’envie de conquérir le monde de la BD.

Crédit Photo : Republ33k.fr 2012. A gauche : Ronan Toulhoat, à droite : Vincent Brugeas

 

A la recherche d’un éditeur

Ce n’est pourtant que cinq ans après leur première rencontre, en 2008, que le projet Block 109 fut lancé, pour être publié un an et demi après. Vincent et Ronan avaient beaucoup de projets non viables qui ont gentiment été refusés par l’ensemble des éditeurs qu’ils sont allé voir. « On s’est pris de grosses claques ». Le lot de tous auteurs autodidactes. A l’époque, ils n’avaient alors que 18 et 19 ans, sans formation artistique, les éditeurs leur donnèrent quelques conseils malgré les refus « On écoute les conseils, on essayait d’évoluer ».

C’est finalement l’éditeur Akileos qui a permis à ces deux jeunes auteurs de réaliser leur rêve. « Notre rencontre avec Akileos, c’est un hasard ». C’était à Angoulême, Vincent et Ronan y sont allés pour vendre un projet. Ils avaient à l’époque gagné un concours au Crédit Mutuel, « donc on avait de la thune, ils nous avaient filé 500€ pour préparer notre projet ». Et c’est ce qu’ils firent : T-shirt à l’effigie de leur personnage « Editez-le » et des plaquettes « trop classes ». Ils démarchèrent tous les stands possibles et inimaginables. « On s’en est mangé dans la gueule » précise Ronan.

Akileos n’avait pas vraiment le temps de parler, et les futurs auteurs de Block 109 se sont contentés de laisser leur plaquette. C’est quelques mois plus tard qu’ils ont été contactés par Akileos (non sans quelques relances de Vincent) qui aime bien la forme, mais n’accroche pas au thème. Vincent leur propose alors un polar médiéval ou une uchronie. Akileos est intéressé par le polar, mais ce projet n’est pas suffisamment avancé pour le présenter (ce projet deviendra le Roy des Ribauds, à suivre dans l’interview). L’occasion se présente pour Vincent et Ronan de rencontrer Akileos, à nouveau, lors d’un festival. Ils y retournent alors avec le book de Block 109 sous le bras pour le proposer à l’éditeur. L’idée et le format leur plaisent. Par contre, graphiquement, ça ne va pas…

Remise en cause graphique…

La critique est dure à encaisser pour Ronan qui se remet tout de suite en question. « En fait, j’essayais d’avoir un style à la Mignola, mais je ne suis pas Mignola. Surtout à cette époque. » On lui conseille alors d’oublier l’encrage et de s’appuyer plutôt sur son point fort : un crayonné poussé. Et après tout, pourquoi pas faire une couleur légère. C’est finalement ce qui a permis de convaincre Richard Saint Martin et Emmanuel Bouteille (ndlr : les créateurs d’Akileos). En Juin de la même année, Ronan a sorti la couverture qui allait définitivement lancer le projet en Septembre 2008, pour une publication un an et demi plus tard.

L’apprentissage de la BD

« Nous n’avons pas fait d’école d’art, nous sommes autodidactes » et Vincent en grand blagueur ajoutera « et les auteurs méchants diront : ça se voit ! ». Finalement, peu importent les études, ce qui compte, c’est le travail et l’envie que les auteurs mettent dans leur projet. Vincent et Ronan, auteurs du succès Block 109, le savent très bien, il faut se remettre en question continuellement, il faut observer ce qui se fait autour de soi. Ils ont croisé tellement de jeunes, comme eux, qui aujourd’hui viennent avec leur book. Ces jeunes, souvent, ont leur projet et n’en démordent pas. Ce projet, c’est celui de leur vie et ils refusent la critique des éditeurs. « Ces personnes-là ne sortiront jamais un album ». « On avait des vingtaines de projets. Un jour, on en a eu marre que rien ne marche. On s’est dit qu’on allait faire un gros projet, un truc de 200 pages qui ne sera jamais édité, un truc pour nous. Et c’est Block 109. Comme quoi, il n’y a pas de recette-miracle. »

Pas de recette-miracle, peut-être, mais Vincent et Ronan ont su écouter la critique et en sortir plus mâture, d’un point de vue artistique. C’étaient de gros lecteurs de BD, le média ne leur était pas complètement inconnu à l’époque. « Mais on s’est coltiné les deux gros volumes L’art de la BD de Duc«  (ndlr : Duc est un auteur de BD des années 70-80s). Ces volumes détaillent, comme son nom l’indique, tout l’art de la BD : les plongées, les contre-plongée, les angles de vue… « Toute la base était là. » Et ils l’ont « lu, ingurgité, digéré et puis ressorti. » Faire une école de BD, est-ce vraiment utile ? On forme des gens à un métier qui finalement est assez restreint. « Pour moi à la limite faire des arts déco aurait été utile afin d’être, tout de suite, plus au point graphiquement sur certains détails, les visages par exemple ». « La BD, c’est un artisanat, qui s’apprend aussi beaucoup sur le tas, mais par contre il faut être prêt à se remettre en question tout le temps, c’est impératif. Apprendre de nouvelles choses, à observer ce qu’il se fait, lire beaucoup… »

Oui car les auteurs ne voient que leurs erreurs dans Block 109. « Quand on dit erreurs, c’est des trucs professionnels. On se rend compte qu’on aurait eu moins de difficulté en changeant quelques petites choses, tel personnage aurait pu être supprimé, tel autre aurait pu être ajouté ». Car toutes ces petites erreurs sont diluées dans le gros récit d’origine. Mais, aux yeux des auteurs, elles explosent dans Étoile Rouge, et les autres tomes de la série. Le format passe de 200 pages à 56 pages, « il y a donc un effet zoom qui s’applique sur l’ensemble du volume ». C’est alors qu’il a fallu une fois de plus se remettre en question. « Ces erreurs-là, on ne peut pas passer à côté ».

Vincent et Ronan sont dans une démarche de progression perpétuelle « Il y a un objectif, c’est d’apprendre de nouvelles techniques et de se perfectionner dans ce que l’on fait. Pour ça, il faut être ouvert et savoir se remettre en question, l’un comme l’autre. Aujourd’hui, je pense qu’on en voit l’aboutissement avec notre prochaine sortie qui arrive en Janvier, le Roy des Ribauds. »

Le succès Block 109

La première bande-dessinée des deux auteurs, Block 109 a été un vrai succès. D’une part, Block 109 aborde un sujet qui était très peu développé à l’époque : l’uchronie. D’autre part, le format one-shot est indéniablement responsable du succès. « Les gens avaient une histoire complète et n’étaient pas lâchés jusqu’à la fin ». Mais cela n’explique pas à lui seul l’engouement Block 109 « On l’a eu pour ce one-shot, on l’aura pas pour tous. Block109, il y a vraiment un truc particulier qu’on ne pourra jamais expliquer. Il y a un mélange de plein de choses : la date de sortie, la couverture, le bouche à oreille, le fait qu’il est sorti avant toutes les uchronies… ». Il y a une montée en puissance dans Block 109 car finalement, « on est sur du grand spectacle, centré atour de ce personnage, qui est implacable. Et je pense que c’était une histoire qui n’avait jamais été vraiment vue dans le milieu de la BD à l’époque, qui est rarement exploitée. »

Mais avant tout, ce qui a fait le succès de Block 109, ce sont eux, Ronan, le dessinateur, et Vincent, le scénariste. Modestes à souhait, les auteurs acceptent volontier que leur absence de formatage est aussi ce qui est responsable de ce succès. « On voit ce qu’apportent de nouveau certaines personnes qui travaillent dans le dessin animé ou dans le jeu vidéo, qui parfois vont se faire une BD. Alors certes ils font des petites erreurs, mais ils proposent quelque chose de frais. Et je pense que Block 109 était quelque chose de frais, un OVNI. On le dit souvent, Block 109, on l’a fait en ne pensant absolument pas au lecteur, à aucun moment. On s’est amusé pendant un an, on part dans des délires, on a fait notre truc. Par la suite, on a commencé à penser au lecteur, et je dirais que c’est le début des emmerdes… » Les « emmerdes » dont parle Vincent, c’est Chaos Team qui en fait les frais, à suivre dans la suite de l’interview.

On le sait tous, un succès, ça s’accompagne de critiques, bonnes, comme mauvaises. « Quand on a sortie Block 109, on s’est pris des coups dans la gueule. Accepter la critique, c’est le plus dur, mais en même temps le plus nécessaire. On aurait pu se baser que sur les critiques dithyrambiques qu’on a eu et se dire qu’on savait tout faire. Or ce n’est pas le cas du tout, on a beaucoup à apprendre ». Très modestes, les auteurs ont su garder les pieds sur Terre après Block 109. Vincent et Ronan, fidèles à leur ligne de conduite, ne cessent de se remettre en question et de chercher à progresser en écoutant la critique. Leur objectif : toujours proposer des choses nouvelles, et les auteurs se cherchent encore à travers Chaos Team ou le label VinWatt.

Un nouveau Block 109 ?

Amoureux de la série des Block 109, réjouissez-vous, car Vincent et Ronan (ainsi que Ryan Lovelock, illustrateur de S.H.A.R.K.) nous préparent un sixième volume (septième si on compte l’original) dans l’univers de Block 109 ! Le dernier en date est S.H.A.R.K., premier récit Block 109 dont le dessin n’est pas de Ronan. Ryan Lovelock reprend le pinceau, mais Ronan reste maître du storyboard. Pour ce nouveau Block 109, Maruta, la suite de S.H.A.R.K., on reste sur la même recette. Quand la mayonnaise a pris, pourquoi changer. Surtout, les auteurs se refusent à toucher à des personnages qui ont déjà été développés dans Block 109, car Ronan « les a dessiné, il leur a donné vie », il fallait que Ronan « puisse créer son propre univers dans l’univers de Block 109 ». Pour cela, Vincent est obligé de repartir de zéro et de produire des récits à partir de choses qui n’ont pas été faites par Ronan.
Vincent reprend le personnage de Wroth qui avait été développé dans le dernier volume. « Avec ce deuxième cycle de Block 109, on s’était dit que les points faibles du premier cycle étaient les histoires complètes qui se finissaient à chaque tome. On n’avait pas le temps de développer les personnages en profondeur ». Mais rien n’était prémédité, Vincent « avait son histoire et avait sa fin. Et quand j’ai eu fini de l’écrire, je me suis dit que je voulais poursuivre avec ce Wroth. J’avais dans l’idée de continuer avec un personnage de Block 109, mais pas dans une démarche similaire à Chaos Team qui a été prévu dès le départ en trois saisons ».

Le storyboard de Maruta, réalisé par Ronan, est quasiment fini, et on nous promet une sortie pour Février-Avril 2015. C’est vague, mais pour Block 109, on est toujours prêt à attendre. L’histoire ? Une nouvelle mission de l’agent Wroth et ses hommes au cœur des eaux japonaises. Tout comme S.H.A.R.K., on les retrouvera sous couverture, déguisés en pirates et livrés à eux-mêmes. Lorsqu’ils tombent sur une mystérieuse cargaison destinée à un terrible scientifique japonais, les cartes seront peut-être redistribuées…

3 commentaires »

  1. Dionysos89 27/01/2015 at 13:31 -

    Un duo vraiment attachant, c’est sûr. 🙂
    Je n’avais pas pris conscience que Chaos Team frisait l’échec total…

  2. Del Poyo 27/01/2015 at 19:29 -

    Ils sont vraiment très sympa et savent te mettre à l’aise tout de suite !
    Heureusement que Chaos Team est loin de l’échec total 😉 Je t’invite à découvrir un peu plus là-dessus dans la suite de l’interview qui sera sur le blog dans le courant du mois prochain.

  3. Dionysos89 27/01/2015 at 20:11 -

    C’est noté et ça me rassure car ce n’est pas les retours que j’en avais, sur le coup ; ton intro m’a fait peur.^^

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