. Punk Rock Jesus de Sean Murphy | Fant'asie
Kameyoko 15/01/2014 1
  • Scénario
  • Graphisme

Punk Rock Jesus de Sean Murphy

Punk Rock Jesus de Sean Murphy

Clone, religion et téléréalité

Punk Rock Jesus est un titre Vertigo qui était énormément attendu par les fans français. Avant même sa publication dans nos vertes prairies, il jouissait d’une superbe réputation, et surfait aussi sur la hype, justifiée, autour de Sean Murphy.
Personnellement, j’attendais énormément de ce titre. Le résultat est-il à la hauteur ?

Punk Rock Jesus de Sean Murphy est édité par Urban Comics et est disponible à la vente depuis le 20 septembre 2013.

Résumé de Punk Rock Jesus chez Urban Comics

Résumé de l’éditeur :

Dans notre société de consommation, les chaînes de télévision sont prêtes à tout pour faire de l’audience. Le concept d’une nouvelle émission de télé-réalité consiste à bouleverser l’éthique et la religion et à re-créer un clone de Jésus. Arrivé à l’âge adulte, Chris devient le leader d’un groupe punk.

Un coup de cœur de 2013 !

Il existe des œuvres d’une telle puissance, qu’elle vous marque aussi bien pendant qu’après la lecture, vous faisant réfléchir aux thématiques abordées. Punk Rock Jesus fait partie de cette catégorie. C’est simple, ce comic est une baffe monumentale ! Probablement l’un, voir le meilleur comic de 2013. Il était attendu par les fans et le résultat est encore meilleur que ce que j’escomptais.

Sean Murphy est un artiste qui a le vent en poupe actuellement. Je dois reconnaître que c’est l’un de mes chouchous du moment. Nombre de ses oeuvres sont de grande qualité comme Off Road, Hellblazer, American Vampire Legacy ou Joe, l’aventure intérieur.
Sur Punk Rock Jesus, il signe aussi bien le scénario que le dessin, preuve qu’il est aussi doué pour l’un ou pour l’autre.

L’histoire se passe dans un futur proche, où, pour les besoins d’une émission de télé-réalité, un producteur avide va cloner Jesus Christ, à partir, du Saint Suaire de Turin. Sous les yeux des caméras et dans un environnement hyper protégé ce clone, nommé Chris, va grandir et évoluer. Sauf qu’il ne va pas devenir le représentant du christianisme, mais va se rebeller pour finalement devenir punk.

La transformation en punk n’arrive pas tout de suite et doit arriver à un plus du dernier tiers du tome. Bien que l’on attende que ça, ce choix de ne pas en faire le cœur même du récit, mais plutôt comme une conclusion, est pertinent et logique. Avant cela, Sean Murphy pose son concept, ses idées et développe ses personnages avec un talent incroyable.
Dans un premier temps nous suivrons différentes étapes de la vie de Chris, avec quelques ellipses. Cela nous permet de voir comment un producteur peu scrupuleux utilise tout son monde pour faire de l’audience. L’auteur pointe évidemment les dérives de la télé et plus particulièrement des télé-réalités. Cette critique prend la forme du producteur cupide Rick Slate. La critique est violente, mais elle l’est aussi contre les spectateurs qui regardent ça, tout aussi responsable que la production.
Cela permet de voir dans quel contexte a grandi Chris et comment il en venu à devenir ce chanteur punk. Elevé dans une idéologie très religieuse, épié dans ses moindres faits et gestes, privés des relations normales pour un enfant, spectateurs de faits difficiles comme ce que traversera sa mère, il aura une enfance loin d’être idyllique.
La critique est très acerbe contre cette amérique, qui perd ses valeurs.

Mais au-delà de cette thématique, il y a également un profond pamphlet anti-religieux. Ce comic fait écho, comme expliqué en postface, à la perte de la foi de Sean Murphy. Il y a d’ailleurs un superbe dialogue de Chris annonçant son athéisme, plein de vérité, de profondeur mais extrêmement virulent.
La religion est centrale. Tout au long de la vie de Chris, on fera référence aux miracles et aux faits de Jesus Christ. Il y a également la présence de la N.A.C (Nouvelle Amérique Chrétienne), une groupe d’extrémistes réligieux, extrêmement actif, virulents et jusqu’au boutiste. Ce groupe de fanatiques représente la frange la plus extrême de certains religieux et matérialise comment la religion peut s’inviter dans la vie quotidienne et politique de certains pays.
Tout au long de l’oeuvre nous avons plusieurs position sur la religion : les extrémistes, les modérés, les athées, les scientifiques récusant tout Dieu…
Cette critique acerbe est magnifiée par la direction que Chris donnera à sa vie et son combat pour se poser comme opposition à l’influence de la religion, au travers d’un fin intense, palpitante, puissante et pleine d’intelligence. Une fois la dernière page tournée, on ne peut que se poser 5 minutes et réfléchir à tout ce que l’auteur nous a proposé et à s’interroger sur sa propre foi ou au contraire sur son athéisme.

Pour porter ses thèmes, Sean Murphy s’appuie sur une narration nerveuse et maîtrisée. Dès les premières pages, le lecteur est pris dans cette histoire et ne lâchera pas le comic, ni les personnages, jusqu’à la dernière page. Les rebondissements sont légions, pertinents et rendent la lecture encore plus addictive. L’artiste américain rend passionnant son univers, ses personnages et son histoire.

Au-delà de l’histoire, des thèmes abordés, la grande force de ce Punk Rock Jesus réside dans ces personnages, incroyablement profonds, attachants et finement travaillés. Bien sûr, il y a Chris, clone de Jesus, en quête de son identité. Mais autour de lui gravite une palette de personnages plus ou moins secondaires très intéressants.
On y trouve Rick Slate en producteur télé cynique, avide, prêt à tout pour parvenir à ses fins. Il y aussi la généticienne, responsable scientifique du projet : Sarah Epstein, qui accepte de jouer ce rôle pour pouvoir se consacrer à un projet plus utile. Son attitude vis-à-vis d’Ophis est trouble. Elle y participe sans pour autant cautionner.
Un des personnages les plus intéressants est le responsable de la sécurité Thomas McKael. Ce personnage permet à Murphy d’aborder un autre thème qui lui est cher l’IRA (Armée Républicaine Irlandaise). Son passé de membre actif repenti de l’IRA est terriblement intéressant. Surtout que pour lui, ce poste chez Ophis est un moyen de faire le bien, d’avoir l’absolution pour ses péchés. Via des flashbacks savamment disséminés, nous allons en apprendre plus sur son passé tortueux. Clairement, c’est l’un des personnages les plus intéressants et charismatiques. Il a un coté badass indéniable, cumulé à un lourd passé.
Dernier personnage important, Gwen Fairling, mère de Chris. Elle vivra très mal cette situation et la façon dont son fils est utilisé. Elle sombrera petit à petit dans l’alcool et la dépression. Elle est l’incarnation des impacts négatifs de ce projet.

Cette qualité narrative et de caractéristation des personnages ne doit pas faire oublier le superbe travail graphique de Sean Murphy. Ce dernier a privilégié le noir et le blanc. Le rendu est magnifique et il s’en dégage une puissance incroyable. Son trait, un peu anguleux, un peu rude, tout en nervosité a un côté très punk qui sied bien à ce comic. Ce choix de ne pas coloriser son oeuvre donne plus de poids aux questionnements et ajoute de la noirceur.
Son style est identifiable entre mille, mais il est ici probablement à son paroxysme. C’est très personnel, mais superbe, et avec un travail sur les compositions et de la minutie dans les planches.

Pour conclure, Punk Rock Jesus de Sean Murphy est une claque énorme, comme on n’en voit pas tant que ça. Que ce soit d’un point de vue scénaristique ou graphique, Sean Murphy maîtrise son sujet et le rend terriblement personnel. Son discours très virulent, clairement anti-religieux, et anti-dérives de la télévision est d’une justesse inouïe et encore et toujours d’actualité. J’ai également adoré le travail sur les personnages, qui se révèlent tous profonds, avec une vraie volonté pour qu’ils ne fassent pas de la figuration et apportent quelque chose au discours de l’artiste.

Un comic aussi punk, avec de vrais thèmes développés, une réflexion sur sa propre foi, des personnages forts, un rythme haletant, un graphisme séduisant, on n’en voit pas tous les jours. Il a tout de l’oeuvre culte, qui restera dans la mémoire collective.
Je suis peut-être trop dithyrambique, mais Punk Rock Jesus frôle la perfection. Bien que ce comic soit très personnel pour Sean Murphy, il trouvera écho en chacun de nous. Tout le monde est amené à s’interroger sur sa foi, ou sa non-foi. Mais je pense que ce récit ne plaira pas à un croyant, pratiquant et fortement convaincu par sa religion.

Bref, j’ai adoré Punk Rock Jesus, qui est l’une des lecture qui m’a le plus retourné, le plus touché et le plus passionné. Clairement un indispensable dans ma bibliothèque !

 

Et vous qu’en avez-vous pensé ? Fait-il déjà parti de vos incontournables ?

Un commentaire »

  1. Dionysos89 15/01/2014 at 14:25 -

    Un très bel objet sous tous ses aspects, en effet. 🙂

Laisser un commentaire »