. Poison City – tome 2 de Tetsuya Tsutsui | Fant'asie
Kameyoko 24/03/2016 0
Poison City – tome 2 de Tetsuya Tsutsui
  • Scénario
  • Graphisme

Poison City - tome 2

Poison City – tome 2 de Tetsuya Tsutsui

Combat contre la censure

Ce deuxième tome de Poison City marque la fin de ce diptyque engagé. Ki-oon qui travail étroitement avec Tetsuya Tsutsui nous propose donc la conclusion de cette oeuvre qui tient à cœur l’auteur de Manhole. Pour refaire un peu le pitch, ce manga est né d’une expérience arrivée à l’auteur. En effet, son oeuvre Manhole a été considérée comme nocive par une agence de Nagasaki. Il part de cette amère expérience pour livrer une oeuvre de fiction étrangement personnelle.

Poison City – tome 2 de Tetsuya Tsutsui est édité par Ki-oon et disponible à la vente depuis le 10 décembre 2015.

Résumé de Poison City 2 chez Ki-oon

Résumé de l’éditeur :

Dès la parution du premier chapitre de Dark Walker, le couperet tombe : tous les exemplaires doivent être rappelés à cause d’une plainte d’Osamu Furudera, ancien ministre et membre influent de la commission des experts !
Mikio a alors le choix : édulcorer sa série afin de la continuer dans le magazine, ou bien passer à la publication sur Internet. Attaché à l’idée de faire un bon manga, c’est la deuxième solution qu’il adopte, ce qui lui permet d’être repéré par un éditeur américain. Hélas, lorsque les volumes reliés sortent en librairie, le mangaka se retrouve à nouveau au cœur de la tourmente…

Défendre ses choix artistiques

Après un premier tome engagé où Tetsuya Tsutsui livrait une critique acerbe de la censure et de ses dangers, suite à une expérience qui lui est arrivée. J’avais donc hâte de voir comment il comptait conclure son diptyque personnel.
On sent que ce sujet lui tient à cœur car il le vit. Fatalement, il y a un côté toujours critique et engagé, mais Tsutsui s’efforce quand même d’adopter une position objective et fictionnelle mais réaliste.

Tout débute avec l’entretien avec l’éditeur américain qui explique à Mikio la méthodologie pour considérer une oeuvre nocive. Ce passage met en avant l’aspect froid, mathématique de ce procédé, l’opposant ainsi à la créativité des auteurs. On sent la volonté d’opposer rigidité et imagination, méthode et liberté. Cela met en relief l’aspect complètement déshumanisé de ce classement, occultant tout sens artistique.

Puis, malgré les risques encourus, le personnage, qui ne cesse d’être un double 2D de Tsutsui, décide de conserver son manga tel quel et ne pas céder à la pression de la censure. Dès lors commence la principale partie de ce tome : la commission.

Cette dernière est toujours présidée par ce petit politicien arriviste. Malheureusement à le diaboliser trop grossièrement le mangaka perd un peu en crédibilité. Il est présenté comme sournois, mesquin, et certain de tenir la vérité. De fait, il est de suite antipathique. Ce qui est dommageable car plus de finesse aurait rendu son plaidoyer plus percutant et par conséquent la défense de Mikio encore plus crédible et profonde. De plus, on ne peut s’empêcher de penser que le mangaka cherche trop à attirer la sympathie sur son héros, et donc par projection sur sa situation et sa position personnelle.
Surtout que pour renforcer ce sentiment, la commission ne semble être qu’une vaste escroquerie où tout est écrit d’avance.

Mais paradoxalement, ça renforce l’injustice et l’impression que le système peut tout écraser au nom des bonnes mœurs, et du politiquement correct. Nous sommes en plein dans une matérialisation de l’individu face à une administration rigide et peu encline au changement.

Pourtant ce passage n’en est pas moins très intense avec l’impression que Mikio est un criminel et qu’il est à son procès. Le passage fort reste celui où le jeune mangaka va découvrir le nombre de planches qui posent problème et leur raison. Là, Tsutsui oppose des arguments recevables mais en même temps ridicules. Comme s’il voulait mettre en avant que tout peut être critiquable, tant tout est question d’interprétation.

Même si cette séance plénière est impactante, forte en émotions et en message, on regrettera juste que l’auteur n’ait pas été plus subtil pour délivrer son message. Même si les arguments de chacun peuvent s’entendre, il a trop tendance à vouloir nous imposer son point de vue, un peu comme ce qu’il dénonce. Pour moi, il oriente trop le lecteur, au lieu de le laisser réfléchir, se faire sa propre analyse et se positionner sur cette question trop d’actualité de la censure et du politiquement correct.

La fin de ce Poison City nous réserve un petit rebondissement intéressant qui permet surtout de délivrer un discours de conclusion qui doit résumer la pensée de l’auteur. Tout du long, le mangaka aura su garder sa plume critique et acerbe envers cette censure. Mais en conservant, un peu trop, son côté partisan et concerné. Ce qui fait qu’on s’interroge toujours sur le fond de son récit : semi-autobiographique et à charge ou fiction exagérée à partir d’un événement.

Pour conclure, Poison City est une oeuvre forte, militante contre la censure et pour la liberté créative. Elle nous fait nous interroger sur une telle dérive qui, malheureusement, n’est pas si impossible que ça. Tetsuya Tsutsui nous transmet un message fort, prônant l’individu et l’artistique à une machinerie froide et basée que sur des algorithme. Même s’il n’arrive pas à éviter un côté partisan, il arrive à donner de vrais arguments à chaque camp et à rendre le tout crédible.
La conclusion est intelligente et clôt le débat de façon structurée et argumentée. On pourra juste reprocher que Tsutsui cherche trop à nous imposer son point de vue.

Une oeuvre forte qui ne perd pas en intensité !

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