. Je voudrais être tué par une lycéenne – tome 1 de Usamaru Furiya | Fant'asie
Kameyoko 11/05/2017 0
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  • Graphisme

Je voudrais être tué par une lycéenne - tome 1

Je voudrais être tué par une lycéenne – tome 1 de Usamaru Furiya

Autassassinophilie

Delcourt/ Tonkam sort un manga singulier aussi bien dans son sujet que dans son titre. Surtout que derrière se cache Usamaru Furiya connu pour ses œuvres singulières. Les voyants sont au vert et il se pourrait bien que ce seinen sorte de l’ordinaire.

Alors, verdict ?

Je voudrais être tué par une lycéenne – tome 1 de Usamaru Furiya est disponible à la vente depuis le 08 mars 2017 chez Delcourt/ Tonkam.

Résumé de Je voudrais être tué par une lycéenne 1 chez Delcourt/ Tonkam

Résumé de l’éditeur :

Haruto Higashiyama n’est excité que par le risque de se faire tuer par une lycéenne. Cet autassassinophile est donc devenu professeur dans l’espoir de pouvoir être un jour mis à mort par une lycéenne. Il jette son dévolu sur une de ses élèves, rêvant d’être assassiné de ses douces mains de jeune fille. Il prépare alors son plan minutieusement, révélant petit à petit sa personnalité pour le moins grotesque…

Mourir des mains d’une lycéenne !

Sous ce titre un peu énigmatique se cache un seinen passionnant. On s’intéresse au personnage de Haruto Higashiyama, professeur dans un lycée, qui est autassassinophile. C’est dire qu’il n’a qu’un obsession se faire tuer par une lycéenne. On ne sait pas trop comment lui est venue cette pulsion, mais il programme tout pour que cela arrive. Et il a jeté son dévolu sur la jeune Maho. Et pour se faire, il doit tout préparer minutieusement pour arriver à ses fins, sans que la personne s’aperçoive de sa machination. Le mangaka nous explique assez précisément en quoi consiste cette déviance. Il met le doigt sur le fait qu’il ne s’agit pas d’attirance sexuelle et autres perversions envers les lycéennes. Ce n’est pas non plus une pulsions suicidaire, car la mort lui fait peur. Mais il veut choisir sa façon de mourir et ce de façon très précise. La jeune lycéenne devra l’étrangler de ses propres mains.

Dans un premier temps, c’est ce personnage qui se présente, nous expliquant sa déviance fétichiste et ses analyses sur cela. Le tout de façon limpide et presque didactique. En cela bien aidé par une mise en page particulière, qui cassent avec le découpage habituel, avec un certain non usage des bulles. Le lecteur apprend donc à connaître ce personnage, son passé d’étudiant en psychologie, ses histoires sentimentales… Il nous apparaît comme quelqu’un de posé, réfléchi et aimé de ses élèves. Il y a un vrai travail sur ce personnage et son rapport à son obsession. Car si on lui enlève son autassassinophilie, il parait presque normal. on est loin du pervers vicelard que l’on pourrait croire. Même si Furiya laisse toujours planer un léger doute comme pour éviter que le lecteur ne se repose sur cet acquis.

Mais le mangaka ne se s’appuie pas que sur ce personnage. D’autres sont tout aussi importants comme Maho, la future « meurtrière », sa meilleure amie Aoi, un ami à elles : Yukio et enfin la psychologue du lycée. Furuya leur consacre des chapitres entiers pour les approfondir. Et chacun de ces personnages (surtout chez Maho et Aoi) s’avèrent terriblement profonds et attachants. Mais tous un côté un peu trouble. Maho a tout pour être heureuse mais met volontairement des barrières avec les autres. Elle cache aussi un secret que je vous laisse découvrir. Aoi souffre, quant à elle, de troubles psychologiques, comme une sorte d’autisme, l’empêchant d’être en groupe. Seule Maho est son ami. Elle est également extrêmement intelligente et a un don pour percevoir les gens et les choses. Elle a également du mal à avoir des émotions, ce qui en fait un personnage froid et sans relations sociales, mais mystérieuse et finalement attachante. On sent une profonde relation entre les deux jeunes filles; leurs particularités n’effrayant pas l’autre. Yukio, quant à lui, à un côté obsessionnel et stalker très léger. Mais on ne sent pas de danger émaner de lui. Au contraire, il parait être gentil et attentionné.

Le mangaka prend le temps de leur donner de la consistance et de l’intérêt au fur et à mesure des pages. D’autant plus qu’il les dote d’un vrai passé, expliquant bien des choses. Ils ont une vraie épaisseur, surtout qu’il dresse un certain portrait de la jeunesse, parfois perdue, qui a du mal à se définir et se connaitre. Derrière l’ambiguité normalité/ anormalité, Furuya dresse des portraits forts, touchant de personnages à la fois « unique » et « banal ».

 

La deuxième moitié de ce tome accélère le rythme puisque Higashiyama commence à mettre en place son sombre dessein, en planifiant soigneusement les moindres détails, tout en donnant le change dans son travail (il jouit d’une bonne réputation). Le tout en continuant le développement des personnages notamment la psychologue scolaire. A travers les différentes évolutions, on voit la résolution du professeur pour assouvir son fantasme ultime et comme tout es bien planifié.

Usamaru Furiya arrive à poser une atmosphère étrange, un peu inquiétante, mais pas flippante, tout en travaillant réellement ses personnages. Il insère une pointe d' »anormalité » au tout, conférant une touche de suspense, de tension, mais sans jamais basculer vers un thriller angoissant. Il réalise l’exploit d’intéresser sur cette pulsion, la rendre étrange mais pas tant malsaine que ça (même si dans les faits c’est une pratique douteuse). Il donne un côté très calculateur et posé à son autassassinophile, mais pas pervers. D’où un sentiment un peu perturbant. Il distille la folie par petite touche subtile sans verser dans la violence physique ou psychologique ou le sexe.

La suite s’annonce passionnante. Hâte de voir si le professeur va réussir et comment il va gérer pour y arriver.

 

Graphiquement, le découpage de Usamaru Furiya est parfois génial. Pour poser ses personnages, il casse ses compositions pour adopter un style de page à 3 encadrés, avec un texte sous l’image et non des bulles. Si cela perturbe au départ, ça s’avère efficace, donnant un côté presque documentaire. Par la suite, il a des compositions plus classiques. Pour son trait, il peut paraître parfois un peu vide. Il n’utilise pas beaucoup de trames, ne détaille pas certains visages, notamment dans les plans larges. Pour ce qui est des décors et arrières-plans c’est souvent assez fins, détaillés et plutôt agréable. Son découpage est classique parfois, mais d’autres fois il impulse un vrai mouvement. C’est difficile à expliquer mais il y a de la vie dans certaines cases.

 

Pour conclure, j’attendais beaucoup de Je voudrais être tué par une lycéenne – tome 1 de Usamaru Furiya et je dois dire que je ne suis pas déçu. Le sujet est original mais traité avec beaucoup de finesse et d’intelligence. On ne tombe pas dans une basse perversion, il y a un vrai travail autour des personnages et leurs interactions. La légère dimension « anormale » donne beaucoup de personnalité à ce seinen passionnant. J’ai vraiment hâte de lire la suite et fin de cette série et voir comment tout ça va se goupiller. Furiya propose un récit mené de main de maître, plein de profondeur et assez novateur. Une belle claque !

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