. Interview d'Hikaru Nakamura (Les Vacances de Jésus et Bouddha) | Fant'asie
Kameyoko 25/05/2013 2

Hikaru NAKAMURA

Interview d’Hikaru Nakamura, auteure de « Les Vacances de Jésus et Bouddha »

Hikaru Nakamura au Salon du Livre 2013

A l’occasion du Salon du Livre 2013, Kurokawa a eu la bonne idée de faire venir la mangaka des Vacances de Jésus et Bouddha, Hikaru Nakamuraà cette édition, qui s’est déroulée du 22-25 mars 2013.
Outre les classiques séances de dédicaces, l’auteure a aussi eu le droit à une conférence publique où elle a pu se confronter aux questions du public et faire des dessins en live.
Une conférence très instructive. L’artiste s’est bien prêtée au jeu des questions-réponses, et nous a fait de superbes portraits des personnages phares de sa série. De plus, les questions du public étaient toutes intéressantes (et ce n’est pas toujours le cas). Seule contrainte, l’impossibilité de prendre des photos ou de filmer pour respecter les volontés de l’invitée.

A l’occasion de sa venue, Fant’Asie a eu l’immense honneur de pouvoir avoir une interview de Hikaru Nakamura. Inutile de dire à quel point j’étais enchanté et en même temps intimidé par cette opportunité, étant un énorme fan des Vacances de Jésus et Bouddha.

Ne parlant pas japonais, cette rencontre a été possible grâce à Grégoire Hellot, Directeur de collection à Kurokawa, qui a fait l’interprète.

Voici la retranscription de cette interview.

L’interview

Fant’Asie (F’A) : Bonjour. Tout d’abord merci de prendre le temps de répondre à mes questions. J’en suis très honoré.
Hikaru Nakamura (H.N) : Merci à vous de m’interviewer.

F’A : Comment se passe le Salon du Livre pour vous ? Avez-vous reçu un bon accueil du public français ?
H.N : Ça se passe très bien. Je suis très heureuse d’avoir pu rencontrer énormément de lecteurs. Mais surtout, je me suis rendue compte que les gens qui me disaient aimer mes livres, me transmettaient bien leur passion. J’ai vraiment été accueillie très chaleureusement et ça me fait réellement plaisir.

F’A : Pourquoi avoir choisi de venir à l’occasion du Salon du Livre plutôt que d’autres événements, comme par exemple la Japon Expo ?
H.N : Personnellement, je pense que c’est une bonne idée, dans la mesure ou Les Vacances de Jésus et Bouddha est un manga qui s’adresse aussi aux gens qui n’en lisent pas habituellement. Ce qui est plus le public du Salon du Livre.

F’A : Vous attendiez-vous à un tel succès critique et commercial en France ?
H.N : Absolument pas et je suis vraiment très surprise par ça. Parce que jusqu’à ce que je rencontre mes fans et qu’ils m’en parlent, je ne savais pas vraiment comment j’allais être reçue. Ça m’a fait très plaisir.

F’A : Les Vacances de Jésus et Bouddha est un manga qui utilise des figures religieuse comme personnages. Avez-vous eu des réticences ou des craintes à les utiliser, de peur de certaines réactions ?
H.N : Non ! Quand j’ai commencé le manga, je ne m’étais pas posée ce genre de questions.

F’A : N’avez-vous pas eu des réactions négatives ou des polémiques, que cela soit en France ou au Japon ?
H.N : On ne m’a jamais reproché quoi que ce soit au Japon ou en France. Au Japon, il y a des prêtres bouddhistes et des pratiquants chrétiens qui lisent le manga et qui me disent que c’est très bien. Donc ça me rassure un petit peu.

F’A : Votre manga est léger, positif, drôle. Avez-vous, à un moment, envisagé d’en faire quelque chose de plus sérieux, de plus engagé ?
H.N : Non et je pense que je ne ferais jamais ça.

Les vacances de Jésus et Bouddha - tome 1 de Hikaru Nakamura

F’A : Le personnage de Jésus est présenté comme un peu geek/ otaku, alors que Bouddha est un fée du logis. Est-ce que c’est un peu deux aspects de votre personnalité ? Quel est la part de votre caractère dans ces deux personnages ?
H.N : Pour ce qui est de Jésus, qui est vraiment très geek et un peu naïf, ça c’est moi tout crachée ! Autour de moi, j’ai beaucoup de gens qui prennent soin de moi. Ce sont ces gens-là qui m’ont inspiré Bouddha.

F’A : Dans les vacances de Jésus et Bouddha, il y a beaucoup de références otaku, des technologies modernes, des réseaux sociaux, des MMORPG, donc très ancrés dans notre époque. Est-ce un moyen d’adoucir la portée religieuse ?
H.N : Non absolument pas. C’est juste que je voulais dessiner Jésus et Bouddha qui découvrent la vie quotidienne des humains. Il n’y a rien de spécialement profond.

F’A : Le format utilisé pour ce manga est en forme de petites scénettes. Envisagez-vous de faire des histoires plus longues ? Par exemple sur un tome ?
H.N : Je me dis que ça pourrait être amusant de faire ce genre de choses.

F’A : On retrouve beaucoup de personnages comme Ananda, Uriel, Gabriel… qui viennent du ciel. Est-ce qu’à terme vous pourriez être amenée à faire revenir Jésus et Bouddha au Royaume des Cieux, ou même, tout simplement, nous montrer cet endroit ?
H.N : Je n’y ai jamais réfléchi mais ça peut être une bonne idée. Oui, je le ferais peut-être un jour.

Hikaru NAKAMURA

F’A : Avez-vous déjà pensé à intégrer des figures d’autres religions : Islam, Shintoisme, panthéon grecque… ?
H.N : En plus du panthéon grecque, qui apparaît dans un volume non paru en France, il y aura un peu de shintoïsme. Mais sinon, rien d’autres de prévu pour l’instant.

F’A : Connaissez-vous déjà la fin de Les Vacances de Jésus et Bouddha ? Et savez-vous, à peu près, combien de tomes il y aura ?
H.N : Alors je ne sais pas combien de tomes cela va me prendre, mais je sais comment ça va se finir. C’est simplement, le jour où ils auront visité tout ce qu’ils veulent visiter et fait tout ce qu’ils veulent faire, ils remonteront au ciel.

F’A : Vous avez deux manga en cours de publication : Les Vacances de Jésus et Bouddha et Araka Under the Bridge, comment arrivez-vous à faire les deux ? Et comment vous organisez-vous pour bien gérer le planning des deux ?
H.N : Alors effectivement, c’est difficile d’avoir deux séries en même temps. Mais j’ai un emploi du temps qui est plutôt bien réglé. En fait, je me suis arrangée avec mes deux éditeurs. Chaque mois, je fais deux épisodes d’Arakawa Under The Bridge et un chapitre de Jésus et Bouddha. C’est donc assez facile de jongler.

F’A : A quoi ressemble une journée type ?
H.N : Alors en général, quand je construis l’histoire d’un chapitre, quand je ne m’occupe pas de ma fille, je vais au café du coin pour travailler. Et je passe la journée à écrire un scénario et à faire des croquis en écoutant de la musique.
Quand le chapitre est en cours de finalisation, mes 4 assistantes me rejoignent et nous travaillons de 10h à 22h.

F’A : Avec le succès grandissant de Jésus et Bouddha, a-t-on une chance de voir Arakawa Under the Bridge ou Nakamura Kôbô, encore inédits, en France ?
H.N : Ça me ferait très plaisir que ça sorte en France. Ce qu’il faut savoir, c’est que, au Japon, les fans d’Arakawa Under The Bridge et les Vacances de Jésus et Bouddha ne sont absolument pas les mêmes. Ce ne sont pas les mêmes lecteurs. Et Nakamura Kôbô c’est pareil. Je ne suis pas sûr que les fans de Jésus et Bouddha achèteraient les deux autres titres.

Nakamura-kobo

F’A : Avez-vous des projets futurs en dehors de vos deux mangas en cours de publication ?
H.N : En plus de ces deux séries, je me permets de faire, de temps en temps, des petites histoires courtes, à droite, à gauche pour expérimenter des choses. Mais, je n’ai pas encore d’idées précises de ce que je veux faire pour une prochaine grosse série, malheureusement.

F’A : Aimeriez-vous faire un manga « saga », avec une histoire longue s’étalant sur plusieurs tomes ?
H.N : Bien entendu, je ne peux rien faire sans l’accord d’un éditeur, mais si jamais un éditeur acceptait de me laisser faire une longue saga, avec une histoire importante, je serais ravie.

F’A : On parle beaucoup du numérique. Croyez-vous au manga numérique ? Comment voyez-vous le monde du manga dans quelques années ?
H.N : Je n’ai jamais lu de manga numériques. Par contre, on est de nombreux auteurs à travailler de plus en plus sur ordinateur, à utiliser des logiciels pour nous aider à travailler. Donc je ne sais pas trop où tout ça va aller, mais les habitudes de créations ont déjà changé.

F’A : La rencontre avec les fans français et le succès établi, peuvent-ils changer votre approche dans la création ? Par exemple en s’adaptant un peu plus au public français ?
H.N : Maintenant que je suis venue en France, je me dis que je vais peut-être faire des gags plus universels où les français se sentiront plus proches. Je ne sais pas. Mais en tout cas, quand je recherche des gags, je me donne tellement à fond qu’après j’ai la tête complètement vide. Je ne pense pas que j’aurais le temps de penser : « Ah oui, ce gag là, je pense qu’en France, ça va marcher etc… »

F’A : Avec cette venue en France, aurons-nous la chance de voir un futur clin d’oeil, une petite référence glissée dans les prochaines aventures de Jésus et Bouddha ?
H.N : Oui, car comme je suis allée au Mont Saint-Michel, je me dis que je pourrais faire une petite histoire autour de Saint Michel. J’ai des idées qui me sont venues, oui !

Les vacances de Jésus et Bouddha - tome 2

F’A : J’imagine que vous avez dû faire plusieurs interviews. Quelle est la question que vous ne supportez plus que l’on vous pose ?
H.N : La chose que je n’aime pas que l’on me demande, en général, c’est « Avez-vous un message pour vos lecteurs français ? » Parce que je ne sais pas quoi dire et j’ai toujours peur de décevoir les gens.

F’A : Quelles sont vos relations avec d’autres mangaka ? Partagez-vous des conseils, des astuces entre vous ?
H.N : Je n’ai pas tant d’amis dessinateurs que cela. Mais il y en quelqu’uns, de temps en temps, qui viennent à la maison. Ou sinon, on va manger quelque part et on discute de l’avenir du manga.

F’A : Comment est née l’acquisition de ce manga par Kurokawa ? Qu’en pensiez-vous à l’époque ?
H.N : Je me posais pas mal de questions. D’une part parce qu’à l’époque, je ne savais pas trop quel était le succès des manga en France, si beaucoup de gens en lisaient. Et puis d’autre part, je me disais aussi que les histoires de Jésus et Bouddha étaient très japonaise. Donc je me demandais si les lecteurs français allaient y trouver leur compte ? Est-ce qu’ils comprendraient ? Je me faisais un petit peu de soucis.

F’A : Merci beaucoup pour cette interview.

 

Ma rencontre avec Hikaru Nakamura se finissait donc là-dessus, avec des étoiles plein les yeux pour moi. J’ai réellement énormément apprécié ce moment, même si j’étais un peu stressé et pas vraiment à l’aise. C’est que c’est un métier d’interviewer !!

Je suis reparti avec d’excellents souvenirs et l’assurance que c’est une artiste d’exception, réservée, mais talentueuse. Mais en plus, j’ai eu le droit à ma petite dédicace perso. Et j’avoue que j’en suis super fier !!

 

Si vous ne connaissez pas encore Les Vacances de Jésus et Bouddha, ruez-vous sur ce seinen car c’est vraiment frais, drôle et réalisé avec talent.

Pour conclure, je tenais à remercier évidemment Hikaru Nakamura, mais aussi les Editions Kurokawa et en particulier Grégoire Hellot et Charlotte ainsi que les organisateurs du Salon du Livre.

2 commentaires »

  1. Snake 27/05/2013 at 08:24 -

    Moi je suis admiratif, une jeune mangaka de même pas 30 ans qui maitrise aussi bien son art, ça mérite le respect!

  2. Kameyoko 28/05/2013 at 11:42 -

    @Snake : Elle mérite le respect, c’est clair. Elle es très talentueuse et très cultivée. Malgré le sujet loin d’être mainstream, elle a réussi à faire quelque chose de savoureux et drôle !

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