. Incognito – tome 1 d'Ed Brubaker et Sean Phillips | Fant'asie
Kameyoko 10/07/2010 3

Incognito – tome 1 : Projet Overkill

Ed Brubaker au scénario et Sean Phillips au dessin

Incognito est typiquement le genre de comic qui me plait. Il est accessible, il n’y a pas besoin de connaitre tout un univers et des années d’évènements comme c’est le cas pour les héros Marvel et DC Comics. Là, il y a juste besoin d’ouvrir ce tome 1 et vous êtes prêt à lire. C’est un vrai début de comic.

En plus cet Incognito rentre dans une mouvance que j’apprécie particulièrement à savoir le « super-héros désacralisé », à la différence qu’ici c’est un super-vilain. Il ne faut pas s’attendre aussi à du Invincible ou du Superman, là on tend un peu vers le thriller/ film noir.

Sur le papier, et à la lecture du synopsis, ce titre semble prometteur, reste à voir si cela se confirme ou pas.

Incognito est édité chez Delcourt depuis avril 2010

Résumé d’Incognito chez Delcourt

Zack Overkill était autrefois un super-criminel de renom, surpuissant et n’hésitant pas à se montrer hyperviolent, amoral et radical. Il formait une paire diaboliquement efficace avec son frère jumeau Xander.
Mais le jour où celui-ci meurt, Zack décide de raccrocher. Il fait un arrangement avec la police à la condition qu’il balance ses anciens partenaires et surtout Black Death, à la tête du réseau. En échange, il a été déclaré officiellement mort. Depuis, il vit sous une identité secrète, grâce au programme de protection des témoins. Il est maintenant un banal employé de bureau, avec ses pouvoirs annihilés.

Il mène une vie morne, ennuyeuse et il se sent bridé, inutile et ignoré de tous.
Un jour il va prendre un produit pour dissimuler la prise de drogue qui, sans le savoir, va lui permettre de retrouver ses pouvoirs.

Rongé par ses pulsions de violence refoulées, il va redevenir un homme masqué comme avant. A la différence que cette fois-ci il va s’en prendre aux criminels, non pas par rédemption mais juste pour assouvir ses pulsions.

Mais très vite, la brigade qui le surveille a des doutes sur l’implication de Zack. Black Death et son organisation vont vite apprendre que Zack Overkill est encore en vie.

Un anti-héros en personnage principal

L’histoire débute avec le super-vilain, surpuissant Zack Overkill qui, après avoir dénoncé son ancienne organisation est obligé de mené la vie d’un simple archiviste. C’est une vie insipide, creuse et intéressante pour cet homme. On sent que le personnage bout intérieurement, on le sent très frustré. C’est notamment visible avec la scène du père noël et de la femme.

Même si à cette étape, on connait peu de choses de ce personnage, il fait crédible.
Petit à petit l’histoire s’intensifie à partir du moment où Zack découvre qu’un produit, masquant l’utilisation de drogue, peut lui redonner ses anciens pouvoirs.

Dès lors il retrouve cette sensation de force, d’être particulier et d’excitation. Du coup, il ne peut s’empêcher d’éprouver le besoin de se défouler, d’assouvir ses pulsions de violence. Il va donc remettre son masque et déambuler dans les rues. Sans réellement le vouloir, il se retrouve dans le rôle du héros, alors que lui souhaite juste distribuer des droites.

C’est à ce moment que les ennuis vont commencer et que l’univers va prendre forme. Au travers de flashbacks et d’apparition de nouveaux personnages, nous allons en apprendre plus sur le passé de ce super-criminel et de ses ex-employeurs.

Le background s’étoffe très rapidement, entre les présentations avec le grand méchant et toute ses « petites mains » comme le savant fou ou tous les autres surhommes.

Ce comic, tout en proposant des personnages possédant des facultés, penche un peu vers le polar noir, avec un soupçon de SF . Les ingrédients sont là avec un témoin bénéficiant du programme de protection, des méchants le traquant, les gentils essayant de l’attirer dans leur camp…

Sans trop spoiler, j’ai vraiment été surpris par un scénario plus construit et développé que ce que je m’imaginais.

La narration est aussi de qualité, qui débute un peu lentement, mais après tout s’enchaine sans temps mort. Le déroulement de l’intrigue est maîtrisé et cohérent. Elle débute avec un postulat intéressant puis cela s’enchaine de façon plus classique avec le passé du héros qui revient subitement. La qualité du récit doit beaucoup au choix de narration via une voix-off.

Même si ce procédé est classique et très utilisé, je le trouve terriblement efficace. Il est utilisé avec intelligence notamment dès les premières planches où l’on voit Zack dans sa vie d’employé banal. Mais par le biais de sa voix-off on voit bien la frustration du personnage, ainsi que son coté désabusé avec ses prises de drogues, et son coté cynique, amoral et torturé.

Même si Zack est plus que limite, cynique, amoral et violent, le lecteur ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine empathie pour lui, bien qu’il est le profil parfait de l’anti-héros. On sent qu’il n’est pas foncièrement mauvais. C’est juste qu’il a besoin de mener une existence exceptionnelle et qu’il a du mal à lutter contre ses pulsions. J’ai bien aimé cette définition floue du bien et du mal.

On peut regretter le classicisme de ses pouvoirs. J’aurais aimé qu’il est une faculté plus inattendue moins utilisée.

Le style graphique de Sean Phillips est particulier et peut déplaire. Il a un style propre qui joue beaucoup avec le noir et les ombres. Son style fait délicieusement rétro, old school. Les cases sont souvent sombres, mais pourtant les couleurs utilisées sont la plupart du temps chaudes. Même si son style peut dérouter, j’ai trouvé qu’il convenait bien au scénario d’Ed Brubaker.

Pour conclure, Incognito est un très bon comic, plus fouillé que ce que je m’imaginais. Il part d’une excellente idée de base et qui est bien traité. On peut reprocher un certain classicisme dans les évènements mais c’est pour chipoter. C’est un thriller de super-héros bien construit, plaisant avec un personnage intéressant.

Vu que ce tome constitue un arc à part entière, il serait dommage de se priver d’Incognito. Encore un autre comic de qualité qui surfe sur la vague de la désacralisation du super-héros, j’aime ça.

Le prochain sur la liste sera Irrécupérable, toujours chez Delcourt.

Et vous qu’avez-vous pensé d’Incognito? Aimez ce courant qui humanise les super-héros?

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