. I hate Fairyland – tome 1 de Skottie Young | Fant'asie
Kameyoko 28/04/2017 0
  • Scénario
  • Graphisme

I hate Fairyland - tome 1

I hate Fairyland – tome 1 de Skottie Young

Massacres au pays de Fairyland

J’ai beaucoup d’affection pour le travail de Skottie Young. Entre ses couvertures alternatives en baby de personnages Marvel, son excellent Magicien d’Oz, on a pu déjà baver devant son style cartoony si reconnaissable.

Le voir sur un nouveau titre, sur la thématique des conte de fées, me donne vraiment envie. Qu’en est-il ?

I hate Fairyland – tome 1 : Le vert de ses cheveux de Skottie Young est édité par Urban Comics et est disponible à la vente depuis le 03 février 2017.

Résumé de I Hate Fairyland 1 chez Urban Comics

Résumé de l’éditeur :

Gertrude, petite fille au tempérament de feu, se retrouve subitement aspirée par sa moquette de la chambre, prisonnière du monde magique de Fairyland. Trente longues années de captivité et de bain de sang durant lesquelles sa seule motivation a été de rentrer chez elle. Bienvenue au royaume de la reine Claudia, des hommes-champignon, des faunes zombies et des haches géantes. Bienvenue à Fairyland.

Contient : I Hate Fairyland vol1 (#1-5)

Gertrude, après 27 n’est plus la même !

Après avoir œuvré sur le Magicien d’Oz, Skottie Young reste dans le monde fabuleux des contes et pays merveilleux. Sauf qu’ici, il en prend le contre-pied. Pour notre plus grand plaisir.

L’histoire est celle de Gertrude qui, au-delà d’avoir un superbe prénom, comme toute fille, rêve d’un monde féérique peuplé de fées, de licornes et autres créatures fantastiques. Lorsque cette dernière est aspirée par sa moquette pour se retrouver projeter dans Fairyland, son rêve semble s’être réalisé. Mais 27 ans plus tard, le conte de fée à tourner au cauchemar. La jeune et candide Gertrude n’a pas changé physiquement. Mais psychologiquement, ces 27 ans à errer dans ce monde l’ont un peu changé. Elle est devenu vulgaire, amoral, colérique et violente. Elle adore commettre des massacres en masse, trancher ce qui lui tombe sous la main et faire gicler des hectolitres de sang et de viscères. Elle va mettre le pays, dirigé par la Reine Cloudia, à feu et à sang

Comme le titre I Hate Fairyland l’indique, on ne fera pas dans la dentelle et la gentille histoire pour petite fille. Skottie Young, qui se charge du scénario et des dessins, nous gratifie d’un récit délicieusement régressif avec de l’humour noir, du gore et des jolis pieds-de-nez. Le tout avec des couleurs flashy, du rose dans tous les sens et une esthétique propre au conte de fée.
C’est un vrai plaisir de lecture jubilatoire. Voir tous les poncifs du genre malmenés par une héroïne trash, sous ses aspects de petite fille est excellent et ô combien divertissant. Evidemment le décalage entre le corps de Gertrude, son âge réel et ses pulsions génocidaires offre un mélange savoureux, régressif et décapant. Suivre cette Gertrude trucider à tout va, avoir un comportement amoral, enchaîner les jurons c’est jouissif. Pour ce qui est des jurons, il est à noter qu’elle ne dit jamais un gros mot. Toutes les insultes sont faites avec des mots plus sucrés à base de Flûtin, Muffin et autres Licorne. Mais c’est suffisamment équivoque pour qu’on est pas de doutes sur le fond de sa pensée. Evidemment Young ne fait pas dans la demi-mesure, et va toujours plus loin dans le carnage et le politiquement correct. Mais tout en parsemant son récit de rebondissements, de gags récurrents (comme les différents narrateurs et leurs morts), de personnages hauts en couleurs et d’une certaine légèreté.

Le scénariste parvient aussi à ne pas ennuyer et ne pas faire retomber son idée comme un soufflé. Alors que l’idée de base est sujette à lasser, il parvient à maintenir un intérêt constant grâce à des rebondissements parfois anecdotiques et d’autres plus importants, comme l’arrivée d’une seconde « fille invitée ». Ce dernière est l’opposée de Gertrude, elle est tout mignonne, innocente et ne se bat pas avec une hache mais avec des arcs-en-ciel.

Il parvient toujours à se renouveler et à trouver de nouvelles idées qui rendent la lecture fluide et délicieuse.
D’autres personnages secondaires sont de la partie, même si la galerie est un peu faible. Parmi eux on notera, la reine Cloudia, toute gentille mais qui cache une haine pour Gertrude et peine à dissimuler son envie de la faire disparaître. Il y a aussi le petit « insecte » qui guide Gertrude. Peu bavard, son charadesign désabusé, avec son cigare et son allure de titi parisien le rendent sympathique. J’ai, par exemple, beaucoup aimé un bref passage où on le voit en 4-5 cases faire sa vie pendant que Gertrude récupère.

Mais clairement, le véritable attrait de I Hate Fairyland est cette Gertrude que 27 ans passés à chercher une clé ont complètement détraqué. On sent à quel point elle a les nerfs à vif et qu’elle a besoin de passer sa colère sur tout ce qui lui tombe sous la main : faunes zombies, soleil-narrateur, créatures-champignon, géants des montagnes…
Le retournement de situation de la fin du tome, surprend et promet de bonnes choses pour la suite.

Graphiquement, Skottie Young régale avec son style cartoony. Il parvient à donner une personnalité autre que sur le Magicien d’Oz alors que cela pourrait se ressembler. Dans l’adaptation de L. Frank Baum, il donne un côté un peu rétro. Là, il choisit l’option couleurs vives à fond, avec un aspect sucré, girly et très rose. Mais dans le fond, pour les amateurs de Young, il n’y aura pas de grosses surprises dans le graphisme, même s’il y a une surabondance de rose, de gentilles créatures toutes mignonnes, et d’autres plus laides. Mais son trait convient vraiment bien à ce type de récit, clairement fait pour lui. On reconnait sa patte immédiatement !

Avec ce I hate Fairyland – tome 1, on l’impression que Skottie Young s’en sert comme exutoire, comme pour parachever son passage sur les comics « conte de fées ». Et pour cela, il décide de tout envoyer valser avec une anti-héroïne géniale, et ce décalage si savoureux où le sucré du graphisme côtoie une violence exacerbée. Néanmoins, cette dernière passe plutôt bien, car elle n’a rien de réaliste et joue même la carte de la surenchère. Ce qui donne un univers, un ton particulièrement plein de créativité et jouissif. Une bonne surprise qui parvient à garder une dynamique au cours des pages et garder ce brin de folie et d’irrespect qui donne toute sa saveur à ce I Hate Fairyland.

Et vous qu’en avez-vous pensé ? Aimez-vous ce délire de Young ?

Laisser un commentaire »