. Goggles de Tetsuya Toyoda | Fant'asie
Kameyoko 06/01/2014 0
  • Scénario
  • Graphisme

Goggles de Tetsuya Toyoda

Six nouvelles subtiles

Derrière ce titre et cette couverture énigmatiques, ce Goggles cache un recueil de 6 nouvelles. 6 histoires intimes, fragiles, émouvantes et envoûtantes.
Après Undercurrent, Tetsuya Toyoda nous revient avec un titre qui s’annonce tout aussi touchant.

Goggles de Tetsuya Toyoda est édité par Ki-oon et est disponible à la vente depuis le 10 octobre 2013.

Résumé de Goggles chez Ki-oon

Résumé de l’éditeur :

Élevée par un père absent et une mère violente, la jeune Hiroko a fini, petit à petit, par se renfermer complètement sur elle-même et se mure désormais dans un silence total. Son seul lien avec le monde extérieur : une paire de lunettes de motard ayant appartenu à son grand-père, qu’elle porte jour et nuit et refuse obstinément d’ôter. Recueillie provisoirement par une connaissance de ses parents, Hiroko cohabite dans son nouveau foyer avec Kôichi, un jeune chômeur nonchalant qui va devoir s’occuper d’elle…

Un point communs : les problèmes familiaux

Goggles est un recueil de six nouvelles publié chez Ki-oon dans leur collection Lattitudes. L’édition est donc assez qualitative et avec un format plus grand.
Ces six nouvelles, dont une est anecdotique, sont assez indépendantes, même s’il y a, parfois, de petites connexions entre elles. Nous avons même un préquel. Elles sont de longueurs variés, de tons différents.

Comme c’est indiqué dans la postface, leur seul point commun c’est qu’elles traitent des problèmes familiaux. Mais je rajouterais qu’elles en ont un autre : celui de savoir toucher le lecteur, tantôt par ses drames, tantôt par sa mélancolie, tantôt par sa légèreté.

Mais qui dit recueil de nouvelles, dit disparités. Disparités de longueur, de thèmes, de styles et même de qualité.

La première nouvelle « Slider » joue la carte d’un humour assez fin avec la rencontre entre un chômeur, un jeune garçon et un intérimaire avec un homme se présentant comme le Dieu de la Misère. Kôhei, le chômeur, compte bien utiliser ce vieil homme pour se venger.

Tetsuya Toyoda joue la carte d’un humour tout en retenu, avec un peu de fantaisie, mais avec une dimension humaine importante. Sous couvert de légèreté, le mangaka aborde, gentiment, un aspect plus sociétal avec une légère critique du monde du travail et des impacts sur ces « oubliés ».

 

La deuxième histoire se nomme « Mr Bojangles » et nous plonge dans une enquête pour retrouver un vieil homme, qui a marqué l’enfance d’une jeune fille. Au travers des avancées de l’enquête de Yamazaki, le détective, l’auteur va nous peindre un portait touchant de ce vieil homme, surnommé « Bojangles« . Le lecteur se prendra d’affection pour cet homme énigmatique, dont le passé, fait de drames, nous touchera. Le mangaka joue ici la carte d’un réalisme et de l’émotion tout en finesse avec le portait finement réalisé de cet homme. On sent que l’auteur ne cherche pas la carte de la facilité. Il pose un regard tout en retenu sur cet homme, et sur ce qu’il a apporté à cette jeune femme. Ce qui ne rend le récit que plus touchant, car tout en simplicité et en émotion.

 

La troisième nouvelle, est celle qui donnera le nom à ce manga « Goggles« . On y retrouve, pour la première fois, un personnage déjà rencontré en la personne de Koichi, croisé dans Slider. A une époque différente, on retrouve ce personnage déjà dans une situation un peu précaire, puisqu’il vit chez un homme, Murata.

Ce dernier va lui demander de s’occuper d’une certaine Hiroko, une jeune fille d’une dizaine d’année. Sauf qu’il ne sait pas comment gérer cette fille, qui refuse de parler, de se changer et qui ne quitte jamais ses lunettes de moto.

Sans jamais la forcer, et grâce aux indications de Murata, il va en apprendre plus sur son parcours, son environnement familial difficile et surtout sur la perte de son grand-père, seule personne qui tenait à elle.

Là encore, Toyoda nous livre une histoire, terriblement émouvante, mais tout en délicatesse, sur cette fillette victime des erreurs de ses parents, et qui trouve refuge dans sa relation avec son grand-père. Evidemment, on s’attache de suite à Hiroko et on ne peut s’empêcher de ressentir beaucoup d’empathie pour cette fillette. Là aussi, le mangaka fait preuve de beaucoup de subtilité pour ne pas tomber dans le pathos, mais en restant humain, réaliste mais triste. La dernière page, presque attendue, est un petit bijou d’émotions.

Goggles est une histoire à la maîtrise incroyable, qui ne laissera personne de marbre, malgré le peu de pages.

 

La quatrième histoire « Nouvelles acquisitions à la bouquinerie Tsukinoya » ne fait que deux pages. Anecdotique !

 

L’avant-dernière histoire, « Aller à la mer » est un préquel à Goggles. On y voit Hiroko vivre des moments de bonheur, dans une existence assez triste, avec son grand-père. On la découvre souriante et profitant de ces rares moments de bonheur. Evidemment cette histoire fait écho à Goggles et n’en est que plus touchante. Cela ne fait que renforcer l’attachement que l’on peut ressentir pour elle, et mieux comprendre pourquoi elle ne quitte jamais ses lunettes.

 

La nouvelle qui clôt ce manga s’intitule « Tonkatsu« . Si le sujet principal est la recherche d’un restaurant de tonkatsu par un vieil homme, aidé par une jeune femme dépêchée par une banque, c’est plus un moyen pour parler des problèmes familiaux et professionnels.

Là aussi, il n’y a pas de grandes histoires, mais que des histoires justes, de personnes ordinaires. Cela est réaliste, simple, mais touchant.

 

Il est difficile de parler de ce manga, qui regroupe des histoires différentes, simples, sans forcément de liens. Il n’y a rien de grandiose, pas des grandes histoires, pas un rythme effréné. Mais pourtant, la magie opère grâce au style de Tetsuya Toyoda, tout en retenu, en émotion et avec cet attachement aux thématiques liées à la famille et au travail. Ces histoires savent toucher le lecteur et l’émouvoir, le tout avec une simplicté et facilité déconcertante.

 

Pour le graphisme, même s’il diffère un peu d’histoire en histoire (le mangaka étant plus ou moins mâture dans son style au moment de la réalisation), le trait est réaliste, avec des décors travaillés (même si parfois, ça peut paraître vide). Les personnages sont expressifs et réalistes.
La mise en scène et le découpage sont à l’image de ce recueil : simplse, tout en subtilité mais efficaces.

Pour conclure, Goggles est un manga différent, avec son format de recueil, le peu de lien entre les histoires. Mais pourtant, malgré un rythme un peu lent, la finesse de la narration, de la caractérisation des personnages, les thèmes abordés font que c’est un petit bijou d’émotion. Tetsuya Toyoda ne cherche pas à en mettre plein la vue, jouant la carte de la sobriété. Mais cela permet de plus se focaliser sur l’émotion, sur cette tendresse qui se dégage de ces histoires. Une histoire tout en toucher, tout en finesse mais qui vous marquera, pour peu que vous soyez touché.

Car c’est son principal défaut. Le format, l’apparente simplicité, feront que certains n’accrocheront pas. Et ça sera dommage car il y a beaucoup de tendresse dans ce Goggles. A découvrir !

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