. Ei8ht – tome 1 de Mike Johnson et Rafael Albuquerque | Fant'asie
Kameyoko 19/10/2016 0
  • Scénario
  • Graphisme

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Ei8ht – tome 1 de Mike Johnson et Rafael Albuquerque

Bienvenue dans la Mélasse

Urban Comics nous propose son nouveau titre de sa collection Indies. Et ce comic se veut très SF, avec quelques thématiques qui lui sont chères.
Avec quelques superbes titres dans cette collection, ce Ei8ht parviendra-t-il à se hisser au niveau de ce dernier ?

Ei8ht – tome 1 de Mike Johnson et Rafael Albuquerque est édité par Urban Comics et est disponible à la vente depuis le 08 juillet 2016.

Résumé de Ei8ht 1 chez Urban Comics

Résumé de l’éditeur :

Bienvenue dans la Mélasse, une dimension hostile perdue dans le temps dont Joshua, chrononaute de son état, s’est retrouvé prisonnier. Amnésique et sans nouvelles de l’équipe scientifique qui l’a envoyé ici, il ne peut compter que sur son instinct et cette voix étrangement familière… Contient : EI8HT vol.1 (#1-5)

SF et timelines

Les récits d’éditeurs indépendants de SF sont devenus légion dans le paysage comic français. Et très honnêtement, ce n’est vraiment pas pour me déplaire. Je pourrais vous en citer toute une flopée rien que chez le même éditeur : Saga, Low, Tree, Descenders, Black Science

Ce Ei8ht vient rejoindre cette mouvance, mais a des arguments à faire valoir. Ici la SF tourne autour du voyage temporel et d’un endroit énigmatique appelé la Mélasse.

On y suit les pas de Joshua s’étant crashé dans un endroit désert. Il ne se souvient plus de son nom, de sa mission et où il est. Mais en croisant le chemin de Nila, les souvenirs vont lui revenir. Et on rentre de plein pied dans un univers qui va jouer avec les paradoxes temporels, les voyages dans le temps, des zones hors-du-temps et évidemment plein de mystères. La grande particularité de ce comic réside dans sa colorisation.
Dès la première page, on nous annonce la couleur avec une palette de 4 couleurs à la signification bien précise. En effet, tout le récit s’articule autour de ces couleurs représentant : la Mélasse, le présent, le futur et le passé. En fonction du cadre spatio-temporel, une couleur prédominera dans les arrières-plans.
Ce qui donne une vraie personnalité au titre, tout en permettant d’y voir clair pour le lecteur. Car souvent dans ce type de récit, on peine à bien situer l’action dans le temps et l’espace. Il s’agit ici d’une singulière idée, mais qui se révèle bien trouvée et particulièrement utile.

Rapidement, Mike Johnson va plonger son lecteur dans son histoire en faisant intervenir de suite des voyages dans le temps, et par la suite des paradoxes temporels. L’intrigue se complexifie autour de la double notion d’espace et de temps.

L’espace se joue autour des enjeux de la Mélasse, un endroit hors de tout, du temps y compris. Le scénariste brosse des enjeux sommaires dans un premier temps. A savoir un groupe rebelle menacé par un « empereur » auto-proclamé et son bras armé : la Lance. Si de prime abord, cela parait assez convenu, la suite de la lecture va complexifier ça pour ne faire de cet enjeu qu’un élément d’une intrigue plus globale. Et c’est tant mieux. Car force est de constater que cette partie est un peu vite expédiée. Le monde de la Mélasse n’est pas développé et manque singulièrement de personnalité. On ne s’attache ni au monde, ni aux peuples, ni aux enjeux. Seul Nila et son frère arrive à s’extirper de ce manque d’intérêt. Mais surtout, tout va un peu vite au point d’user de certaines facilités. Certains rebondissements sont un peu grossiers comme le coup d’une armée qui disparaît un peu vite.

Mais fort heureusement, on sent qu’il ne s’agit que de l’amorce d’enjeux plus forts et, pour le coup, plus intéressants. Et cela va de pair avec la voyage temporel et ses paradoxe.s

Le temps se joue sur 4 fronts, traités encore de manière illégales : Présent, futur, passé et indéterminé (symbolisé par la Mélasse). Et le scénariste s’amuse à jouer avec les époques et les personnes voyageant entre elles, pour créer des paradoxes et d’autres interrogations prometteuses. Pourtant, on sent qu’il ne s’approprie pas encore complètement cette thématique et les possibilités offertes par la science-fiction. Là, où un Black Science use à fond des voyages inter-dimensionnel et des différences de culture, Mike Johnson est encore trop timide sur ça.

Pour autant, la lecture se veut très plaisante parce que rythmée, assez simple à lire et prometteuse. L’aspect simplicité de lecture est plus qu’un simple qualificatif c’est presque un leitmotiv. Avec ces thèmes complexes, pouvant aller très loin, Ei8th est finalement aisément compréhensible et le jeu de couleur permet de bien s’y retrouver. Mais le pendant est que ça manque de profondeur et de développements parfois. Une certaine frustration existe sur un manque d’approfondissements de certaines parties.

Pourtant, il y a vraiment des points qui m’ont plu et me laisse à penser que le titre va décoller ensuite. En premier lieu, je parle de relation Joshua/ Nila et du symbole infini/ 8 qui semble déterminant. Sans oublier le cliff de fin

Graphiquement, le travail de Rafaël Albuquerque est comme à son habitude, de qualité. Il s’avère efficace dans cette thématique, avec son trait plein de texture donnant un côté brut, mais sans oublier le dynamisme. Paradoxalement, il n’est pas avare en détail, mais son travail paraît un peu épuré. Probablement pour laisser la place à ces aplats de couleurs symbolisant la temporalité et parce que la colorisation est assez simple, avec une palette restreinte de couleurs.

 

Pour conclure, Ei8ht – tome 1 de Mike Johnson et Rafael Albuquerque n’est pas la petite pépite que j’espérais. La faute à un récit trop prudent, presque trop accessible. Le début est un peu poussif et classique. Il faut attendre quelques pages pour que le récit s’emballe et propose quelque chose de plus singulier et prometteur. Mais cela n’éclipse pas une Mélasse un peu fade, des enjeux un peu faibles et une certaine retenue dans les thèmes SF. Ca manque un peu de profondeur surtout pour de la SF. Pourtant, ce récit a un potentiel certain. Déjà c’est accessible et très lisible. Ensuite, l’ajout des couleurs est une superbe idée pour se repérer dans les timelines. Quelques rebondissements sont bien sentis, et les paradoxes temporelles s’annoncent prometteurs. Mais pour cela, il va falloir que Mike Johnson s’empare réellement des possibilités offertes par la SF et y aille plus franchement.

Et vous qu’en avez-vous pensé ? Trouvez-vous le tout un peu trop « tendre » ?

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