. Cesare – tomes 1 et 2 de Fuyumi Soryô | Fant'asie
Kameyoko 22/04/2013 3
Cesare – tomes 1 et 2 de Fuyumi Soryô
  • Scénario
  • Graphisme

Cesare - tome 1 de Fuyumi Soryô

Cesare – tomes 1 et 2 de Fuyumi Soryo

Un manga historique sur l’énigmatique Cesare Borgia

Cesare est le nouveau seinen de l’éditeur Ki-oon. Ce titre se veut être un manga historique précis et réaliste. Ainsi Fuyumi Soryô, aidée de Motoaki Hara, spécialiste de la renaissance italienne, va nous narrer l’histoire d’un personnage fascinant qui suscite beaucoup la controverse : Cesare Borgia.

L’occasion d’en apprendre plus sur ce personnage, connu pour sa culture, son intelligence, ses idées révolutionnaires, mais aussi sujet à de nombreux faits plus douteux.

Cesare – tomes 1 et 2 de Fuyumi Soryo sont édités par Ki-oon et sont disponibles à la vente depuis le 21 mars 2013.

Résumé de Cesare 1 et 2 chez Ki-oon

Résumé du tome 1 par l’éditeur :

Naïf et studieux, Angelo da Canossa n’est guère armé pour la vie d’étudiant à l’université de Pise, lieu d’intrigues et de tensions dans l’Italie de la Renaissance. Son innocence résistera-t-elle à sa rencontre avec Cesare Borgia, rejeton d’une famille à la réputation sulfureuse, dont le père est sur le point d’accéder au Saint-Siège ?
Rivalités entre les différentes factions de l’université, machinations politiques et luttes fratricides, Angelo va partager les années de formation d’un jeune homme en passe de devenir l’un des personnages les plus fascinants de l’Histoire. À ses côtés, il croisera le chemin de certains de ses contemporains les plus célèbres, de Christophe Colomb à Machiavel en passant par Léonard de Vinci…

Résumé du tome 2 par l’éditeur :

À peine arrivé à l’université de Pise, Angelo s’attire les foudres du fils de son protecteur, Giovanni de Médicis. Ignorant des usages du monde, le jeune homme commet bévue sur bévue et manque même de déclencher une rixe entre cercles d’étudiants… Le soir même, des inconnus masqués embusqués dans une ruelle tentent de le poignarder !
Secouru in extremis par Cesare Borgia, le Florentin est invité dans sa somptueuse demeure et, de fil en aiguille, les deux jeunes gens se lient d’amitié. C’est alors que l’Espagnol propose à Angelo de lui montrer la face cachée de la ville, sombre et miséreuse…

Un seinen d’une grande précision historique

Ki-oon nous surprend encore une fois en ajoutant un nouveau seinen ambitieux à son catalogue. Ce Cesare narre la vie de l’énigmatique Cesare Borgia, mais avec une volonté d’être crédible d’un point de vue historique.
Hasard du calendrier, ce titre a été lancé à peu près au moment de la diffusion de la série Borgia sur Canal + (qui diffère à priori pas mal) et de l’élection d’un nouveau pape.

Pour se donner une crédibilité historique, la mangaka Fuyumi Soryô s’est fait aider par Motoaki Hara, éminent spécialiste de la renaissance italienne. En découle une oeuvre extrêmement documentée. Pour s’en convaincre il suffit de lire la page de la bibliographie assez impressionnante !

Ce seinen va nous raconter la vie de Cesare Borgia, personnage fascinant, brillant mais manipulateur et avec quelques éléments troubles. Ce manga devrait nous permettre d’en apprendre plus sur le fils illégitime de Rodrigo Borgia, futur pape Alexandre VI. Après une brève introduction sur le contexte politique de l’Europe et sa relation à la religion, le récit va débuter à l’université de Pise, avec l’arrivée d’un nouveau venu.
Et là, première surprise, on suit, non pas les pas de Cesare Borgia, mais d’un certain Angelo da Canossa, un florentin qui étudie grâce à l’appui de Lorenzo de Médicis. Ce jeune homme, naïf, gaffeur et peu au fait des attitudes à adopter dans un environnement très mondain, va multiplier les bévues, notamment en mettant dans une position délicate Giovanni de Médicis, fils de son précepteur et figure imminente de l’université. Ce choix, un peu déconcertant au début, va permettre de poser le contexte et mieux voir comment fonctionne cette université et mettre en exergue les différentes rivalités et familles en jeu. Par son biais, on va en apprendre plus sur les cercles étudiants, les luttes de pouvoir à Pise et les rivalités familiales. C’est une manière assez ingénue de planter le concept et de présenter les Borgia, les Della Rovere, les De Médicis ou encore Savonarole
Cette partie est assez didactique et digeste, en romançant beaucoup, permettant ainsi de rendre accessible la lecture, même sans une once de connaissance de cette période ou des Borgia. C’est un stratagème efficace pour faire rentrer le lecteur dans la lecture et dans cette période historique, sans avoir le coté barbant et professoral.

Malheureusement, cette introduction est maladroite, essentiellement à cause d’un Angelo trop naïf, qui donne envie d’être baffé. Il est très irritant. Heureusement, plus on avance dans l’histoire, plus il devient digeste au fur et à mesure qu’il se rapproche de Cesare.

Habillement, la mangaka va déplacer le centre d’intérêt du pauvre Angelo à Cesare. Ainsi dans le second tome, sorti simultanément, Cesare est beaucoup plus mis en avant. On en apprend plus sur son enfance, sa relation avec son père, ses qualités d’orateur, de manipulation, de négociation et sa culture, ses ambitions, son entourage (donc Micheletto)…
On le verra aussi commencer ses manigances pour le pouvoir et pour aider son père à briguer le poste de Pape. On découvre aussi plus en détail l’envers du décor de Pise et les forces en action.

De fait, la lecture est plus exigeante que le premier opus, car on commence à déplacer les pièces du grand échiquier du pouvoir. On sent également le poids de la recherche de la vraisemblance historique. Surtout que cette dernière se mêle bien à des scènes plus légères, probablement inventées ou bien romancées, permettant d’appuyer encore plus les faits historiques et notamment l’aspect « politique » et « intrigues » au sein de l’église.

Avec une rare qualité de précision et de narration Fuyumi Soryô pose les bases d’un seinen historique passionnant, dense, documenté et très travaillé. Malgré le sujet, le tout est très accessible, suffisamment introductif pour faciliter l’immersion, mais tout en montrant bien ce que ce Cesare peut nous réserver. Mais le tour de force réside dans le fait d’avoir d’un coté cette rigueur historique mais sans jamais oublier le plaisir de lecture et le divertissement.
Cela doit beaucoup à la narration fluide de la mangaka et son sens de la mise en scène et des dialogues. On notera juste qu’elle est moins à l’aise avec les phases d’action.

Graphiquement, le trait se montre aussi précis que le récit. On ne pourrait envisager un récit se voulant très juste historiquement, sans un coup de crayon précis, détaillé et réaliste. Or c’est bien ce que nous avons. On sent que Fuyumi Soryô a apporté beaucoup de soin à son dessin et aux détails. Ainsi, les décors, costumes, paysages, lieux… sont très détaillés, avec beaucoup de finesse et une volonté visible de coller à la réalité de l’époque. On peut presque comparer le travail à celui de Kaoru Mori dans Bride Stories (même si j’ai une préférence pour cette dernière). Tout cela facilite l’immersion. On se croirait vraiment à cette époque. On notera aussi le travail sur le tramage.
Concernant le découpage et la mise en page, le niveau n’est pas tout à fait le même. Le tout se montre plus classique, et pêche d’un peu de dynamisme parfois. Mais on reste dans du très beau manga.

Pour conclure, Cesare – tome 1 et 2 de Fuyumi Soryô est un vrai bon seinen historique. Aidée en cela par Motoaki Hara, on sent tout le travail de documentation et la volonté affichée d’être précis historiquement. Mais, pour autant, Cesare n’en oublie pas d’être divertissant. Avec une approche didactique, le lecteur est plongé dans l’Italie de l’époque, avec son Eglise, ses jeux de pouvoirs, ses manipulations… On se passionne déjà pour tous les complots qui se trament et par la découverte du personnage de Cesare Borgia.
Le lecteur est donc plongé dans cette époque et ces faits historiques, de façon très immersive. Cette immersion presque instantanée doit beaucoup à la précision historique, mais aussi au graphisme bluffant de Fuyumi Soryô. La mangaka a réalisé un travail impressionnant de réalisme et de détails sur les décors, costumes, lieux, trames, arrières-plans…

Ki-oon tient là un seinen très prometteur, de grande qualité, capable de dépasser le lectorat classique du manga mais surtout capable de nous faire aimer l’histoire.

J’ai hâte de lire la suite et d’en apprendre plus sur Cesare Borgia et les jeux de pouvoir de l’époque.

3 commentaires »

  1. Sangigi Fuchsia 21/05/2013 at 15:43 -

    Je n’en avais pas entendu parler, je dois avouer que cette critique me donne bien envie de me procurer ces deux tomes.

    Pas particulièrement passionné par l’Église, mais j’aime l’histoire et les arts, je sens que la lecture sera agréable.

  2. Kameyoko 23/05/2013 at 15:16 -

    @Sangigi Fuchsia : Disons que c’est un roman historique sur la Renaissance. Donc l’Eglise y occupe une part importante. Mais on s’intéresse plus aux luttes pour le pouvoir que sur la Bible ou toute portée religieuse.

    Pas de souci de ce coté là. Je le conseille vraiment. Manga intéressant et enrichissant. A lire

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