. C.O.W.L de Kyle Higgins, Alec Siegel et Rod Reis | Fant'asie
Kameyoko 29/06/2016 0
  • Scénario
  • Graphisme

C.O.W.L de Kyle Higgins

C.O.W.L de Kyle Higgins, Alec Siegel et Rod Reis

Super-héros, une profession encadré !

C.O.W.L est un projet particulier pour Kyle Higgins. Au départ il s’agit d’un film de fin d’étude pour le scénariste, qui s’est fini en court-métrage. L’idée est restée et s’est développée sur un autre support : le comic book chez Image Comics.

Mais que vaut cette oeuvre ?

C.O.W.L de Kyle Higgins, Alec Siegel et Rod Reis est édité par Urban Comics et est disponible à la vente depuis le 18 mars 2016.

Résumé de C.O.L.W chez Urban Comics

Résumé de l’éditeur :

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Geoffrey Warner, Reginald Davis et Paul Braddock, respectivement connus sous les pseudonymes de Grey Raven, Blaze et Sparrow, créèrent avec la municipalité de Chicago le premier syndicat historique de super-héros : le Chicago Organized Workers League . Nous sommes aujourd’hui en 1962. Warner et le C.O.W.L. doivent affronter leur pire ennemi : l’indifférence du grand public. Après avoir neutralité le dernier super-vilains et mis un terme à la Guerre Froide, les héros vont devoir prouver leur utilité aux habitants de Chicago tout en déjouant les tensions et luttes de pouvoir qui gangrènent l’organisation depuis des années.

Chicago Organized Workers League

C.O.W.L est une oeuvre super-héroïque qui tient son originalité de son contexte. En effet, l’histoire imaginée par Kyle Higgins (à ne pas confondre avec John Higgins, le coloriste de Watchmen) se déroule à la fin des années 50, donc rétro, dans un Chicago où se mêle magouille politique, mafia et super-héros. Sauf que ces super-héros sont des « employés de service » pour la mairie et réunis dans une Ligue dirigée par son fondateur Geoffrey Warner. Ainsi il mêle super-héros à la mafia, à la politique, mais surtout à une lutte presque « ouvrière ».
L’histoire, qui est assez dense et a un aspect très politique, se fait en parallèle d’une grève pour sauvegarder la ligue. Ce point de vue de super-héros carriéristes, chargés de la sécurité, se préoccupant de leur emploi et de leur « syndicat » est assez original et surtout s’intègre bien à l’intrigue plus vaste. Cette dernière se veut essentiellement politique avec de nombreux rebondissements. De fait il y a beaucoup d’éléments à intégrer pour le lecteur nuisant parfois à la fluidité. Pourtant, beaucoup de thèmes sont abordés.

Par exemple, il y a tout une réflexion sur la pertinence des super-héros et sur leur utilité et ce qu’ils engendrent. En effet, les auteurs mettent en avant que ces super-héros, au service de la Mairie, ont pu exercer grâce à la menace de 6 grands criminels justifiant leur présence. Mais une fois ces menaces éliminées, quel est leur utilité ? Est-ce que ces super-héros n’entraînent pas l’apparition de super-criminels.

Mais la plus belle réussite de cet ouvrage est la question de la condition féminine au travail dans ce contexte. Higgins, au travers du personnage de Radia, aborde les questions de sexisme, de misogynie et plus principalement la place de la femme au travail. Alors que Radia est peut-être la plus puissante de tous, elle est souvent bridée, voir même limitée à n’être qu’une représentation marketing jolie. Elle est toujours cantonnée à des questions futiles d’images alors qu’elle a le talent pour être une vraie super-héroïne. Elle essaie donc de lutter contre cette image, contre cette dévalorisation vis-à-vis de ses homologues masculins.

De par l’ambiance rétro, la vraie interrogation autour du rôle des super-héros, et les thématiques abordées, il y a un léger côté Minutemen (version du déjà regretté Darwyn Cooke), et une influence certaine de Watchmen (voilà pourquoi je parlais de ne pas confondre avec John Higgins). Mais Kyle Higgins et Alec Siegel ne vont pas aussi loin que leurs aînés et n’ont pas encore cet impact émotionnel et cette puissance narrative. Néanmoins, C.O.W.L reste une très agréable lecture, bien narrée, même si un poil prévisible sur la fin.

Graphiquement, le trait de Rod Reis fait le boulot mais sans transcender le récit. Je le trouve un peu sage dans ses compositions et son découpage. De plus, son trait un peu brut, mais à la fois un peu « pauvre » en détail, donne une ambiance un peu sombre et rétro. Je trouve néanmoins ses décors pas toujours maîtrisés et des charadesign pas assez saisissant. Il m’est arrivé de confondre certains personnages.

Pour conclure, C.O.W.L de Kyle Higgins, Alec Siegel et Rod Reis reste une très agréable surprise offrant un regard intéressant sur des super-héros travaillant sous-contrat. Transposer les encapés dans un monde du travail, et à la fin des 50’s est une très bonne idée. Surtout quand on ajoute à ça une intrigue mêlant manipulations, magouilles politiques et mafia. L’histoire se dévore bien du fait de bons rebondissements, de thématiques fortes et travaillées, et d’une maîtrise narrative certaine. Le dessin est un peu en-deçà mais colle bien à l’ambiance. Une oeuvre à découvrir !

 

Et vous qu’en avez-vous pensé ?

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