. Black Market de Frank J. Barbiere et Victor Santos | Fant'asie
Kameyoko 23/02/2016 0
  • Scénario
  • Graphisme

Black Market - tome 1

Black Market de Frank J. Barbiere et Victor Santos

A la recherche d’ADN de super-héros

Black Market est un one-shot qui se suffit à lui-même, en seulement 4 épisodes. Paru aux Etats-Unis chez Boom !, il rejoint le catalogue de Glénat Comics qui essaie vraiment de piocher un peu partout et de nous proposer des titres originaux.

Est-ce mission réussie ici ? Est-ce que ce comic parviendra à sortir du lot ?

Black Market de Frank J. Barbiere et Victor Santos est édité par Glénat Comics et est disponible à la vente depuis le 30 septembre 2015.

Résumé de Black Market chez Glénat Comics

Résumé de l’éditeur :

Ray Willis est un homme brisé. Cet ancien médecin légiste connu et reconnu en est aujourd’hui réduit à préparer les corps des défunts pour les pompes funèbres du quartier. Il estime son génie scientifique lamentablement gâché… Du moins jusqu’à ce que son criminel de frère Denny arrive sur le pas de sa porte, avec une offre comme on n’en voit passer qu’une fois dans sa vie : la recette d’un produit capable d’éliminer toutes les maladies sur Terre. La fortune assurée ! La clé de ce remède miracle ?… elle se trouve dans l’ADN des super-héros.

Frank J. Barbiere et Victor Santos jouent avec la mythologie des super-héros pour nous proposer un récit pulp à l’humour noir décapant et aux dialogues incisifs. Black Market, c’est la rencontre entre des anti-héros dignes de Breaking Bad et des justiciers en collants mais pas très flamboyants !

Une autre utilité pour les super-héros

Dans le comic, le thème du super-héros est archi-commun et exploité en long, en large et en travers. Mais parfois, certains artistes tentent d’aborder ce sujet sous un nouvel angle ou de biais. C’est un peu le cas avec ce Black Market. Bien que les encapés soient centraux dans ce monde, l’histoire se focalise sur Ray Willis, un ancien médecin légiste, brisé par la vie et de mauvais choix. Depuis quelques mésaventures, il se retrouve à exercer pour une sombre agence afin de récupérer l’ADN de super-héros.
A partir de là, Frank J. Barbière nous raconte le parcours presque chaotique de ce légiste qui se retrouve impliqué dans les affaires de son frère. Lui que la vie n’a pas épargné accepte mal sa situation actuelle, la maladie de sa femme et son échec professionnel. L’histoire est donc concentrée sur ce personnage. Ce qui se fait presque au détriment de cette histoire de récupération d’ADN de super-héros. Ce qui est d’ailleurs dommage puisque Glénat en a presque fait son argument de vente. Mais dans les faits c’est juste un objectif plutôt qu’une fin en soi pour notre héros.

Un peu à la manière d’un Breaking Bad, on va voir comment Ray va tomber dans des affaires qui le dépassent et qui l’obligent à s’enfoncer de plus en plus loin dans ses retranchements. Et pour cela, le scénariste a choisi une narration non-linéaire, multipliant les aller-retours dans la chronologie des évènements. Si ce mode de narration fonctionne et permet de donner du rythme, ici, on frôle parfois le cafouillage. Ce qui fait que le lecteur peut rester parfois en retrait du récit, surtout qu’on reste toujours au niveau de l’humain et non du super-héroïque. Il n’y a pas l’aspect épique ou iconique du récit de super-héros.

C’est un choix de mettre la dimension humaine en avant, mais du coup la gestion des différentes temporalités doit se suffire en elle-même et apporter du peps. Ce qui manque parfois. Notamment parce que la caractérisation des personnages n’est pas toujours très poussée.
Denny nous apparait toujours comme le frère loser, habitué aux mauvais plans et incapable de s’en sortir par lui-même. Quant à Ray, son côté scientifique raté, un peu aigri, ne le rendent évidemment pas sympathique, mais pas antipathique pour autant. En quelque sorte, un monsieur tout le monde raté, mais donc un peu fade.

Le rythme de ce Black Market s’accélère dans la deuxième partie de cette descente aux enfers pour nous proposer des rebondissements bien sentis qui viennent redonner un nouvel éclairage aux événements. Et ce parti pris de redéfinir un peu l’ambiance du titre fonctionne bien et rend plus passionnante la fin de la lecture. L’aspect polar noir, un brin rétro saute plus aux yeux et donne plus de personnalité au titre, même si, sur certains aspects, la maîtrise n’est pas totale
Le scénariste s’efforce de proposer de nouvelles idées, et ça fonctionne souvent. En revanche, il se montre plus maladroit pour renforcer l’aspect pathétique de son héros, avec une emphase de ses malheurs pas toujours crédible. Sa maladresse est compensée par une fin plus maîtrisée et qui surprend.

Graphiquement, Victor Santos a un trait un peu retro, dur et anguleux. Si ces caractéristiques pouvaient donner quelque chose de sympathique, notamment en jouant sur le côté polar, dans les faits le résultat est plus que mitigé. J’ai trouvé que son travail manquait clairement de finesse et de finition. Tout ne semble pas abouti. Par exemple, les proportions sont parfois étranges, les traits pas toujours réussis et certains visages manquent d’expressivité…
S’il maîtrise les ombres et l’épaisseur du trait, son découpage manque de force. Il peine parfois à donner du rythme et de l’impact à certaines scènes clés. En cela, il n’est pas aider par une impression de travail expédié vite fait. Dommage.

Pour conclure, Black Market de Frank J. Barbiere et Victor Santos est un comic qui prend le partie de traiter des super-héros différemment, en prenant une dimension humaine. Mais l’idée de base est un peu brouillonne dans un premier temps, mais surtout jamais réellement exploitée. L’intérêt de situer le tout dans un monde super-héroïque ne trouve, finalement, que peu d’écho. S’en suit un polar, à la narration intéressante mais pas totalement maîtrisée, qui prend plus d’intérêt sur la fin, avec quelques rebondissements bien traités. On sent une volonté de proposer quelque chose de sympa, mais c’est réalisé, parfois, avec une maladresse presque touchante. Et donc au final, ça se lit plutôt bien. Par contre graphiquement, je n’ai pas accroché au style de Victor Santos, qui a un certain potentiel dans le côté rétro avec son trait anguleux, et ses ombres. Mais le travail ne fait pas totalement achevé, un peu vite expédié et surtout avec des problèmes de proportions qui choquent parfois.

Et vous qu’en avez-vous pensé ? Aimez-vous l’angle choisi ?

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