. Batman : Noël de Lee Bermejo | Fant'asie
Kameyoko 19/02/2013 0
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Batman : Noël de Lee Bermejo

Batman : Noël de Lee Bermejo

Lee Bermejo au scénario !

Vous le savez peut-être, mais j’ai une profonde admiration pour le talent de Lee Bermejo. J’adore ses dessins, planches et son univers. Sauf que j’étais habitué à ce qu’il ne se charge que de la partie graphique.
Or le voici qui se lance dans le scénario avec ce Batman : Noël. Est-il aussi doué à l’écriture qu’au dessin ?
Batman : Noël de Lee Bermejo est édité par Urban Comics et est disponible à la vente depuis le 7 décembre 2012.

Résumé de Batman : Noël chez Urban Comics

Résumé de l’éditeur :

La nuit de Noël, Batman traque un petit malfrat à la solde de son pire ennemi. Cette course-poursuite va l’amener à rencontrer trois visions du passé, du présent et de l’avenir, et à s’interroger sur les tenants et aboutissants de sa croisade contre le crime.

Un conte de Dickens façon Batman

Lee Bermejo est l’un de mes artistes actuels préférés. C’est simple, j’adore son style. J’avais hâte de voir ce qu’il pouvait donner sur un comic dont il se chargerait aussi bien du dessin que du scénario. Pourtant on sait que cet exercice est difficile.

Pour sa première fois à l’écriture et en solo, il se frotte à l’univers du Batman sur fond de conte de Charles Dickens. Et jamais ces deux univers n’auront paru aussi proche que sous le crayon de Bermejo.
Ce dernier s’attaque à une variation du conte Un Chant de Noël (a Christmas Carol) de Charles Dickens, que personnellement je ne connais que de nom (je crois n’avoir rien lu de lui).
Contrairement à ce que l’on peut penser de prime abord, cet exercice est presque plus périlleux qu’une création 100% inédite. En effet, il faut s’approprier l’oeuvre initiale, l’adapter et respecter l’essence de ce conte, mais aussi celle du Batman. De plus, pour ceux connaissant l’histoire, le suspense risque d’être moindre et le cheminement de l’histoire peutêtre connue.

Or Lee Bermejo s’en sort avec les honneurs. Il parvient bien à adapter cette histoire à l’univers du Chevalier Noir et de Gotham, en faisant de Batman/ Bruce Wayne le Scrooge de Gotham et le confrontant à 3 personnages, 3 visions (une du passé, une du présent et une du futur) qui feront changer Batman.

L’histoire se concentre beaucoup sur Bob, un pauvre type, qui accepte un boulot, pas très légal, qui n’est pas fait pour lui. Surtout qu’il tombe sur Batman, qui ne voit qu’en lui un petit malfrat, une petite frappe, mais un criminel quand même. Sauf qu’il est bien décidé à l’utiliser et à le traiter ainsi, oubliant un peu que ce Bob est simplement un homme, au bout du rouleau, paumé mais finalement pas un mauvais bougre.

Et c’est par le biais de ces 3 visions, de ces 3 visites de personnes qu’il va changer, s’interroger sur sa mission de lutte contre le crime, ses tenants et aboutissants et sur sa façon de voir les choses.

Ainsi Batman, au début du tome nous apparaît un peu fatigué, usé mentalement, rigide dans ses principes. Mais ces diverses expériences vont lui faire reprendre conscience de certaines choses qu’il avait oublié, obnubilé par sa quête.

Lee Bermejo arrive parfaitement à intégrer Gotham et le Bat-univers dans ce conte de Dickens. Les passages censés représentés les visions, sont bien pensés et apporte une pierre à l’édifice du changement de Batman. Chacun représentant une phase de l’existence de la Chauve-Souris : un passé où se mêle Jason Todd, Selina Kyle…, un présent campé par un personnage bien connu de l’univers DC, qui va lui ouvrir les yeux sur les gens et ce qui l’entoure, et enfin un personnage incontournable de cet univers pour un futur inquiétant.

Pour dérouler son récit, le néo-scénariste s’appuie grandement sur le principe de voix-off, celle d’une personne racontant l’histoire de Scrooge. Ce procédé, assez classique, fonctionne toujours bien et permet de bien mêler le conte et Gotham. Même si ces passages là sont parfois un peu poussifs et pas toujours bien maîtrisés, Lee Bermejo est quand même assez juste et plutôt efficace. On sent simplement qu’il n’a pas encore la fluidité et la limpidité d’un scénariste aguerri.

Mais ce qui fait de Batman : Noël un comic qu’il faut posséder c’est bien le graphisme, tout juste sublime. Alors, il est vrai que je suis fan du talent de Lee Bermejo, donc pas très objectif, mais le travail effectué sur ce comic est juste hallucinant ! C’est ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle !

Tout frôle la perfection. Que ce soit dans le trait lui-même, dans le découpage, le détaillage, les jeux d’ombres et de lumière… Mon seul bémol serait dans le charadesign de Bob, mais qui fait très « Dickens« . Le rappel à l’oeuvre de Dickens est permanent tant le Gotham imaginé et magnifié par Bermejo a des accents d’un Londres sous Dickens. Elle joue ainsi un rôle essentiel dans l’appropriation du conte de l’auteur anglais. Le travail et la minutie sur Gotham, et plus généralement dans les décors, sont impressionnants. Tout est travaillé, personnalisé avec un vrai souci du petit détail qui change tout. Chaque façade de bâtiment est unique et se différencie des autres.

Voir un Gotham sous la neige n’a jamais été aussi beau ! C’est une ville à la fois lugubre, gothique, inquiétante, mais belle et envoûtante.

Les personnages sont aussi superbes avec un charadesign soigné et percutant. Batman est inquiétant et sombre à souhait, Catwoman dans ses différentes versions est juste magnifique, féline et gracieuse, tout en respectant bien ce qu’elle a été et ce qu’elle est. Quant au 3ème invité, dont je vais essayer de taire le nom, il est juste excellent !

Le découpage et la mise en scène sont assez cinématographiques et donnent un vrai élan narratif.

Personnellement ce qui m’impressionne dans le travail de Lee Bermejo c’est son jeu d’ombre et de lumière. On sait que cet artiste aime beaucoup jouer avec les ombres, les aplats de noir, donnant énormément de relief à son dessin. Mais là, il atteint encore un niveau supérieur avec une gestion de la lumière encore plus poussée. Il suffit de lire les bonus pour s’en convaincre. En résulte des planches que je rêve d’acquérir tellement c’est beau, fin et d’un réalisme saisissant.

Bref, je suis toujours autant fan de Lee Bermejo. Il faut aussi saluer le travail de la coloriste Barbara Ciardo, qui arrive à bien sublimer le travail de l’artiste. Mais pour moi, du Bermejo devrait rester en noir et blanc, avec juste de l’encrage.

 

Pour conclure, Batman : Noël est un excellent comic ! Lee Bermejo prouve encore une fois qu’il est bien un des plus grands dessinateurs de comic actuel. Mais il rajoute un autre corde à son arc : le scénario. Et pour une première il s’en sort avec brio. Cette adaptation d’un conte de Dickens, dans l’univers du Dark Knight est superbement menée. C’est une vraie réussite. On pourra reprocher une utilisation de la voix-off encore tâtonnante, un déroulement à peu attendu, mais l’artiste/ scénariste montre de très bonne chose. Il faudra donc aussi le surveiller sur le scénario.

Même si ce Batman : Noël n’est pas le plus remarquable des récits sur Batman, ni même le plus ambitieux, on prend un plaisir monstre à lire cette histoire. Surtout quand celle-ci est servie avec un graphisme d’une telle qualité. Pour compléter le tout, l’édition de Urban Comics est encore une fois à la hauteur de ce comic.

 

Un titre à découvrir de toute urgence. Et si vous ne connaissez pas Lee Bermejo, jetez-vous sur ses oeuvres !!

 

Et vous qu’avez-vous pensé de ce comic ? Lee Bermejo est-il dans le top 3, top 5 des artistes comic du moment ?

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