. L'aliéniste de Gabriel Bà et Fàbio Moon | Fant'asie
Kameyoko 09/12/2014 0
  • Scénario
  • Graphisme

L'aliéniste de Fabio Moon et Gabriel Ba

L’aliéniste de Gabriel Bà et Fàbio Moon

D’après une oeuvre de Joaquim Maria Machado de Assis

Après le succès d’estime, et j’espère commercial, de Daytripper, Urban Comics continue de miser sur les jumeaux brésilien en publiant ce nouveau titre. Pourtant ce comic, l’Aliéniste, date de 2007. L’occasion de découvrir un peu plus la bibliographie des deux auteurs mais également de prendre encore un peu plus conscience de leur talent.

L’aliéniste de Gabriel Bà et Fàbio Moon est édité par Urban Comics et est disponible à la vente depuis le 26 septembre 2014.

Résumé de L’aliéniste chez Urban Comics

Résumé de l’éditeur :

Simon Bacamarte, aliéniste diplômé, s’installe dans une paisible bourgade brésilienne et, au nom de la science, fonde un asile d’aliénés. Il commence par enfermer et classer les lunatiques, mais ne s’arrête pas là. Son emprise sur la population est telle que bientôt toute la ville est internée. L’aliéniste est-il celui qui soigne la folie, celui qui la fabrique, ou celui qui la porte en lui ?

Qu’est-ce que la folie ?

L’aliéniste est un comic des jumeaux Gabriel Bà et Fàbio Moon qui se base sur un classique de la littéraire brésilienne de Joaquim Maria Machado de Assis, datant de 1881. L’aliéniste est un mot un peu désuet maintenant qui est plus ou moins un synonyme de psychiatre.

L’aliéniste ici est Simon Bacamarte, éminent scientifique, qui souhaite étudier la folie et les maladies mentales. Pour cela, il va installer dans sa bourgade à Itaguaï un asile, surnommée la « maison verte ». Les premiers patients vont arriver. Mais au fil du temps, de plus en plus de monde va se faire interner, dont certains notables.

Tous ces internements vont soulever des questions au sein de la population.

Le thème de la folie est donc central dans ce comic, avec en corollaire la question sur la définition de la normalité. L’aliéniste explore les méandres de la folie et des troubles psychologiques, mais sans s’intéresser à des cas précis. Même si le personnage principal est un scientifique obnubilé par son sujet d’étude, on ne s’intéresse jamais réellement à ses patients et leurs pathologies. Le récit se focalise presque plus sur l’impact des recherches de Bacamarte sur les habitants d’Itaguaï et sur l’approche empirique de l’aliéniste. Ainsi, on suit quelques personnages lors de brefs passages comme les membres du conseil de la ville, le barbier, le sellier, la femme de Bacamarte, l’apothicaire…

Les frères Gabriel Bà et Fàbio Moon nous livre une réflexion intéressante sur la folie et la normalité qui va prendre des proportions surréalistes à tel point que l’on s’interroge sur la santé mentale de l’aliéniste. L’aliéniste soigne-t-il les fous, ou est-ce lui qui a des problèmes psychologiques ?

Plus on avance dans le récit plus le doute s’installe et plus on voit que personne est à l’abri, jetant le doute sur la définition même de la folie. Le lecteur prend plaisir à voir comment Bacamarte définit ce qu’est la folie et comment il remet parfois son paradigme en question.

Même si le récit est assez court, même s’il n’y a pas beaucoup d’action, on ne s’y ennuie pas, tant les auteurs parviennent à créer une véritable ambiance et à nous faire réfléchir. Surtout que tout le récit est grinçant, teinté d’ironie, parfois de cynisme. On s’amuse de voir les proportions que prennent les recherches du docteur, aboutissant à interner quiconque répondant à certains critères parfois farfelus. Mais farfelus de notre point de vue cartésien, mais qui se trouve justifiés si l’on se place du point de vue de l’aliéniste et ses théories.

L’ambiguïté sur le docteur Bacamarte est présente tout au long du comic. S’il est présenté comme une sommité scientifique, avec une approche empirique, on n’a de cesse de se questionner sur ses desseins et sa santé mentale. Les auteurs nous font penser ça via les dialogues entres les habitants d’Itaguaï qui s’interrogent sur cet homme.

 

Graphiquement, les jumeaux  Gabriel Bà et Fàbio Moon font encore étalage de leur talent. Si leur trait n’est pas forcément le plus beau qui soit, il dégage une chaleur que peu peuvent se targuer de savoir faire. Les personnages sont expressifs, le trait un peu simple, des décors pas toujours très présents donnent un ton rétro qui nous plonge dans le Brésil du 19ème siècle. De plus, de cette apparente simplicité se cache une certaine sensibilité, finesse et subtilité très agréable. Surtout que la colorisation est magnifique. Tout est fait sur des tons jaunes/ bruns/ sépia… qui donnent de la chaleur aux planches, et un aspect vieux papier qui va bien avec l’esprit du roman de Joaquim Maria Machado de Assis.

Pour conclure, L’aliéniste de Gabriel Bà et Fàbio Moon est encore un titre savoureux de ces deux artistes pétris de talent. C’es toujours un peu particulier, sortant des sentiers battus, mais quand on rentre dedans, c’est excellent. Cette revisite d’un classique de la littérature brésilienne fait mouche de par son graphisme léché, sa réflexion sur la folie et la normalité et par le charme indescriptible qui ressort de la lecture.
Certes, le titre n’est pas exempt de défaut comme son rythme un peu lent et monocorde ou son manque d’action. Mais avec ces artistes brésiliens, il faut laisser le charme agir. Et quand on y arrive c’est un vrai plaisir. Néanmoins, paradoxalement, je pourrais comprendre qu’on ne rentre pas du tout dans ce titre.

Mais, pour ma part, j’ai été conquis et plus que jamais, je vais suivre le travail de Gabriel Bà et Fàbio Moon.

Et vous qu’avez-vous pensé de cet album de 2007 ?

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