. A Silent Voice – tome 1 de Yoshitoki Oima | Fant'asie
Kameyoko 30/03/2015 3
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  • Graphisme

A Silent Voice – tome 1 de Yoshitoki Oima

Handicap et harcèlement scolaire

La sortie de A Silent Voice (Koe no Katachi en VO) est un petit événement. Ce manga jouit d’une belle réputation et se présente comme un shônen singulier, émouvant et intelligent. Vu la teneur de ce titre, il n’est pas étonnant de voir que c’est Ki-oon qui l’édite.

Inutile de préciser que j’étais impatient de découvrir ce titre et voir si je me joignais ou non au concert de louanges lu ça et là.

A Silent Voice – tome 1 de Yoshitoki Oima est édité par Ki-oon et est disponible à la vente depuis le 22 janvier 2015.

Résumé de A Silent Voice 1

Résumé de l’éditeur :

Shoko Nishimiya est sourde depuis sa naissance. Même équipée d’un appareil auditif, elle peine à saisir les conversations, à comprendre ce qui se passe autour d’elle. Effrayé par ce handicap, son père a fini par l’abandonner, laissant sa mère l’élever seule. Quand Shoko est transférée dans une nouvelle école, elle s’emploie à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, rien n’y fait : les persécutions se multiplient, menées par Shoya Ishida, le leader de la classe. Tour à tour intrigué, fasciné, puis finalement exaspéré par cette jeune fille qui ne sait pas communiquer avec sa voix, Shoya décide de consacrer toute son énergie à lui rendre la vie impossible. Psychologiques puis physiques, les agressions du jeune garçon se font de plus en plus violentes… jusqu’au jour où la brimade de trop provoque une plainte de la famille de Shoko, ainsi que l’intervention du directeur de l’école. À cet instant, tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui jusque-là ne manquaient pas eux non plus une occasion de tourmenter la jeune fille, vont se retourner contre lui et le désigner comme seul responsable…

Encore un bijou proposé par Ki-oon

A Silent Voice était un manga particulièrement attendu en France. Il faut dire que ce titre a beaucoup fait parler de lui au Japon. J’avais hâte de pouvoir donc découvrir ce manga. Et ce d’autant plus que sa classification en shônen, sa thématique sur le harcèlement scolaire (connu sous le nom d’ijime au Japon) et le handicap était un mélange à priori étrange, mais intriguant. Ces thématiques sont assez éloignés des standards shônen. Et pourtant malgré ça le succès critique et commercial a été au rendez-vous au Japon.

A Silent Voice commence par des retrouvailles entre les deux personnages principaux : Shoya et Shoko, alors adolescents, sauf qu’elles ne se passent pas comme prévues. Puis le récit revient quelques années auparavant quand les deux personnages sont alors à l’école primaire. A partir de ce moment-là, le lecteur se doute que cette période aura un gros impact sur leur futur. On sent d’emblée qu’il y aura des traumatismes psychologiques, des évènements qui marqueront l’un ou l’autre, voir même les deux.

Très rapidement, on voit que A Silent Voice, au-delà de la thématique du handicap et de son intégration en milieu scolaire, va traiter essentiellement d' »ijime ». Sous ce terme japonais se cache le phénomène d’harcélement scolaire, connu aussi sous le nom de bullying chez nos amis anglo-saxons.

Tout d’abord c’est Shoko qui va en être victime. Sa surdité va être une cause d’interrogation, puis d’amusement jusqu’au harcélement. Shoya en est l’instigateur et s’amuse beaucoup, avec ses camarades, à la brimer. Les petites blagues vont se transformer presque jusqu’à de la persécution, alors même que cette adorable petite fille essaie juste de s’intégrer.

Le traitement de cet ijime est très juste. Yoshitoki Oima aborde avec beaucoup de finesse ce sujet. Evidemment ces traitements, aggravés par l’handicap de la victime, interpellent et choquent le lecteur. Pourtant, le mangaka ne tombe jamais dans la facilité de faire de Shoya un bourreau sadique. Là où c’est intelligent, c’est qu’on ne voit pas forcément de la méchanceté chez ce personnage (et c’est presque ça qui est dérangeant). C’est juste un garçon turbulant, qui s’ennuie et voit en Shoko un phénomène de foire. Et c’est sa différence qui va amuser Shoya.

Au-delà du comportement du garçon, le lecteur sera un peu mal à l’aise face à la réaction de certains adultes, et à une certaine hypocrisie de « l’autorité » (notamment campé par le professeur principal).

Mais là où A Silent Voice prend une dimension supérieur et bascule dans la catégorie du petit bijou, c’est dans l’évolution de Shoya. Alors qu’il est présenté comme le leader des persécuteurs, un incident va lui faire franchir la ligne. Cet événement va avoir de grosses répercussions pour lui. D’un coup, il se retrouve lâché par ses camarades, et dénigré par son professeur. Petit à petit il va se faire isoler et va passer du bourreau à l’état de victime.

Là encore, la mangaka vise juste. Cette bascule de statut bien que soudaine, est finalement bien gérée et en devient logique. Alors que le lecteur en venait à éprouver une certaine colère envers Shoya, il éprouve maintenant de la compassion, de la tristesse et une sensation de gâchis : 2 enfants marqués à vie !
On voit bien tout son état d’esprit et comment il survit face à son nouveau statut. Ce personnage est finalement beaucoup plus complexe que ce que l’on pouvait penser initialement.

De fait, les deux personnages sont terriblement empathiques, même si Shoko manque un peu de développement. Je ne sais pas quelle sera l’orientation de la suite. Mais ce qui est sûr, c’est que nous avons d’ores et déjà deux personnages profonds, bien caractérisés et qui suscitent beaucoup d’émotions. J’ai hâte de voir comment vont se passer leur retrouvailles (après ces blessures enfantines).

Graphiquement, le trait de Yoshitoki Oima est assez rond, avec un côté enfantin bien qu’au final assez fin (malgré des contours un peu épais). Elle a un patte particulière, mais qui fonctionne parfaitement bien avec cette thématique. Son style permet de bien placer au centre du récit ses protagonistes, tout en les rendant terriblement expressif. On s’éloigne un peu des standard du shônen pour loucher vers un style seinen, voir josei. En tout cas, le récit et le dessin sont un tout cohérent qui confère à ce titre un attachement tout particulier.

Pour conclure, A Silent Voice – tome 1 de Yoshitoki Oima est un petit bijou. Comme à son habitude, Ki-oon a chouchouté son « petit ». Et honnêtement ce manga le mérite amplement. Avec sa thématique difficile du harcélement scolaire, la mangaka arrive à aborder ce sujet grave avec beaucoup de finesse et surtout de doigté et de justesse. Elle ne tombe pas dans une vision manichéenne harceleur/ victime. Shoya en est l’illustration même.
De plus, elle parvient parfaitement à ne pas être simpliste dans son approche. Le harcèlement vécu par Shoko n’est pas présenté comme de la méchanceté pur, juste de la bêtise enfantine, de l’incompréhension face à la différence et une façon de rompre l’ennui pour les « bourreaux ». La notion d’appartenance à un groupe est également bien exploitée.
Mais, à mon humble avis, le point le plus intéressant réside dans le basculement de Shoya.

Vraiment A Silent Voice est un petit bijou, très fin, prenant et touchant. A lire d’urgence !!
Et vous qu’en avez-vous pensé ? Le qualifieriez-vous de bijou ?

3 commentaires »

  1. ghaan 02/04/2015 at 06:16 -

    Wouah il a l’air super bien! Un peu plus réfléchi que ce que je lis d’habitude oO

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