. « A la Croisée des Mondes » – Les Royaumes du Nord | Fant'asie
Kameyoko 28/10/2008 6

A la croisée des mondes - Les Royaumes du nord

Les royaumes du Nord – Tome 1 de « A la croisée des mondes »

1er tome de la trilogie « A la croisée des mondes » de Philip Pullman

Les royaumes du Nord est le premier tome de la trilogie « A la croisée des mondes » de l’auteur anglais Philip Pullman. Les autres tomes composant ce cycle sont « La tour des anges » et « le miroir d’ambre ».

Ce tome a eu le droit à une adaptation cinématographique qui, même si elle n’est catastrophique, ne rend pas justice à cette œuvre.

Cette saga est marketé en tant que livre jeunesse. Pourtant s’arrêter à cette segmentation est une erreur. Déjà l’écriture est beaucoup plus complexe que ce que ce « titre » ne laisse supposer. De plus, l’intrigue est très poussée, très imaginative et donc pas seulement enfantine. Par contre si les enfants vont pouvoir le lire sans trop de problème, les adultes eux le liront avec un autre degré de lecture.

Dans ce billet, je vais tenter de vous présenter ce « Royaume du Nord » qui introduit le reste. Cependant, il faut bien comprendre une chose sur cette trilogie. Chaque tome a une ambiance particulière, nous n’avons pas la sensation qu’il s’agit de la même œuvre quand on compare l’ambiance et l’histoire. Et pourtant Pullman arrive avec brio a faire de cette saga une œuvre cohérente, imaginative et poétique.

Mais avant cela commençons par le classique synopsis.

Lyra et son daemon à la recherche de Roger

L’histoire se déroule dans un monde qui pourrait être le notre à l’époque victorienne. Mais il diffère beaucoup dans sa structure, son fonctionnement et surtout fait intervenir un peu de magie et de fantasy. L’autre postulat de base à ce monde est l’existence des « daemons». Un daemon est une sorte de manifestation de l’âme qui prend la forme d’un animal. Un lien vital uni l’homme et son daemon si bien qu’ils ne peuvent être éloignés d’une certaine distance. Ils meurent et vivent en même temps, la mort de l’un entraînant celle de l’autre.

Le daemon a le don de la parole et une conscience propre. Jeune, il a la capacité de prendre n’importe quelle forme animale avant de se fixer à la puberté de l’enfant.

Elevée dans le très austère Jordan Collège à Oxford au milieu des Erudits, Lyra Belacqua et son daemon Pantalaimon est une petite fille curieuse, effrontée et garçon manqué. Elle passe plus de temps sur les toits, dans les caves, à jouer ou à se battre avec les enfants Gitans qu’à étudier.

Un soir elle s’introduit en cachette dans la grande salle du conseil. Elle y voit le Doyen verser du poison dans le verre de son Oncle : Lord Asriel, venu faire un exposé sur sa dernière expédition. Elle va donc empêcher son oncle de boire le verre mais aussi assister à la conférence et donc entendre parler de la Poussière. Cette particule élémentaire est tabou dans cette société régit par le Magistérium (la grande Eglise de ce monde, sorte de Vatican), qui pense qu’elle est responsable du péché originel.

Un jour son ami Roger est enlevé par les «enfourneurs». Elle décide donc de s’enfuir et de le retrouver. Mais avant cela le directeur du collègue lui donne un étrange objet : l’aléthiomètre qui a le pouvoir de répondre à toutes les questions pour ceux qui savent la déchiffrer (soit personne).

Lors de sa fuite elle se fait recueillir par la belle et intelligente Madame Coutler et son singe doré. Mais elle se rend vite compte qu’elle ne lui veut pas que du bien et s’enfuit tant bien que mal de la demeure de cette dame.

Elle sera aidé dans sa quête par les Gitans venus eux aussi récupéré les enfants kidnappés, Lee Scoresby l’aéronaute, l’Ours en armure Iorek Byrnison et la sorcière Serafina Pekkala.

Arrivera-t-elle à sauver Roger ? Pourra-t-elle empêcher les expériences qui sont mener sur les enfants et leur daemon ? Pourquoi ces kidnappings ?

Pourquoi il faut découvrir cette saga

Bien que ce roman soit classifié en tant que livre de jeunesse, il est bien plus que cela. Pullman, de par son écriture, son imagination, sa poésie et son talent pour tenir en haleine a écrit un livre qui ravira les plus jeunes comme les plus vieux.

L’univers qu’il a créé est cohérent, bien construit et crédible si on accepte les postulats de base. Le fait que cet univers soit assez similaire au nôtre mais en même temps très fantastique donne un coté proche qui permet de mieux rentrer dans ce monde. C’est quelque chose d’assez original pour être souligné, mais c’est vraiment agréable d’être dans un roman de fantasy, tout en ayant de très nombreux points communs, repères que nous connaissons. En cela, ça diffère d’un Seigneur des anneaux ou d’un Assassin royal.

En suivant les aventures de la petite Lyra on voyage beaucoup. On passe d’un Londres victorien à des royaumes du nord peuplés d’ours en armure. L’histoire est également parsemée de pointe d’humour très sympathique.

Le début du roman réunit tout ce qu’il faut pour captiver le lecteur : une héroïne intrépide, mais qui peut parfois agacer au début (ce qui n’est plus le cas par la suite), des lieux mystérieux et spirituel, des éléments fantastiques, de l’ésotérisme, une transgression, des mystères, des secrets….

L’auteur nous brosse aussi des portraits de personnages tous attachants, que se soit l’ours Iorek, ou le texan Lee Scoresby. Bref une galerie de personnage fort intéressante.

Le duo Lyra – Pantalaimon (Pan) est très juste, plein de tendresse, de malice et émouvant. On sent vraiment leur union indissociable. De plus, je trouve que cet idée de daemon est vraiment intéressante. Cela crée une vrai relation fusionnelle et introduis le concept de matérialisation de l’âme. Cela reste cohérent avec l’esprit mystique et méta-physique du scénario de Pullman.

L’autre point remarquable et qui fait débat c’est la vision de Pullman de la Religion. Aux Etats-Unis on lui reproche une position anti-religion, ce que je ne partage pas du tout. Evidemment il ne brosse pas un portrait reluisant de l’Eglise : manipulatrice, menteuse, voulant tout contrôler et cacher des vérités existentielles. Mais elle fait partie intégrante du scénario et permet de donner un aspect mystique qui fait toute la force du roman.

Il aborde donc des thématiques plus adultes que ce qu’on peut penser au départ : le péché originel, la manipulation, les sévices qu’on peut effectuer au nom de la science, les méfaits d’une société trop contrôlée par une entité puissante, le fondamentalisme….

Son récit est donc plus complexe que ce qu’il n’y parait. Quand le doyen cherche à empoisonner Asriel, qui est le vrai méchant ? Sur certains personnages il brouille bien les pistes au cours du tome 1. Il soulève beaucoup de questions qui ne sont pas intégralement résolues dans cette première partie. Notamment on ne fait qu’effleurer la complexité de l’existence ou pas de la Poussière.

La Tour des anges : second tome

Ce livre est donc très bon, même si je préfère les suivants. Il a le mérite de bien planter le décor et surtout les enjeux, et les postulats (la poussière, les daemons…). Par contre, pour les tomes suivants il ne faut pas du tout s’attendre à ce qu’il y a dans le premier.

Tous les tomes sont totalement différents dans leur ambiance, mais pourtant ça reste logique. Par exemple dans le tome 2, on voit apparaître l’autre personnage principal : Will et son poignard subtil. La saga prend une tournure encore plus fantastique, mystique, scientifique mais surtout poétique.

C’est difficile de décrire ce que nous transmet cette trilogie, mais c’est très beau, très visuel, très poétique et très philosophique tout en ayant un premier degré accessible au plus grand nombre.

Je ne peux donc que conseiller de s’y lancer et de ne pas s’arrêter à l’adaptation cinématographique. De plus « A la croisée des mondes » diffère beaucoup de ce que j’ai l’habitude de lire. Je suis très High Fantasy dans mes lectures. Mais c’était avec un réel plaisir que j’ai changé mon fusil d’épaule cette fois-là. Je ne regrette pas une seconde de m’être lancé dans ces romans.

En espérant quand même voir un jour la suite du film la « Boussole d’Or ».

Ceux qui ont lu ce livre, qu’en avez-vous pensez ? Estimez-vous que Pullman est un anti-religion ?

Ceux qui ne connaissent pas cette œuvre, cela vous donne-t-il envie ? Avez-vous déjà vu le film ?

6 commentaires »

  1. DoomyFlo 28/10/2008 at 21:29 -

    Bonjour, j’ai lu la trilogie il y a qq années et j’ai nettement ressenti à l’époque une critique de la religion, des dogmes et du manichéisme des croyances ainsi que l’abus des pouvoirs des églises etc… ce qui n’a pas été pour me déplaire et donc m’a marquée… 😉

  2. Kameyoko 29/10/2008 at 11:11 -

    J’ai aussi beaucoup aimé cette critique qui est clairement présente. Oui il y a une forme de critique de l’Eglise actuelle. mais je vois surtout plus une mise en garde contre les dérives d’une potentielle église.

    Au final il n’a pas tort quand on voit les réactions que ça a suscité chez les néo-conservateurs et la droite religieuse aux etats unis.

    Pourtant est-ce suffisant pour cataloguer Pullman comme étant anti-religion? Je n’en suis pas sûr.

    Ces critiques là ne sont pas sans conséquence. On risque de jamais voir ou alors très tardivement la suite de la boussole d’or justement à cause de ça. Les studios sont un peu frileux vu les positions de certains sur le contenu de la Tour des anges et de l’oeuvre de Pullman en général. C’est bien dommage

  3. bombadilom 02/12/2009 at 16:38 -

    Pour ma part je ne pense pas qu’il s’agisse seulement d’une critique de la religion même si elle est clairement critiqué. Mais plutot d’une critique du pouvoir et des excès auxquels il mènent quand ceux qui le détiennent ne veulent pas le quitter.
    Par contre, présenter cette trilogie comme lecture pour enfant me laisse perplexe. La lecture du premier tome, je veux bien. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai abordé le tome 2 avec un peu de réticences. Mais j’ai eu l’impression de changer d’auteur tellement le rythme est plus rapide, l’intrigue plus soutenu et l’histoire nettement moins linéaire.

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