
- Scénario

- Graphisme

Terreur Sainte de Frank Miller
Le comic polémique !
Voici un comic qui aura fait couler beaucoup d’encre. Il faut dire que son auteur, son sujet et son traitement sont sujet à controverse. Après avoir eu beaucoup de mal à sortir en VO, c’est Delcourt qui se charge de l’édition française.
La polémique était-elle méritée ?
Terreur Sainte (Holy Terror en VO) de Frank Miller est édité par Delcourt et est disponible à la vente depuis le 19 septembre 2012
Résumé de Terreur Sainte chez Delcourt
Résumé de l’éditeur :
Une menace de mort pèse sur Empire City. L’Arrangeur, aidé de la Chat- Pardeuse, a jusqu’à l’aube pour sauver la ville. Ils s’attaquent directement aux factions terroristes en portant un combat violent jusque dans leur camp. Réponse hargneuse au 11 septembre et malgré les positions radicales de son auteur, Terreur Sainte se garde de condamner l’islamisme pour ne foudroyer que le terrorisme.
La réponse post-traumatique du 11 septembre de Frank Miller
Il est rare dans le monde des comics qu’une oeuvre suscite autant la polémique que ne le fit ce Terreur Sainte, avant même sa sortie. Cette oeuvre de Frank Miller a beaucoup fait parler d’elle, mais pas forcément de façon élogieuse. Sans rentrer dans une trop grande polémique, qui va au-delà de ce comic, cette critique va essayer de vous faire comprendre pourquoi ce « buzz ». Mais avant ça, il est nécessaire de présenter l’auteur : Frank Miller.
Ce dernier est une légende des comics, à qui l’on doit de nombreux succès et qui a su apporter un vent nouveau à ce monde du neuvième art. On lui doit notamment les chefs d’oeuvres Batman Year One, Batman the Dark Knight Returns mais aussi Sin City, 300, Martha Washington, Hard Boiled, et autres runs sur des séries comme DareDevil.
Mais le monsieur, aussi talentueux soit-il, est également connu pour ses prises de position très marquées, très conservateurs, réactionnaires, voir limite proche extrême-droite. D’ailleurs il a tendance, actuellement, à plus faire parler de lui sur ces points que sur son travail artistique.
Terreur Sainte est un peu son oeuvre réponse à son traumatisme du 11 septembre 2001. Son idée initiale était de proposer un Batman vs Al-Qaeda qui fut sagement (c’est mon avis) refusé par DC Comics. Finalement, c’est Legendary Comics qui publiera son oeuvre en gommant évidemment ce qui touchait à Batman.
Nous avons donc un héros, L’Arrangeur, un Batman sans en avoir le nom, qui s’allie avec la Chat-Pardeuse, donc une Catwoman, avec qui il noue une relation étrange, afin de se venger des terroristes qui menacent Empire City. Vous l’aurez compris, ça ne vas pas aller dans la finesse, ni dans la subtilité et la mesure. Frank Miller nous crache sa rage et sa haine post-traumatique. Et c’est en ça que Terreur Sainte fait la polémique. En effet, le discours de Miller est assez nauséabond puisqu’il n’y va pas de main morte et ne connais pas la nuance.
A partir du moment où une bombe explose, Miller nous fait étalage de sa pensée à la limite du racisme, bien fermée et qui fait la part belle aux amalgames. Ainsi, il enfonce des portes ouvertes primaires en assimilant musulmans, islamistes et terroristes, sans aucune forme de retenu. De même, mélanger monde imaginaire et du réel (en nommant texto Al Qaeda), l’auteur insiste encore plus sur sa diatribe haineuse, marquant le manque de distance par rapport à son traumatisme du 11 septembre.
On ne compte pas les nombreux éléments plus que limites et qui flirtent avec le caricatural, comme le coup de la plus vieille mosquée abritant les terroristes, ou encore le discours paranoïaque de l’Arrangeur sur le fait qu’il s’était préparé à ça, ou encore l’apparition de figures modernes qui vont à l’encontre des idéaux de Miller, voir même ce super-héros juif à l’étoile de David peinte sur sa figure. Mais un des dialogues reflète bien, l’aspect primaire et vomitif de cette oeuvre, avec ce passage très premier degré : « Bon, Mohammed, tu m’excuseras si je t’appelle Mohammed, mais tu admettras que les chances sont grandes pour que ce soit ton prénom« .
Même si on essaie de faire fi de ce discours, on ne peut pas passer à coté, tant il suinte des pages. C’est pour ça que j’ai plus eu le sentiment d’une déclaration de haine, plutôt qu’une oeuvre artistique.
Le tout est aussi exacerbé par une violence bien marquée et qui ne fait pas dans la demi-mesure. Là aussi, j’ai presque senti la projection de Miller sur son héros. Dérangeant !
Sur le fond, ce one-shot est rythmé, bourré d’action et aurait pu être sympa. Mais voilà, Frank Miller fait trop transpirer ses idées extrémistes et nauséabondes dans ce comic, pour qu’on ne puisse pas ressentir un certain malaise à la lecture. La rancoeur personnelle a prit le pas sur la créativité.
Graphiquement, Frank Miller fait du Frank Miller mais en moins bien. Il a toujours son trait si particulier, cet amour du noir et blanc qu’il magnifie grâce à un encrage et une lumière qu’il sait bien utiliser. Son découpage est dynamique et il s’en dégage une certaine puissance.
Mais personnellement, je n’aime pas. Je trouve que son trait manque de finesse, de détail et de justesse. Il suffit de voir comment il représente certains portraits. Ensuite, j’ai trouvé que le tout souffrait d’un manque de lisibilité assez énorme. On ne comprend pas tout ce que Miller veut nous montrer, en abusant de ces aplats et de ces angles de vue parfois trop étranges. Le tout manque de finition. Pourtant, le format à l’italienne (pas très pratique à caser dans une bibliothèque) aurait pu lui donner un bon terrain d’expression.
Je ne suis pas un grand fan du monsieur d’un point de vue dessin, mais j’ai encore moins accroché que d’habitude. C’est vraiment à la limite du compréhensible.
Pour conclure, quand on lit Terreur Sainte, il est difficile de passer à coté de l’extrémisme de Frank Miller. Son récit tient plus du pamphlet haineux écrit sous le coup de la colère, après les dramatiques évènements du 11 septembre 2001, que d’une oeuvre artistique. Or on sait que la colère n’est jamais bonne conseillère.
Terreur Sainte a crée la polémique et l’on comprend pourquoi à la lecture. C’est primaire, à la limite du racisme, sans aucun recul et sans nuance. La lecture n’est pas très plaisante car il y a un arrière-goût désagréable qui ne nous quitte jamais. Surtout qu’en plus, dans mon cas, je n’ai pas été conquis par le dessin. Dans ces conditions, difficile de trouver un quelconque intérêt à ce comic, à part avoir la confirmation qu’aussi talentueux soit Frank Miller, ses idées sont très dérangeantes et extrémistes.
Et vous qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous trouvé cela aussi nauséabond que moi ? avez-vous réussi à aller au-delà de cette vision primaire et manichéenne du monde ?




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Je n’ai pas lu ce comics, mais en tout cas, ta chronique confirme toutes les critiques que j’ai pu lire sur cette « oeuvre » (si on peut dire) de Frank Miller !!
Perso je préfère quand Miller fait du batman, je trouve le tout un peu limite là, j’en ai lu quelques pages et j’ai arrêté, je n’aime pas trop cette façon de traiter l’actualité…
@Del Poyo : Que tu aimes ou non Frank Miller, tu ne peux passer à coté de son discours. certains arriveront à dépasser, d’autres non. Moi, j’ai pas réussi.
@Jeu de construction : Ce temps là est lointain pour notre Miller où il faisait du bon Batman ^^ Clairement, on sent que c’ets un traitement à chaud de ce traumatisme chez lui. Et du coup c’est un peu extrême