. Paper Girls – tome 1 de Brian Vaughan et Cliff Chiang | Fant'asie
Kameyoko 14/02/2017 2
  • Scénario
  • Graphisme

Paper Girls - tome 1

Paper Girls – tome 1 de Brian K. Vaughan et Cliff Chiang

Étrangetés à Cleveland dans les années 80

Urban Comics aime Brian K. Vaughan et aurait tort de s’en priver. La talent du monsieur est indéniable. Après le très beau succès de Saga l’éditeur de comic continue de miser sur cet artiste avec son nouveau titre : Paper Girls. Et vu les nominations et prix remportés par cette nouvelle série, le choix semble judicieux.

Mais que vaut réellement ce comic ?

Paper Girls – tome 1 de Brian Vaughan et Cliff Chiang est édité par Urban Comics et est disponible à la vente depuis le 07 octobre 2016.

Résumé de Paper Girls 1 chez Urban Comics

Résumé de l’éditeur :

Au lendemain de la célèbre fête d’Halloween, la petite ville de Stony Stream, Ohio, s’éveille. C’est du moins le cas de Mac, KJ, Tiffany et Erin, quatre jeunes livreuses de journaux. La routine des tournées matinales est enclenchée, jusqu’au moment où leur itinéraire croise celui d’un groupe d’étranges individus encapuchonnés, violents et au langage inconnu ; et d’une mystérieuse machine dont tout semble indiquer qu’elle ne viendrait pas de la Terre… Une découverte qui pourrait bien changer leur vie à jamais.

Retro, mystères, surnaturel… ça ne peut que marcher !

Le rétro et la nostalgie connaissent un regain d’intérêt depuis quelques temps dans la pop culture. Le dernier exemple est très révélateur avec la série Stranger Things sur Netflix. Paper Girls surfe sur cette tendance. Mais la réduire à simplement une sorte d’opportunisme tendancielle est une grossière erreur. Déjà parce que c’est Brian K. Vaughan au scénario et que ce dernier n’a plus rien à prouver après des œuvres majeures comme Saga, Y le dernier homme, Les Seigneurs de Bagdad, ou encore Ex-Machina.

L’histoire se situe dans une ville de la banlieue de Cleveland à la fin des années 80. On va suivre la jeune Erin, âgée d’une douzaine d’année, se lever, le lendemain d’Halloween, pour distribuer le journal local. Mais elle va se faire agresser par quelques jeunes. L’arrivée d’un groupe de 3 autres Paper Girls, livreuses à vélo, vont la sortir de ce pétrin. Néanmoins leur journée va basculer quand des étranges phénomènes et personnes vont faire leur apparition.

Clairement ce Paper Girls fait vibrer notre fibre nostalgique. Certes, en France, on fête peu Halloween, on ne livre pas les journaux en les jetant depuis son vélo, on n’a pas ces pavillons typiques de la banlieue américaine. Mais pourtant, ça réactive nos souvenirs de visionnage de notre jeunesse (du mois pour ceux ayant grandi dans les années 80). Irrémédiablement, on se replongera dans des films comme E.T, les Goonies, dans une moindre mesure Ça, et dans des exemples plus récent comme Super 8 ou Stranger Things. Et je dois reconnaître que ça a particulièrement marché pour moi. Notamment parce que Vaughan ne se contente pas de clins d’œil ou d’hommages appuyés. Il ne se repose jamais uniquement sur ces références et propose quelque chose de passionnant, maîtrisé et finalement plein de bonnes idées. Certes, il capitalise beaucoup sur cette ambiance rétro, mais il crée surtout un univers nostalgique, coloré, fantastique et féministe. Et derrière, il y a de nombreuses thématiques.

Le scénariste livre un récit assez militant et féministe avec des héroïnes fortes, déterminées et surtout bien caractérisées. On se prend vite d’affection pour elle, chacune ayant un caractère qui lui est propre, sans jamais tomber dans la caricature. Ce n’est pas un manifeste féministe, mais simplement on ne parle que d’héroïnes fortes, rebelles pour certaines, pionnières pour d’autres, souhaitant faire ce qu’elles souhaitent.
L’alchimie de groupe fonctionne bien. Si Erin vient juste de rejoindre le groupe, on sent bien les relations évoluer au fur et à mesure des épreuves rencontrées. Car dans ce tome, les rebondissements seront nombreux et très fantastiques. En cela il se démarque des œuvres citées précédemment. Dans ces dernières l’élément fantastique est souvent unique, souvent entre-aperçu et plus développé à la fin. Non, là Vaughan y va à fond avec des personnages étranges, des créatures sorties tout droit de son imaginaire et même quelques ressorts scénaristiques typiques de la SF (sans trop spoiler).

De fait, le rythme est assez élevé et tout se lit avec une facilité déconcertante. Le lecteur rentre très rapidement dans cet univers et ne lâche pas le livre jusqu’à la fin. Surtout que le tout se finit par un cliffhanger, un peu attendu, mais qui donne furieusement envie de lire la suite. Mais ce rythme représente aussi un peu le défaut de Paper Girls. Tout s’enchaîne un peu vite et, donc, certains éléments sont noyés par d’autres révélations. De même, j’ai regretté un peu d’avoir certaines réponses un peu tôt, là où j’aurais bien vu le mystère traîner un peu.
La suite s’annonce prometteuse car il y a plein de pistes de développement possibles. Reste à voir quelle direction va choisir Vaughan.

Aux dessins, on retrouve Cliff Chiang que l’on a déjà vu à l’oeuvre sur le Wonder Woman d’Azzarello. Son style cartoony, un peu brouillon, fonctionne finalement assez bien ici, car donne un côté rétro. Surtout que la colorisation joue la carte de la couleur flashy. So 80’s ! De fait, il y a une véritable identité graphique qui se dégage de l’oeuvre. Je trouve juste que certaines cases sont parfois un peu vides en arrières-plans et détails. Plus de finesse dans les détails aurait permis encore plus de jouer la carte de la nostalgie.

Pour conclure, Paper Girls – tome 1 de Brian Vaughan et Cliff Chiang est un titre très prometteur. Ce n’est pas pour rien qu’il a été récompensé aux Eisner Awards. Ce mélange fantastique, ses héroïnes attachantes, son esprit 80’s et ses rebondissements à foison fonctionnent parfaitement. Il y a une énergie, une ambiance et une personnalité qui se dégage de ce comic. Brian K. Vaughan ne se contente pas de surfer sur la vague nostalgique qui revient en force. Il propose surtout une histoire passionnante sur fond de thèmes progressistes et féministes, et d’éléments fantastiques et SF bien incorporés. Pour l’instant la galerie de personnage est réduite, mais nos 4 héroïnes valent le détour. Vu la fin du tome, on ne peut qu’avoir envie de lire la suite.

Paper Girls a un potentiel assez énorme et peut prétendre au rang d’oeuvre majeure mais il manque un petit quelque chose pour prétendre à ce statut. Je pense qu’il y a encore un peu une ambiance mystérieuse et un suspense à mettre en place. Mais c’est un très bon comic, très plaisant à lire et qui ne s’arrête pas à juste jouer la carte de l’hommage à un type de films des années 80.

A lire !

Et vous qu’en avez-vous pensé ?


2 commentaires »

  1. Laura 27/02/2017 at 09:54 -

    Très bonne review ! Je l’avais vu également dans la sélection du monde, je pense que je vais acheter le premier tome !

  2. Asphalt Shop 16/03/2017 at 21:13 -

    Je conseille vivement. Très intéressant et bien écrit, à lire !

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