. Les Fleurs du Mal – tomes 1 et 2 de Shuzo Ôshimi | Fant'asie
Kameyoko 29/03/2017 3
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  • Graphisme

Les Fleurs du Mal - Tome 1

Les Fleurs du Mal – tomes 1 et 2 de Shuzo Ôshimi

La perversion selon Baudelaire ?

En ce début d’année, Ki-oon nous a proposé un titre assez énigmatique avec ces Fleurs du Mal, faisant irrémédiablement pensé à l’oeuvre de Charles Baudelaire. La couverture, le synopsis, le titre sont assez mystérieux pour m’intriguer. J’avais donc hâte de voir ce qu’il se cachait derrière ce manga.

Les Fleurs du Mal – tomes 1 et 2 de Shuzo Ôshimi sont édités par Ki-oon et sont disponible à la vente depuis le 12 janvier 2017.

Résumé de Les Fleurs du Mal 1 et 2 chez Ki-oon

Résumé de l’éditeur :

Une ville de province banale, un collège banal, un quotidien banal. Takao, élève moyen et timide, se sent enfermé dans ce monde étroit. Il n’a qu’une échappatoire : la lecture. Il est surtout fasciné par l’étrangeté des Fleurs du mal de Baudelaire. Ce recueil est devenu son livre de chevet, tout autant que son moyen de se différencier dans un monde gris où tout le monde se ressemble. Il existe pourtant un élément de surprise incontrôlable dans son univers : Sawa, assise derrière lui en classe, refuse toute autorité en bloc. “Cafards !”, “Larves !” : elle ne rate pas une occasion d’exprimer sa haine et son mépris, même envers ses professeurs. Crainte de tous, elle est l’élément déviant de la classe. Mais Takao préfère se concentrer sur la populaire Nanako. Il ne lui a jamais parlé et se contente de la regarder de loin. Alors quand il trouve abandonnés dans la salle de classe les vêtements de sport de l’objet de ses fantasmes, il ne peut s’empêcher de les ramasser… et de s’enfuir en les emportant, sur un coup de tête ! Pas de chance pour lui, Sawa l’a surpris en plein forfait… Avec un grand sourire, elle commence à le faire chanter : s’il ne veut pas qu’elle le dénonce, il doit obéir à ses ordres, même les plus fous !

Banalité et perversion

Le titre de ce manga devrait, logiquement, vous faire de suite penser à l’oeuvre de Charles Baudelaire. Et ce parallèle n’est pas purement innocent. Mais rassurez-vous, il ne s’agit pas d’une « mise en dessin » de cette oeuvre. En effet ce seinen se « contente » de puiser son inspiration dans ce recueil de poème. Déjà rien que la couverture reprend quelques éléments distinctifs d’une édition japonaise de l’oeuvre de Baudelaire, avec notamment cette fleur avec un œil.

Ensuite, Les Fleurs du Mal fait partie intégrante du scénario puisque que c’est l’oeuvre préférée du grand lecteur qu’est Takao. Il est même source de certains rebondissements.
Et pour finir, l’auteur s’est inspiré de ce recueil et des thèmes qu’il véhiculait pour imaginer ce manga.

Aux commandes, on retrouve Shuzo Ôshimi que l’on connait pour le très apprécié Dans l’intimité de Marie. Il livre ici un seinen avec une part de personnel dedans qui joue la carte de l’opposition normalité/ perversion.

On suit le jeune Takao, lycéen japonais tout à fait lambda, à une exception près : c’est un dévoreur de livre et il est continuellement plongé dedans. Il vit sans faire de vague et est épris de la populaire Nanako, qu’il n’aborde pas. Mais un jour, pris sous le coup de la panique, il en vient à voler les affaires de sport de cette dernière. Sauf qu’il est surpris par la mystérieuse Sawa. Cette dernière ne rentre pas dans le moule du modèle d’éducation nippon. Elle est un peu sociale, dédaigneuse et n’hésite pas à rabaisser professeurs et élèves. Tout va découler de cette prise en flagrant délit.

Les fleurs du mal - tome 2Sawa va avoir maintenant un moyen de pression sur Takao et va être bien décidée à l’utiliser. Son but : briser sa carapace de « normalité » pour faire resurgir sa perversion. Dès lors, Ôshimi va s’interroger sur la perversion, sa définition, sa matérialisation. Le mangaka ici voit plus ça comme une voie pour sortir de la norme, des convenances plutôt que comme les perversions les plus dérangeantes. Il ne tombe ainsi pas dans le voyeurisme et le dégoûtant. Il explore plus la part de perversité que chaque individu peut avoir.

Sawa va ainsi « forcer » Takao a suivre ses ordres en le bousculant et en s’immisçant dans ses relations avec Nanako. Se créé ainsi une ambiance singulière, flirtant avec le malsain sans jamais tomber dedans. On se passionne pour le jeu étrange dans lequel est tombé Takao. Même s’il faut reconnaître qu’il est un peu stupide dans le sens naïf et passif, on suit inexorablement sa lente descente aux enfers. Ce cheminement est d’ailleurs assez bien géré, puisque petit à petit on sent le piège se refermer sur lui. Il y a une certaine gêne à voir ce que fait subir Sawa à son camarade par plaisir de le voir devenir pervers, mais on ne peut s’empêcher de tourner les pages.

Surtout que le mangaka est assez intelligent dans sa construction pour ne pas se focaliser que sur son duo de personnage. Notamment au cours du tome 2, la jolie Nanako prend de l’importance et nous surprend. Certes, la galerie de personnage est plus que restreinte, mais ça fonctionne quand même. Mais on peut se poser la question de comment va évoluer la relation NanakoTakao ? Le cliffhanger de ce deuxième volet pourrait être déterminant. Il peut être la moment charnière dont tout va découler. A voir comment cela évolue par la suite.

 

Graphiquement, le style de Shuzo Ôshimi s’améliore au fur et à mesure des deux opus. Si son charadesign n’est pas exceptionnel, son travail sur les expressions est beaucoup plus abouti. Sawa en un sourire pour donner froid dans le dos, ou au contraire exprimer une certain joie, même si plus globalement, on a du mal à la saisir. Ôshimi a aussi un talent certain dans son découpage et ses compositions. En fonction de la scène, il peut modifier son découpage, en augmentant ou diminuant la taille et le nombre de cases, en jouant sur ces dernières et les espaces vacants. Certaines doubles pages sont vraiment bien pensées et terriblement efficaces (notamment sur la fin avec la carapace de Takao se fracturant). Sa fausse simplicité dans son dessin le dessert, mais en s’y penchant plus, il est loin d’être simpliste, même si son trait est parfois un peu classique.

 

Pour conclure, Les Fleurs du Mal – tomes 1 et 2 de Shuzo Ôshimi est encore assez flou. On se doute que tout autour de la perversion et de la normalité, mais on ne sait pas encore réellement jusqu’où ça peut aller. Ces volumes introduisent l’oeuvre et instaurent une ambiance. Les personnages sont introduits aussi et ont un certain potentiel. Pour Sawa son charisme est immédiat. Pour Takao et Nanoko ils deviennent intéressant sur le tard. Tout décolle avec le tome 2, les relations changent, la tension plus forte et les rebondissements plus palpitants. Le mangaka livre finalement une réflexion non dénuée d’intérêt sur la norme/ perversion et rend cette dernière moins définissable. On ne peut qu’être intrigué par la suite.

J’aime aussi comment il se sert des Fleurs du Mal, l’oeuvre de Baudelaire dans son manga. Cela tient plus que du clin d’oeil sans pour autant être totalement central.  Un titre finalement pas galvaudé.

Ce seinen est aussi envoûtant qu’étrange et parfois un brin malsain. Mais le lecteur se laisse prendre au jeu de Sawa. Hâte de voir la tome 3 suite aux révélations de fin de volume.

 

Et vous qu’en avez-vous pensé ?


3 commentaires »

  1. Evrard MARSEAU 01/04/2017 at 22:46 -

    Ce manga m’a lair intéressant vu qu’il s’inspire de notre auteur national Charles Baudelaire…De plus, j’aimerais bien voir comment ce manga va retracer la perversion de la manière la plus japonaise possible 🙂

  2. Mamy Dupuis 02/04/2017 at 19:52 -

    Wouaouh ! Les fleurs du mal de Baudelaire en version manga ! Et ben, c’est vraiment original çà ! Il faut absolument que je vois cela pour avoir une idée sur l’inspiration de cet auteur 🙂

  3. Phil Nijhuis 21/04/2017 at 05:35 -

    Personnellement, j’ai eu au collège un prof d’Allemand qui utilisait, en support de cours, la célèbre bande dessinée Astérix et Obélix. Pour l’époque, c’était une manière pédagogique innovante de motiver tous les élèves à étudier.
    Je m’interroge, non pas à voix haute, mais par ce message sur la faisabilité de reproduire ce schéma et qu’un professeur de Français exploite cette version moderne pour découvrir la littérature classique. Après tout la culture ne s’étudie pas uniquement dans des vieux livres et l’essentiel est, bien sûr, de lire, n’est-ce pas !

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