. Les Annales de la Compagnie Noire - tome 1 | Fant'asie
Kameyoko 16/03/2010 13

Les Annales de la Compagnie Noire – tome 1 de Glen Cook

Un peu de Dark Fantasy

Je débute la lecture de ce cycle de fantasy que l’on peut classer comme étant de la dark fantasy. Et pour cause, c’est très sombre.

Cet opus est le premier volume d’une trilogie nommée : « Les livres du Nord« . Les tomes 4 et 5 appartiennent à « Les Livres du Sud« . A partir du tome 6, on rentre dans le cycle « Les livres de la pierre scintillante« .

Les annales de la Compagnie Noire est une saga écrite par Glen Cook en 1984, mais dont la parution française a seulement commencé en 1998.

Les annales de la Compagnie Noire raconte l’histoire d’une compagnie de mercenaires qui sert qui veut bien la payer. Ils sont une famille. Ce sont des soldats chevronnés, malins et efficaces. C’est eux qui effectuent le sale boulot quelque soit leur employeur.

Au travers du travail de leur annaliste, nous allons suivre leurs missions.

Résumé des annales de la Compagnie Noire 1 de Glen Cook

A Beryl, la Compagnie Noire travaille pour le Syndic qui gère la ville. Mais la situation est tendue et l’opposition gronde. La révolte est sur le point d’atteindre son paroxysme. Surtout que pendant ce temps-là une créature antique mi-homme mi panthère sème la mort : le forvalaka.

Un autre élément viendra encore rajouter de la tension, l’arrivée d’un vaisseau aux voiles noires qui s’arrime avec à sa tête un messager mystérieux.

Il s’agit en fait de Volesprit un des Dix Asservis de la Dame. Dans des temps antiques, la Dame et son mari le Dominateur régnaient et représentaient le mal absolu. Ils avaient asservis 10 puissants magiciens(iennes) qu’on appelle les Asservis. Une femme s’est opposée à eux : La Rose Blanche. Avec l’aide de la Rébellion, elle a réussi à les enterrer vivants eux et les 10 Asservis.

Mais un sorcier a libéré la Dame il y a quelques siècles. Seul le Dominateur est resté enterré dans le Grand Tumulus.

Volesprit est venu proposer un contrat à la Compagnie Noire pour qu’elle serve la Dame. Mais la Compagnie respecte toujours ses contrats même si celui qui le lie au Syndic les met dans une posture très inconfortable. Avec l’aide de l’Asservi, ils vont trouver un moyen de quitter Beryl et de rejoindre la Dame.

Tous les membres de la Compagnie Noire rejoindront l’Empire de la Dame, au delà de la Mer des Tourments. Cette contrée nordique est en guerre contre les Rebelles et le Cercle des Dix Huit.
Toubib, qui est l’annaliste et accessoirement le médecin de la Compagnie comprend rapidement qu’au sein des Dix Asservis, il y a de nombreuses querelles. La Compagnie s’attire rapidement les foudres d’un autre Asservi : Le Boiteux.

Un nouveau membre va s’engager : Corbeau. C’est un personnage froid et distant qui va laisser son passé de coté pour rejoindre cette bande de Mercenaire.

La situation de la Dame empire. Elle perd de plus en plus de terrain sur la Rébellion, et la Compagnie ne fait que battre en retrait.

La situation est critique pour la Compagnie Noire qui, malgré ses succès, fait partie du camp qui perd du terrain. De plus elle sait qu’elle est un pion dans la lutte qui oppose les Asservis.

Les membres de la Compagnie s’interroge sur leur employeur. Ils ont bien conscience qu’ils servent peut être le camp du mal.

La Compagnie Noire, la Dame et les Asservis

Il y a une chose très importante que je n’ai pas réussi à caser dans le résumé, c’est la narration. En effet, l’histoire de la Compagnie Noire nous est narrée par l’intermédiaire des annales de cette dernière. Toubib, comme son nom l’indique est le médecin de ces mercenaires mais aussi et surtout l’annaliste. C’est par son biais ou plutôt par sa plume que l’on va suivre toutes ces péripéties.

Le texte qu’on lit est sensé être ce que Toubib a rapporté dans ses annales.

Concrètement, ce choix de narration a un véritable impact sur la construction du récit et sur l’angle d’attaque. Toute l’action est vue par les yeux de Toubib, c’est pourquoi c’est une narration à la première personne.

Comme c’est l’unique point de vue, le déroulement est forcément un peu biaisé. En effet, il peut s’attarder sur des passages plus intimistes, sur ses réflexions, ses doutes alors que d’un autre coté il peut occulter totalement une énorme bataille (n’étant pas sur les lieux). Au cours de l’histoire, il arrive que se soit relaté des évènements durant lesquels Toubib n’était pas présent. Il retranscrit donc ce qu’il a entendu d’une autre personne.

De même, le style est par conséquent direct, va droit à l’essentiel et ne s’attarde pas sur les descriptions. Le langage et les faits narrés sont bruts de décoffrage, c’est cru et sans concessions.

Autre point à prendre en compte c’est que, comme on en sensé lire des annales, on prend un peu l’aventure en cours. Les personnages ne nous sont pas présentés puisqu’on est sensé les connaitre. Il y a donc un petit temps d’adaptation pour savoir qui est qui.

Ce choix de narration est vraiment très bon et sied bien au profil de la Compagnie Noire. On se sent vraiment au coeur de ses hommes. On a presque l’impression de se battre, de crapahuter, d’angoisser avec eux. Ça offre des possibilités et un éclairage qui diffèrent de ce que l’on peut lire en fantasy. C’est agréable.

En revanche, je n’ai pas toujours eu le sentiment de lire des annales. Il y a quelques passages qui font plus romancés.

Les personnages sont terriblement humains. On voit bien leur travers et leurs faiblesses. Forcément Toubib est le personnage que l’on connais le mieux. Néanmoins, des personnages comme Qu’un Oeil, Gobelin, Silence, Corbeau, Elmo, Lieutenant ou le Capitaine valent aussi le détour.

Dire que les principaux personnages sont « attachants » ne seraient pas le terme, mais plus on avance et plus on ressent le sentiment de « frères d’armes », ce lien qui unit tous les membres de la Compagnie Noire. On éprouve donc cette sensation vis-à-vis des membres la composant.

Ils sont également intéressants de par leur vision nuancée du bien et du mal. Ils nous montrent bien que tout est une question de point de vue. La frontière est donc floue entre le camp du mal et celui du bien. Surtout quand chez les « bons » ils commettent les pires atrocités et quand dans celui du mal il peut y avoir un fond de bonté et d’honneur.
Ils ont également une façon de combattre redoutable. Non seulement ils savent manier leurs armes quand c’est une bataille classique, mais ils sont surtout très forts pour réussir leur mission par la ruse.

C’est donc très intéressant de voir comment tous ses personnages se sortent de situations périlleuses ou de batailles. L’aspect stratégie et ruse est vraiment important et passionnant à lire.

La Compagnie Noire s’interroge beaucoup sur qui elle sert. Elle a un honneur particulier : effectuer sa mission quelque soit le camp. Elle ne s’engage pas pour une bonne ou une mauvaise cause. Elle ne fait qu’exécuter sa mission.

Concernant l’histoire, j’ai trouvé que ça mettait du temps à décoller. On suit la compagnie de batailles en batailles sans qu’il y ait de véritables fils rouges. Puis plus on avance plus on apprend sur la Dame et les Asservis et plus ça devient captivant, pour finir par une énorme et dantesque bataille et par de beaux retournements de situation.

A niveau des batailles, on est servi. Il y a en a beaucoup, et des différentes et qui nous permettent de mieux apprécier tout l’aspect stratégie.

L’ambiance est aussi glauque et sombre. On ressent bien le moral des troupes, le climat rude, la pression et la tension permanente. Et puis on y parle de meurtres, de tortures, de viols… mais tout en restant soft.

On a le sentiment de ne jamais être en sécurité et on se dit qu’il peut tout arriver. Mais il arrive de temps en temps qu’il y ait des petits passages humoristiques, notamment les perpétuels chamailleries de Qu’un Oeil et Gobelin.

J’ai également apprécié la part de la fantasy dans le texte. Seule la magie est présente dans ce monde. On a pas quelques figures classiques de la fantasy, comme des créatures fantastiques, des peuples mythique sou autres interventions des Dieux. Non, ici, seul quelques hommes sont capables d’user de magie. La plupart du temps, il s’agit juste d’illusions, sauf le Cercle, et les Asservis qui, eux, sont des as.

Par contre le concept d’Asservi m’a immédiatement fait penser aux Reprouvés de la Roue du Temps. Ils ont un peu le même rôle et place dans ce monde, et ont aussi cette tendance à comploter entre eux.

Pour conclure ce premier tome du cycle de la Compagnie Noire, met du temps à démarrer mais après c’est passionnant. Le choix de narration est intéressant et offre pas mal de possibilités qui permet de lire quelque chose de sensiblement différent. Les personnages font très humains, et sont agréables à suivre. Le lecteur à l’impression de faire partie de cette Compagnie Noire. L’ambiance est assez sombre et la menace plane. Néanmoins, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus sombre. Je m’attendais presque à du viscéral, du malsain, car je pensais que ces mercenaires allaient être de véritables salauds. Ce qui n’est pas tout à fait le cas. Ils ont juste une vision du bien et du mal différente.

Un classique qui vaut le coup d’être lu, avec une fin de tome très bonne.

Et vous qu’en avez-vous pensé? Avez-vous trouvé que ce n’était pas aussi « dark » qu’on pouvait se l’imaginer? Avez-vous aimé ce choix de narration?


13 commentaires »

  1. JFK 16/03/2010 at 13:33 -

    Merci pour cette critique. On m’en a plusieurs fois parlé, toujours en bien. Mais je n’ai jamais commencé par manque de temps et aussi parce que je n’avais pas spécialement envie de lire un truc trop sombre dans ce que je considère comme de la littérature de divertissement. J’avoue qu’un énième avis favorable donne envie de commencer malgré tout.

  2. Kameyoko 17/03/2010 at 16:21 -

    @JFK : Honnêtement c’est une bonne série. Il faut aimé les stratégies et ruses militaires, mais c’est vraiment pas mal.

    Pour le coté sombre, je ne l’ai pas trop ressenti ainsi. C’est pas de la high ou heroic fantasy, mais ça ne tranche pas des têtes tous les paragraphes, il n’y a pas tant de tortures que ça, et les viols sont juste évoqués.

  3. Malone 25/03/2010 at 11:55 -

    Ah! j’adore, j’en suis au tome 8 :)

    C’est pas si dark que ça au final et les vanndes entre Gobelin et Qu’un Oeil valent vraiment le détour pour certaines :D

  4. Kameyoko 30/03/2010 at 10:51 -

    @Malone : Désolé ton commentaire était passé un peu à la trappe.

    Pour le coté dark, pour moi c’est un peu décevant. Je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus dur et sombre. J’ai trouvé, par exemple, le trône de Fer plus dark, plus cru. C’est dark dans les évènements et dans les missions plus que par le langage, la violence, la torture ou le viol. Je m’attendais à plus de ce type de scène.

    Ce qui me dérange pas, vu que lire ou voir dans un film un viol, me dérange énormément (par contre voir des tripes, des membres tranchés, ça ça ne me gêne pas).

    C’est vrai aussi que les duels Qu’Un Oeil et Gobelin sont sympas. Mais dans le tome 4 où je me suis arrêté temporairement, ils se sont pas mal assagis

  5. Anh Tuan 08/04/2010 at 13:14 -

    Ayant lu les deux premiers tomes, je trouve que le style de narration en annales ne se prête pas à la lecture « mobile »(bus,métro …) On perd souvent le fil et il n’est pas rare de retourner quelques pages en arrière pour bien lire un petit détail que l’on aurait raté à cause d’une jolie passante ^^. J’aime le thème, ces frères d’armes qui accomplissent leurs missions dans un monde très rude. Mais l’exigence que chaque tome demande au lecteur m’a stoppé (pour le moment) dans mon élan.

  6. Kameyoko 09/04/2010 at 16:32 -

    @Anh Tuan : Je suis un spécialiste de la question de la lecture « mobile » (surtout en ce moment). En effet, je dois lire 10 minutes me rendort, je lis 10 minutes avant la fin de mon trajet, puis re 10 minutes…

    Je lis rarement dans de bonnes conditions. Je suis un lecteur du RER.

    Et pourtant, ça ne m’a pas gêné. Je n’ai pas eu ton problème. Je n’ai pas eu l’impression que cette narration s’y prête plus.

    Un livre comme la Route (critique dans quelques semaines) est beaucoup plus difficile. Les livres d’ambiance ou complexes rentrent dans ce cas. Mais je ne classerais pas les Annales dans ces cases.

    Allez peut être au début où on ne comprend pas forcément tout.

    Faut réessayer, peut-être que ça passera mieux.

  7. Anh Tuan 10/04/2010 at 12:48 -

    J’ai déjà acheté le tome 3, je réessayerai surement. Pas envie de passer à coté d’une bonne oeuvre à cause de perturbations dans la force (Nicky Larson style). Une question: Quel est ton arc préféré dans la saga?

  8. Kameyoko 11/04/2010 at 11:20 -

    @Anh Tuan : Pour l’instant j’en suis qu’au tome 5 donc j’ai même pas encore fini le deuxième arc. Mais j’aime bien le premier et celui-ci est pas mal :)

  9. alboletono 26/07/2011 at 13:10 -

    J’en suis à la moitié du premier tome et j’avoue lire ça « machinalement » sans grande attention. Ce n’est pas très captivant et j’ai tendance à perdre le fil. Parfois même, je ne sais plus du tout ce qu’il se passe. C’est vrai que ce style de narration est particulier et un peu lourd à aborder. Néanmoins, Kameyoko a dit que ça mettait du temps à décoller alors j’essaierai de continuer :)

    J’avoue que je suis reparti sur du « plus fluide ». J’attaque le cinquième tome de la compagnie des glaces, ça devrait me rebooster :)

  10. Kameyoko 27/07/2011 at 10:30 -

    @Alboletono : Le début n’est pas simple. On a vraiment l’impression qu’on prend le train en route. Il faut donc un temps d’adaptation.

    De plus, les évènements intéressants arrivent que, de mémoire, vers le dernier tiers du roman. Et là ça devient intéressant.

    A mon humble avis, il faut poursuivre jusqu’à la fin qui donne plus un aperçu de ce que pourra être La Compagnie Noire dans les tomes suivants.

  11. alboletono 27/07/2011 at 23:18 -

    Allez, tu m’as redonné la patate, je vais continuer après le sixième tome de la compagnie des glaces ;)

  12. lefebvre 02/05/2013 at 20:47 -

    Salut, c’est une bonne critique dans l’ensemble mais le premier tome de la roue du temps est sorti en 1989, alors si il y a plagiat, c’est plutôt Jordan qui a copié sur Cook

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