La Symphonie des siècles – tome 1 : Rhapsody, première partie d’Elizabeth Haydon
Rhapsody, Elizabeth Haydon, présentation générale par JFK
La Symphonie des siècles, The Rhapsody’s Trilogy en version originale, est un cycle écrit par Elizabeth Haydon, auteur américaine encore assez peu connue en francophonie. Cette trilogie a, comme souvent, été divisée dans sa version française, pour un total de six livres. Ils racontent l’histoire de… Rhapsody, une jeune « baptistrelle » qui se trouve entraînée bien malgré elle dans une aventure en compagnie de deux individus pour le moins étranges. Voici la critique du premier tome en version française…
Résumé de La symphonie des Siècles 1 : Rhapsody
Comme très souvent en Fantasy, l’œuvre commence par une prophétie, obscure et incompréhensible de préférence. Elle nous annonce l’arrivée de trois êtres extraordinaires, mais on ne peut pas en apprendre beaucoup plus. Comme souvent également, le corps principal de l’histoire est précédé d’un prologue. Gwydion, jeune adolescent de 14 ans marche dans la forêt lorsque, brutalement, il se retrouve « téléporté » dans un lieu qui lui est totalement étranger. Cherchant à trouver des repères, il atteint une ferme où on l’embauche directement et où il apprend qu’il se trouve sur l’île de Serendair, une île pourtant submergée des centaines d’années plus tôt. Les événements s’enchaînent très vite puisque le soir même, alors que lui et ses camarades garçons de ferme se rendent au village pour un grand bal, il fait la connaissance d’Emily. Gwydion tombe immédiatement amoureux de la jeune femme. Les sentiments se révélant réciproques, les deux adolescent se promettent une vie heureuse ensembles…
Commence alors l’histoire de Rhapsody proprement dite. Rhapsody la baptistrelle, une sorte de barde musicienne, est en fuite. Ancienne prostituée, elle essaie d’échapper à Michael, son amant de jadis mais surtout un homme cruel qui ne cherche qu’à abuser de la jeune femme. Poursuivie par des gardes de la cité, elle tombe nez à nez avec deux personnages inquiétants : Grunthor et « Achmed le serpent ». C’est du moins de cette façon qu’elle appelle le plus petit d’entre eux. Entrant dans son jeu, les deux hommes l’aident à échapper aux gardes et, mieux, la prennent avec eux. Mais ce qui semblait a priori n’être qu’une collaboration temporaire semble bien tourner à l’enlèvement ! C’est en tout cas ce que pense Rhapsody en les voyant la conduire loin dans le cœur de l’île de Serendair. Des motivations de ces deux hommes, la baptistrelle ne sait presque rien si ce n’est qu’ils sont aussi en fuite. Grunthor est un Bolg, une race que d’aucuns se plaisent à qualifier de monstrueuse. Mais derrière cette masse de muscle se cache un individu sympathique et affable. Il n’en est rien d’Achmed, un homme au regard étrange, un tueur, un assassin même. Ce dernier reproche à Rhapsody de l’avoir renommé sans qu’il ne demande rien. En effet, lorsqu’elle l’a appelé Achmed, lors de leur rencontre, la belle était loin de s’imaginer qu’elle avait apporté un changement chez cet homme. Il sera dorénavant Achmed le serpent, en partie débarrassé de certaines de ses « plaies », mais portant encore le lourd fardeau de son passé.
Le pouvoir de trouver le nom des choses se révèle alors pour Rhapsody. Elle savait que par ses mélodies chantées elle pouvait agir sur son environnement, en redonnant de l’énergie à une fleur par exemple. Mais cette capacité semble s’épanouir. Preuve en est l’épisode où, durant la fuite de nos trois héros, elle parvient à les soustraire à la vue des autres en prononçant le nom véritable des fougères dans lesquelles ils se cachent. Au terme de la fuite, les trois compagnons atteignent Sagia, un arbre immense que les Lirins vénèrent. Les Lirins forment une race gracieuse à laquelle appartient à moitié Rhapsody. Mais tandis que la jeune femme s’extasie devant le magnifique arbre, Grunthor et Achmed s’engouffrent dans un trou perforé sur l’une des racines. Ne voulant pas rester seule en un lieu qu’elle ne connaît pas du tout, Rhapsody les suit. Commence alors un très long voyage dans les entrailles de la terre. Suivant un dédale de galeries creusées par les racines de l’arbre-monde, Achmed conduit ses deux compagnons vers un lieu qu’il espère hors de portée pour ses poursuivants à lui. Mais ce périple dangereux va les mettre à l’épreuve. L’agilité d’Achmed, la force de Grunthor ou les talents musicaux de Rhapsody, toutes leurs qualités seront nécessaires pour s’en sortir. Parviendront-ils à atteindre la surface ? Si oui, seront-ils vraiment arrivés de l’autre côté de la terre, comme l’espère Achmed ?
Mon avis
La lecture de ce premier tome a été pour moi contrastée. La prophétie initiale et le prologue ne correspondent en rien à l’histoire principale et il faut attendre de nombreuses pages pour commencer à y comprendre quelque chose. En effet, le lien entre ces différents éléments ne devient visible qu’à la toute fin du livre, et encore… Le prologue en lui-même me laisse vraiment une impression bizarre. Tout semble normal, alors que rien ne l’est. Un jeune adolescent se retrouve dans une île disparue et hop, il se retrouve comme garçon de ferme sans qu’il ne paraisse bouleversé par ce qu’il vit. Le soir il rencontre une fille de son âge et directement il sait que c’est la femme de sa vie. L’écriture de ce prologue le rend de plus très fleur bleue. De ce début de saga un peu trop naïf, il faut néanmoins souligner un passage assez « chaud » tranchant avec le ton général.
Heureusement, lorsque l’histoire de Rhapsody commence véritablement, l’atmosphère change du tout au tout. Le ton devient plus adulte et la fuite des trois héros se laisse lire avec passablement de plaisir. Leur périple est entrecoupé, ça et là, de flash-back concernant le passé de Rhapsody. On en apprend plus sur son enfance, les raisons de son départ de chez elle, les expériences difficiles qu’elle a vécu avec Michael lorsqu’elle était une prostituée, etc. Ces passages nous éclairent sur ce personnage et expliquent le caractère très vivace de la jeune femme. Elle apporte beaucoup de fraîcheur à l’œuvre par son attitude enjouée, son côté fier mais faillible. Disons que ce personnage est moins classique que ceux d’Achmed et Grunthor. La grande brute au cœur d’or et le stratège ténébreux constituent en effet un des canons de la Fantasy. Mais malgré ce classicisme, ils forment une belle équipe et les trois compagnons réunis nous offrent vraiment des moments très sympathiques. Il est ainsi agréable de voir Achmed et Rhapsody abandonner peu à peu leur méfiance initiale pour laisser la place à plus d’estime.
Le point fort du livre réside sûrement dans la place qu’occupe la musique. Nous n’en sommes encore qu’aux prémisses dans le tome 1, mais les talents musicaux de Rhapsody ne cessent de prendre de l’importance. Le concept en lui-même m’intéresse. En trouvant le vrai nom des personnes ou des objets et en se mettant au diapason avec elles via le chant, Rhapsody a la capacité d’influer sur son environnement. Le verbe et la musique permettent ainsi de mieux saisir la nature des choses. Et il devient donc normal de voir la baptistrelle sensible au chant de l’arbre-monde. La voix humaine prend une fonction magique dans ce cycle, la musique ensorcelle littéralement les choses. J’aime beaucoup cette vision. Bien entendu, il faut parfois faire preuve d’imagination lors de ces passages et essayer d’imaginer une mélodie qui corresponde à ce « pouvoir ». On peut néanmoins regretter le fait qu’Elizabeth Haydon tire sur une corde un peu facile. On retrouve en effet le pouvoir charmeur de la musique dans de nombreux autres contextes comme la mythologie (Orphée aux Enfers par exemple), le folklore populaire (le joueur de flûte de Hamelin) ou encore le cinéma (si si, lorsque les envahisseurs extra-terrestres sont défaits par une chanson vieillotte dans Mars Attack ! Bon ok, ce n’est pas ma référence la plus glorieuses…). De plus, j’ai un peu pensé à Terremer (le film, n’ayant pas lu le livre) lorsqu’il est question du véritable nom des choses et du pouvoir que l’on a en connaissant ce nom. Mais globalement, l’auteur s’en sort très bien pour donner vie aux capacités de Rhapsody et cette utilisation de la musique est pour moi un réel plaisir de lecture.
J’en viens finalement à l’élément qui aurait sans doute mérité d’être abordé en premier : l’histoire. Comme je l’ai dit et redit, le prologue n’est pas du tout en phase avec la grande partie du livre. Très vite on comprend que Rhapsody et ses acolytes sont en fuite. Si pour la première, les raisons sont évoquées assez rapidement, le passé de Grunthor et Achmed reste pour le moins flou. Le sentiment, au fil de la lecture est double. D’un côté, on suit avec plaisir les aventures des trois compagnons sur l’île de Serendair puis dans les tréfonds obscurs du monde. Mais de l’autre, on se demande bien quand le prologue va êtres mis en rapport avec cette fuite. On se doute évidemment du lieu où vont ressortir les héros, car la carte du monde n’est pas du tout centrée sur Serendair. Elle comporte en plus des annotations telles que « Débarquement première flotte », ce qui ne manque pas de laisser le lecteur dans l’expectative. Tous ces éléments titillent l’esprit et c’est avec impatience qu’on attend que les fils se recoupent. Vers la toute fin du livre, ce palier est enfin franchi. L’intrigue générale devient plus claire. De très nombreuses informations nous arrivent alors à la figure. C’est un point un peu dommage, car au terme de longs passages d’aventure, les héros découvrent le nouveau continent dans lequel ils se trouvent, mais tout vient très (trop) vite. Lors d’une discussion en particulier, le lecteur est bombardé d’une foule d’éléments essentiels pour la compréhension générale de l’œuvre car ils fournissent un réel background sur le monde dans lequel se déroule l’intrigue. Bien qu’on n’arrive pas encore à déceler les véritables tenants et aboutissants de l’histoire, ce passage est un peu trop dense à mon goût. J’aurais personnellement préféré en apprendre plus petit à petit car ce passage rétrospectif provoque un net coup d’arrêt à l’histoire.
Malheureusement, édition française oblige, le livre se terme abruptement. Ce découpage en deux volumes de l’édition originale intervient à un mauvais moment car il n’y a aucun élément qui peut véritablement titiller l’intérêt du lecteur, si ce n’est la curiosité de mieux comprendre ce qu’il se passe et l’envie de comprendre quel rôle jouerons nos héros. Mais si l’on n’est pas captivé par ce qu’il se passe et si l’envie d’en apprendre plus n’est pas présente, on risque bien d’abandonner là la lecteur. Cette coupe est vraiment dommageable… Il faudra sûrement attendre le tome 2 pour avoir une bonne vision générale de ce que vaut ce cycle, ce premier opus n’étant qu’une introduction au monde, avec un début d’histoire qui demande à être développé. La Symphonie des siècles laisse augurer de bien bonnes choses et la lecture du deuxième volet devrait permettre de mieux juger de la valeur de cette œuvre.



















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j’aime beaucoup cette trilogie mais très difficile à aborder car une histoire déphasée (en 2 temps) pas forcément évident de tout comprendre surtout quand plusieurs personnages ont plusieurs centaines d’années on s’y perd facilement…
Finalement l’intérêt du roman arrive dans le tome 2 (ou 3 en fr) quand les personnages du « passé » refont surface et apportent un objectif à nos héros (qui se résume dans le premier tome à : je fuis, je domine…).
Tout à fait d’accord avec toi, l’intérêt (et l’originalité) réside pas mal dans la musicalité de l’oeuvre.
Très bon résumé qui m’a bien rafraîchi la mémoire !
J’ai lu les quatre premiers tomes mais au fil des parutions. Ca me donne envie de tout relire d’un bloc !
@ jayer, je n’ai pas encore commencé le tome 3, mais il est vrai qu’on se demande pendant longtemps où l’intrigue va aller. Et comme toi, une amie m’a dit qu’après les deux premiers volets, l’histoire prenait une tournure vraiment intéressante. Je trouve cependant que le tome 2 entre déjà plus dans le vif du sujet.
@alboletono, le résumé n’est pas trop long?
Au contraire JFK ! Je suis fan des résumés pas trop concis. Dans le cas des cycles en général, j’aime avoir les grandes lignes de l’histoire pour ne pas m’embourber ou oublier un mois sur l’autre ce qu’il s’est passé !
Continue comme ça, je suis fan, je mettrai un trackback sur cet article si tu me le permets !
Fait seulement. Mais dorénavant je vais essayer de proposer des résumés moins longs.