Kings of Shogi – tomes 1 et 2 de Masaru Katori et Jirô Andô
Thriller et shogi
Le shôgi, sorte de jeu d’échec japonais, remontant au Ve siècle, est très méconnu en occident. Alors quand on nous annonce un manga basé sur du shôgi mais se voulant aussi être un thriller, ça a de quoi attiser la curiosité.
C’est ce que propose ce Kings of shôgi (Shion no Ou en VO), qui se présente comme un thriller se déroulant dans l’univers des joueurs professionnels de shôgi et ayant pour héroïne une jeune fille muette.
Voyons si cette étrange association fonctionne !
Kings of Shôgi – tomes 1 et 2 de Jirô Ando et Masaru Katori sont édité par Pika et disponible à la vente respectivement depuis les 04 mai 2011 et 29 juin 2011.
Résumé de Kings of Shôgi 1 et 2 chez Pika
Shion n’est alors âgée que de 4 ans quand elle assiste au meurtre de ses parents. Apparemment le meurtrier serait un joueur de shôgi puisque un shôgiban, terme désignant le plateau de jeu, a été retrouvé sur les lieux du crime avec la pièce du Roi mise en avant.
Un évènement tragique qui a profondément marqué la jeune fille, qui, depuis ne parle plus et communique uniquement via un petit carnet.
Elle fût recueillie par ses voisins de paliers les Yasuoka, dont le mari est un joueur professionnel de shôgi. Ce dernier va l’initier à ce jeu, où la jeune Shion va montrer de sacrées dispositions.
7 ans plus tard, Shion se terre toujours dans son mutisme. Elle est maintenant devenue une joueuse émérite de shôgi au point de participer à un tournoi devant lui permettre de devenir professionnelle. Malgré tout son talent, elle perd contre une dénommée Ayumi qui est en réalité un garçon se travestissant.
Ce n’est que partie remise, puisqu’elle deviendra plus tard, une professionnelle. Mais ce nouveau statut s’accompagne pour elle de lettre de menaces. Serait-ce le tueur de ses parents qui refait surface ?
Bien qu’elle adore le shôgi, devenir professionnelle pourrait lui permettre de faire la lumière sur ce meurtre.
Un manga trompeur
De prime abord Kings of shôgi propose un mélange osé mais intriguant. Mêler thriller et shôgi en soit est déjà risqué tant ces deux univers semblent éloignés, mais le proposer en France où la culture shôgi est presque inexistante c’est « couillu ».
A la lecture de ces deux premiers tomes, on se dit que ce mélange est purement commercial, du moins pour le moment. En effet, toute la stratégie de communication autour de ce Kings of shôgi tourne autour de ce fameux aspect thriller dans ce monde des échecs japonais.
Pourtant, force est de constater, que la part thriller dans ce deux premiers opus est anecdotique. Quant au shôgi, là où on pouvait espérer ou craindre (tout dépend des attentes) une sorte d’initiation au shôgi, avec les règles, les explications, la façon de jouer, on se retrouve finalement avec peu d’explications sur ce jeu.
On retrouve bien quelques règles en fin de volume, ainsi que quelques explications sur les coups joués lors des différentes parties. Néanmoins, pour le néophyte (dont je fais partie), ce jeu sera toujours aussi obscur. Même après avoir lu assez attentivement ces mangas, je n’en connais pas forcément beaucoup plus sur ce jeu. Pourtant Pika a essayé de bien faire les choses en essayant d’être didactique. Pour cela, ils ont fait appel à la fédération française de shôgi.
Mais clairement, ce manga n’a pas pour vocation d’expliquer le shôgi et d’initier aux différentes tactiques. Pourtant, il le pourrait étant donné que la scénariste Masaru Katori est une ancienne joueuse professionnelle.
On pourrait croire que, dès lors, le lecteur se sentirit largé. Mais pas du tout. Les parties sont traitées brièvement, et on s’attarde plus sur les personnage et leur entourage que sur les différents coups. Au final, ça se lit plutôt bien, et ces parties sont agréables. Petite nuance sur le tome 2 qui s’attarde plus sur les parties et donc on n’a plus de mal à saisir tout ce qui passe. Mais cette approche permet quand même au plus grand nombre de profiter du manga.
Pour dynamiser ces phases de jeu les mangakas jouent beaucoup sur les réactions des spectateurs et proches des joueuses. Mais également sur les pensées des participantes ainsi que sur le placement des pièces. Malheureusement, c’est parfois un peu too much, et on a du mal à s’emballer par la pose dynamique d’une pièce sur le shogiban.
Concernant l’aspect thriller, il est vraiment réduit au strict minimum : un évènement tragique 7 ans auparavant, des lettres de menaces et une ombre qui tourne autour de Shion. En caricaturant à peine, voilà à quoi se résume cet aspect. Nul doute qu’il prendra plus d’importance par la suite, mais là c’est décevant.
J’ai donc été beaucoup déçu par sa non-présence, alors que c’est ce point qui avait suscité ma curiosité.
Néanmoins, les bases sont posées pour développer cela au cours des prochains volumes.
Au final, Kings of shôgi est en-deçà de mes espérances puisque son attrait principal n’est pas exploité. La notion de suspens et d’enquête est réduite au strict minimum.
L’intrigue est donc pour le moment muette, comme son héroïne.
Pourtant, je ne me suis pas ennuyé à lire ces deux tomes. D’une part la galerie de personnages, Shion en tête, est sympathique, réaliste et travaillée. Chacun a un charadesign soigné, des traits de caractères bien définis et certains commencent déjà à être approfondis. Et puis Shion attire immédiatement la sympathie, certes avec des grosses ficelles comme son mutisme, le fait qu’elle soit orpheline, et sa gentillesse.
Graphiquement le trait de Jirô Andô est très agréable. Les personnages sont fins, expressifs et se différencient bien les uns des autres. La mise en scène et le découpage sont classiques, sans génie, mais efficace. Le travail sur les décors et détails est bien présent. Un graphisme efficace et plaisant mais sans être exceptionnel.
Pour conclure, Kings of Shôgi – tomes 1 et 2 est décevant. Alors qu’on s’attend à aller loin dans le shôgi et y trouver un aspect thriller bien présent presque pesant, on se retrouve finalement avec seinen « tranche de vie » où on suit le parcours d’une jeune fille devenue joueuse de shôgi professionnelle. Je n’ai pas de doutes sur le fait que la dimension thriller prendra plus d’importance, mais pour le moment elle est ridicule.
Mais si on enlève cette déception de ne pas trouver ce qu’on est venu chercher, Kings of shôgi est un manga pas dénué d’intérêt. C’est plaisant à lire, avec des personnages attachants et une atmosphère familiale. Mais ça manque pour le moment d’aspérités.
J’espère que la suite s’attardera plus sur l’assassinat et le ou la meurtrier(e).
Et vous qu’en avez-vous pensé? Avez-vous eu la même frustration que moi?




















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