Incognito – tome 2 de Ed Brubaker et Sean Philips

Kameyoko 29/11/2011 0
  • Scénario
  • Graphisme

Incognito - tome 2 : Mauvaises Influences

Incognito – tome 2 : Mauvaise Influence

Nouvelle mission périlleuse

Incognito – tome 1 avait été un des excellentes surprises de 2010. Il aura fallu près d’un an et demi pour voir la suite des aventures de Zack Overkill en France. Et je dois reconnaître que l’attente a été longue, tant le premier volume m’avait conquis avec son  histoire fouillée, mélangeant thriller et super-héros et menée de main de maître par l’excellent Ed Brubaker. Une autre oeuvre jouant sur la désacralisation des super-héros.
L’attente sera-t-elle oubliée par un deuxième opus de qualité ?

Incognito – tome 2 : Mauvaises Influences d’Ed Brubaker et Sean Philips est édité par Delcourt et est disponible à la vente depuis le 2 novembre 2011.

Résumé d’Incognito 2 chez Delcourt

Zack Overkill, un ancien super-vilain repenti, travaille depuis maintenant un an au S.O.S (Service des Opérations Spéciales). Entre différentes missions, il peine à se faire à ce nouveau rôle, même s’il s’aperçoit que les « gentils » ne sont pas si éloignés des « méchants ».

Un jour Zack va commettre un crime et sera arrêté par le S.O.S. Cette organisation va se servir de l’évènement pour faire croire qu’Overkill a replongé et qu’il est de nouveau de l’autre coté de la barrière. Tout cela dans le but d’en apprendre plus sur Lazarus, mais surtout pour récupérer un de leur agent, Simon Slaughter, infiltré dans l’organisation criminelle Level9.

Pour cela, Overkill va devoir re-cotoyer le monde criminel qu’il connait si bien. Mais va-t-il renouer avec ses travers ?

Le retour de Zack Overkill dans le milieu

Que l’attente a été longue. Attendre 1 an et demi la suite d’un comic que l’on a apprécié, c’est très dur. C’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai attaqué la lecture de ce second tome.
Après l’excellente prestation d’Ed Brubaker et Sean Philips sur le premier opus, j’étais curieux de voir comment ils allaient exploiter ce personnage de Zack Overkill, une fois passé dans le bon camp.
En effet, tout partait sur une idée assez intéressante, celle d’un ancien super-criminel placé sous le programme de protection des témoins, qui retourne à l’anonymat d’un simple employé de bureau.
Puis il en vient à retrouver ses pouvoirs et remettre le masque. Mais à la différence qu’ici, sans trop savoir pourquoi il va s’en prendre à des criminels.

Or une fois ce concept traité comme il l’a été, jusqu’au point de le faire venir dans le camp des gentils, je ne voyais pas trop comment le scénariste pouvait s’en sortir et proposer quelque chose sortant des sentiers battus superhéroiques.

Or, dès la première page, mes doutes se sont dissipés. On y découvre un Zack Overkill en état d’arrestation pour un crime. Ed Brubaker utilise un procédé narratif classique en mettant d’emblée le héros dans un moment critique, avant de revenir quelques temps en arrière pour décrire comment il en est arrivé là.

Pourtant, ce procédé, bien que déjà vu, est diablement efficace dans les mains d’un Brubaker. Surtout quand on le couple à une voix-off, on a un résultat qui plonge le lecteur dans un tourbillon d’évènements, qui sont ici complètement maîtrisés.
Dès lors, on va suivre Zack dans une mission plus compliquée qu’il n’y parait et qui va le confronter au monde qui était le sien il y a quelques années.Il y retrouvera des amis, qui évidemment n’en sont plus. Il y jouera le rôle de taupe pour le S.O.S. Mais est-ce une bonne idée de le soumettre à la tentation, de le confronter à un monde dont il était un membre respecté?
La narration est vraiment maîtrisée et nous permet bien de voir tous les doutes du héros, toutes les tentations, et toutes ces zones grises, entre le noir du mal et le blanc du bien.
Cela nous conforte dans l’idée que Incognito est loin d’être un titre manichéen.
Les différents personnages sont plutôt bien travaillés et la psychologie d’Overkill est étudiée. Ses interrogations et dilemmes sont crédibles.
De plus, l’intrigue, typée polar, est rondement menée et ne laisse pas le temps de s’ennuyer. Le lecteur est de suite immergé dans ce monde. Monde, qui se montre très prometteur et qui a encore des choses à dire.
On retrouve également tout ce qui me plaisait dans le premier volet. A savoir l’importance du polar. On est bien devant une enquête, aux multiples rebondissements, avec diverses ramifications, des personnages noirs et intriguants, des faux semblants… Mais aussi, on y voit encore une volonté de complexifier le mythe du super-héros et par la même occasion de le désacraliser. Sous l’aspect super-héroique, se cache un vrai bon titre polar, bien scénarisé et bien mis en scène.
Le titre monte en puissance au fur et à mesure des pages, de l’avancée de l’enquête, pour atteindre un dernier rebondissement de poids, qui m’a fait saliver pour la suite.

Graphiquement, le trait de Sean Philips va de pair avec le récit. Son style correspond très bien à l’ambiance d‘Incognito. Ses cases sont sombres, avec un travail sur les ombres et aplats noirs. Son trait est précis mais appuyé pour souligner le coté polar.
Le découpage est intelligent, tout comme sa mise en scène. Si on ajoute à ça une colorisation qui, paradoxalement, joue beaucoup sur le noir, gris et couleurs très sombres, n’hésite pas pour autant à oser des couleurs plus vives, mais qui bizarrement n’égaient pas mais contribuent à cette ambiance si polar.

Pour conclure, ce Incognito – tome 2 confirme tout le bien que je pensais de cette série. Avec sa construction empruntant au polar, avec sa touche un peu SF et son superhéroisme, il se dégage de ce comic une ambiane particulière et addictive. D’autant plus que le scénario nous emmène dans la psychologie du héros confronté à son ancien milieu qu’il craint mais qui l’attire en même temps.
Encore une fois, Ed Brubaker utilise des procédés narratifs terriblement efficaces comme cette voix-off qui marche si bien. Dès les premières pages, le lecteur est captivé par cette histoire, avec cete enquête, ce retour dans les bas-fonds criminels et les réflexions du héros. Le tout est renforcé par le dessin de Sean Philips qui matérialise bien les écrits de son scénariste. Il parvient à bien rendre cette ambiance.

Incognito est un très bon comic que je conseille et qui mérite que l’on s’y attarde.

Et vous qu’avez-vous pensé de ce tome 2 ? Aimez-vous Incognito ?


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