Ikigami, préavis de mort – tome 6 de Motorô Mase
Deux nouveaux ikigamis de distribués
Vous le savez probablement, mais Ikigami, préavis de mort est l’un de mes mangas chouchous. J’ai beaucoup d’affection pour ce titre que je trouve touchant, intelligent et profond.
Dans le tome 5, outre deux histoires basées sur la pression familiale, on allait plus loin dans ce vent de rébellion qui se fait de plus en plus présent, notamment au travers du personnage de Mlle Kubo. Ce volume 6 va aller un peu plus loin, mais toujours un peu lentement.
Ikigami, préavis de grève – tome 6 est distribué par Kazé Manga et est disponible à la vente depuis le 29 avril 2010
Résumé d’Ikigami 6 chez Kazé Manga
Kazu a perdu ses parents et vit chez son oncle et sa tante. Mais son oncle, sans emploi, est irascible, et le frappe. Quelques années plus tard Kazu vit dans la rue, se contentant de petits boulots et dors dans des cyber cafés. Il lit beaucoup le blog d’une certaine Akane.
Un jour il reçoit son préavis de mort sur son téléphone. Il est bien décidé à profiter des avantages accordés par l’Ikigami dans certaines boutiques. Puis il accepte de revoir ses proches, mais pas forcément pour les raisons attendues.
Dans l’autre histoire, Ichijo a perdu sa mère. Alors qu’elle vivait ses dernières heures, son père n’a pas voulu se rendre à son chevet à cause d’un travail important. Depuis cet instant Ichijo en veut à son père. Ce dernier était animateur d’une émission qui dénonçait les mensonges. Mais depuis, il est passé producteur d’une émission sans intérêt.
Ichijo, sympathisant de la révolution, lorsqu’il reçoit son Ikigami va en profiter pour faire passer son message de dénonciation de cette loi de la prospérité nationale, d’une manière radicale. Mais il aura aussi un message pour son père.
Révolution, dénonciation et dégénérés
Ikigami, préavis de mort, continue sur son schéma habituel, à savoir raconter 2 histoires de jeunes gens recevant l’ikigami, avec en toile de fond les questionnements de Fujimoto.
Ce tome 6 ne déroge pas à la règle, et suit le même schéma narratif. Sauf que cette fois-ci j’ai l’impression que l’accent est plus mis sur l’employé chargé de délivrer le préavis de mort. C’est peut-être pour la simple et bonne raison que la deuxième histoire le met bien avant et qu’il y prend part.
Dans le volume 5, les deux histoires avaient pour point commun deux jeunes hommes qui subissaient fortement la pression familiale. Là, la notion de famille est encore au cœur de ce manga. Sauf qu’ici, c’est presque l’inverse, puisque les deux jeunes hommes ont été délaissés par leur entourage.
Ce fait va donc conditionner leur réaction face à l’annonce de leur mort imminente. Dans ces deux histoires, les jeunes hommes vont d’une façon ou d’une autre mettre leur entourage devant leurs responsabilités. Ils vont ainsi faire d’eux des parents d’éléments dégénérés. Cet acte, lourd de conséquence, va les mettre devant leur passé et leur ouvrir les yeux.
Comme d’habitude ces histoires sont toujours touchantes et bien menées.
Motorô Mase utilise, une fois de plus, ces histoires pour en montrer un peu plus sur cette société, sur l’impact de cet ikigami, et tout ce que ça entraine comme effet pervers. Ainsi, dans ce tome est mis en avant la contrefaçon d’Ikigami, le rôle des médias et certaines limites du système.
Même s’il s’agit de petits éléments, ça contribue grandement à rendre réaliste ce monde. Il y a un vrai travail sur les rouages de cette loi et l’impact dans une société proche de la nôtre. Le mangaka a vraiment travaillé son concept pour l’intégrer dans un tout complexe, réaliste et maîtrisé.
Ce tome est aussi l’occasion d’avoir une vraie introspection de Fujimoto. Ce dernier ne sait pas quoi faire vis-à-vis de sa collègue Mlle Kubo qui se dit être une rebelle. Doit-il ne rien dire? Doit-il adhérer à ce mouvement ? Doit-il la dénoncer?
Cette phase est vraiment bien faite parce qu’elle permet, d’une part, de voir où en est ce fonctionnaire dans sa réflexion sur le bien fondé de cette loi, mais aussi parce qu’on voit bien tout le coté vicieux de cette loi.
On ressent la pression sociale et le poids de la police spéciale. Fujimoto est déchiré sur ce cas de conscience, tiraillé entre l’amour naissant qu’il éprouve pour elle, son devoir, sa conscience et les risques de ne pas la dénoncer.
Il ne sait pas si elle était sincère, si c’est un agent de la police spéciale qui le teste. Et dans ces deux cas, il ne sait pas commet réagir.
On a donc vraiment une véritable interrogation de la part de ce fonctionnaire, rouage essentiel dans l’exécution de cette loi.
De plus, une fois son choix fait, l’impact aura pas des conséquences, que le mangaka sait habillement rappeler. Mlle Kubo réservera son lot de surprise.
Plus je lis Ikigami et plus un personnage me parait de plus en plus intriguant. Il s’agit du supérieur de Fujimoto qui a une position assez ambigüe. Il a quand mal pas mal de preuves montrant que Fujimoto est proche de ce qu’on appelle un « dégénéré ». Mais en même temps, il est presque paternaliste et le met en garde contre son comportement qui peut être soupçonneux. Je ne serai pas étonné de savoir qu’il fait parti du mouvement contestataire.
Graphiquement, j’aime toujours autant le trait de Mase, que je trouve réaliste, fin et détaillé.
Pour conclure, ce tome comme les autres est une totale réussite. Que demander de plus quand on a un graphisme de qualité, une idée de base superbe, un scénario bien ficelé et des personnages profonds et torturés.
On peut toujours reprocher une certaine lenteur concernant Fujimoto qui met du temps à « se rebeller » (parce que plus ça va plus on se doute qu’il le fera), mais le reste c’est d’une efficacité et d’une qualité redoutables.
Un tome d’excellente facture qui développe encore cette société, son personnage avec un questionnement intérieure difficile et tout le background de ce manga.
Résolument Ikigami est une vraie petite bombe que j’adore.
Et vous qu’en avez-vous pensé? Pensez-vous, comme moi, que son supérieur aura un rôle à jouer et qu’il pourrait bien être un membre de la contestation?



















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bonjour,
comme toi je suis fan d’Ikigami et j’en parle notamment ici : http://chroniques-d-un-newbie.over-blog.com/article-ikigami-preavis-de-mort-56784088.html
A propos du supérieur de Fujimoto, je ne sais pas. Je suis partagé. J’ai eu les mêmes réflexions que toi, mais il y a plusieurs hypothèses. De par son âge, il a vécu depuis bien longtemps sous le régime de la loi sur la prospérité nationale. On ne sait rien de son histoire personnelle. Peut-être a-t-il perdu qui aurait reçu l’Ikigami. Il se pourrait donc bien qu’il soit simplement à l’écart, connaissant la vérité (ou une partie de la vérité) sur ce qui apparaît de plus en plus comme une sorte de complot. Peut-être essaie-t-il simplement d’avertir Fujimoto, subrepticement, des risques qu’il prend. Ou alors, au contraire…
Peut-être essaie-t-il de le sonder, d’aller plus loin, jusqu’au jour où il en saura assez pour dénoncer, et faire arrêter Fujimoto… Je sens mal la fin de ce récit.
Fujimoto se rapproche chaque fois un peu plus de la vérité, et il risque de finir par s’y brûler les ailes, tel Icare…
Mon jugement a été influencé par le manga « Les vents de la colère », de Tatsuhiko Yamagami, dont je parle ici : http://chroniques-d-un-newbie.over-blog.com/article-quand-le-manga-prechait-la-revolte-les-vents-de-la-colere-58461615.html
et qui se termine mal, dans un contexte comparable : un jeune homme découvre la vérité sur un complot au plus haut niveau de l’Etat Japonais…
Je ne connaissais pas ce manga, intéressant
Ikigami c’est le bien ! LE manga que je conseille à tout le monde !
Ce manga donne froid dans le dos. D’ailleurs, un article sur ce manga figure dans un hors série de Courrier International. Je crois même qu’il a donné lieu à un film.
Ikigami est excellent !
C’est aussi un de mes mangas préférés du moment. Le dessin réaliste est superbe et même si comme tu dis l’histoire principale avec le fonctionnaire est lente, on voit par petite touches les rouages de cette loi et de son impact sur la vie des japonais.
Se lit comme un bon roman d’anticipation.
@Mackie : Désolé ton commentaire était passé en spam. J’ai mis du temps avant de le voir (c’est ça de mettre plein de liens
)
Je pense vraiment que son supérieur est celui qui le fera basculer. Souvent il le met en garde contre son comportement qui peut être considéré comme dégénéré, presque pour le protéger. Il est très paternaliste et on le voit jamais autant depuis que Fujimoto se pose des questions
@Blog Photo : Je te le conseille fortement. C’est un manga intelligent et touchant
@Sneakers-actus : Oui il y a un film live, qui est disponible en France, édité par Kaze. Je ne sais pas ce qu’il vaut, je ne l’ai pas vu.
@Ginie : +10000 J’avais exprimé mon amour pour ce titre lors de ton débat.
@Remedy : Effectivement, la comparaison avec un roman d’anticipation est bonne. Mase a une approche très littéraire dans son univers. Il décrit très bien tout ce qui découle de l’application de la loi, aussi bien d’un point de vue social, sociétale, culturel et familial.
On en veut des mangas comme ça!
Merci pour la découverte !
Je ne connaissais pas encore ce manga.
++