Ikigami, préavis de mort – tome 5 de Motorô Mase
Fujimoto tend à se rebeller
Même si je me répète à chaque nouvelle chronique d’un volume d’Ikigami, préavis de mort, cette série est exceptionnelle. C’est vraiment un manga intelligent, mené d’une main de maître par Motorô Mase. On peut lui reprocher de ne pas évoluer assez (histoire ou son héros), mais le reste est génial.
Ce tome 5, une nouvelle fois, nous narre l’histoire de deux jeunes recevant le fameux Ikigami. Sauf que dans cet opus, on reste dans la lignée du tome 4 avec un vent de rébellion.
Ikigami – tome 5 est édité chez Kazé Manga et est disponible depuis janvier 2010.
Résumé d’Ikigami 5 chez Kazé Manga
Yukimasa Tsutsumori est peintre en bâtiment et travaille dans la société de son père et de son grand père. Son travail consiste à repeindre les murs tagués. Pourtant plus jeune, il voulait devenir illustrateur.
Mais lors d’une rédaction où il avait dit quel était son rêve, son grand-père en eut connaissance et lui brisa son rêve. Tous ses dessins furent arrachés et il n’eut d’autre choix que de perpétuer la tradition en devant peintre en bâtiment.
Plus tard, en pleine période de crise, son père le convoque et lui demande de taguer la ville pour qu’il y ait du travail pour l’entreprise.
A contre-cœur, il accepte et devient F.K. Sous ce pseudonyme, il se taillera une sacrée renommée dans le milieu. Pourtant personne ne sait qui il est.
Encore un tome axé sur la rébellion
Il est maintenant clair que Motorô Mase, depuis le tome 4, fait prendre une direction un peu différente à son titre. Il a décidé, lentement mais sûrement, de montrer la rébellion d’une certaine frange de la population contre cette loi de prospérité nationale. Ce volume 5 confirme cette tendance avec ces deux histoires mais surtout par le biais du fonctionnaire Fujimoto.
La première histoire est celle d’un jeune tagueur qui a été brimé durant sa jeunesse. Alors qu’il voulait être illustrateur et avait le goût du dessin, son père et son grand-père l’ont quasiment obligé à embrasser une carrière de peintre en bâtiment. Depuis tout ce temps, il est brimé et ne fait qu’obéir à son père et grand-père. C’est même pour cela qu’il est devenu un tagueur renommé, afin de donner du travail à la société (qui repeint les tags). Mais faire cela le dégoute.
Pour ces 24 dernières heures, il va décider de faire enfin quelque chose qui lui tient à cœur, et donc se rebeller un peu.
La seconde histoire met en scène Ikuhiko Sugita, le fils d’un gradé de la police spéciale, la section kokuhan. C’est presque un intégriste de la loi de la prospérité nationale. Il n’a qu’un but : intégrer l’école de la police spéciale comme son père et son frère. Il rêve d’être un héros de la prospérité. Pour cela il essaie « d’endoctriner » ses camarades, et veut absolument dénoncer un « dégénéré ». Mais un jour un de ses camarades dénonce avant lui un dégénéré. Si on rajoute à cela des notes qui ne sont pas à la hauteur de espoirs de son père, Ikuhiko se retrouve un peu paumé. Alors quand il recevra l’Ikigami, ça sera pour lui une grande joie. Il servira la nation et sera un héros.
Mais tout ne se passera pas comme prévu.
Ces histoires sont toujours intéressantes, mais je les ai trouvées globalement un peu en-deçà des autres (surtout la deuxième). C’est moins touchant, un peu moins bien mené. Mais en sent que la volonté est moins d’émouvoir le lecteur mais plus de montrer des choses pour mieux comprendre la société et pour mieux préparer la suite.
Ces deux histoires ont pour point commun le rêve d’adolescents et le poids de l’héritage familial. Les deux ont vécu dans un environnement familial où ils n’ont pas eu le choix sur leur futur. A la différence que l’un l’accepte et est même devenu « intégriste », autant l’autre ne s’en remet toujours pas mais le fait par obligation.
De fait, la réception de l’Ikigami est reçue différemment par les deux. D’ailleurs pour la première fois, un jeune est heureux de recevoir ce préavis de mort.
Ces deux histoires mettent bien en avant le poids de la tradition familiale et l’influence sur leur comportement.
La rébellion est aussi au cœur de ces histoires mais plus globalement de ce tome.
Le premier receveur du préavis de mort profite de ces 24 dernières heures pour se rebeller : se rebeller contre sa famille, en faisant enfin ce qu’il veut, mais aussi contre la société, au travers d’un dernier acte marquant.
Le second receveur lui traque le moindre dégénéré donc potentiel rebelle. Il fait de cela une véritable fixation. Il se comporte à l’exact opposé d’un rebelle. Pourtant cet extrémisme va le conduire à être très « borderline ».
Par le biais de ce personnage Motorô Mase met en avant les délateurs et les éléments dégénérés. Cela permet de faire comprendre aux lecteurs les risques d’être rebelle et mettre en avant le phénomène de délation ainsi que la « police spéciale ». On voit bien que chaque citoyen peut en être un membre. Forcément, on ne peut que mettre en parallèle certaines périodes troubles de notre histoire.
Au-delà de ces deux personnages c’est surtout Fujimoto qui, petit à petit, semble basculer vers la rébellion. Il a de plus en plus tendance à afficher ses doutes, malgré les nombreux avertissements de son supérieur. La toute fin du volume semble montrer clairement que sa « possible » rébellion contre le système va être au cœur de l’intrigue générale et donc prendre plus de place par la suite. Mais tout ça se fera au rythme de Mase, c’est à dire petit à petit.
La psychologue prend subitement plus d’importance dans ce volume. Elle devient très intéressante.
Au travers des 2 histoires et des scènes avec Fujimoto, on sent que la volonté du mangaka a été de mettre en avant la rébellion et les risques liés à ça, avec notamment la sensation que toute personne peut faire partie de la section Kokuhan et donc vous dénoncer.
Le dessin de Motorô Mase est toujours aussi bon. Là, il fait preuve de beaucoup de talent pour représenter les graffs.
Pour conclure, même si j’ai moins été touché par les deux histoires, le mangaka développe surtout son monde et cette société, avec pour but d’amorcer ce que sera la suite de l’histoire. Ça reste toujours intelligent et profond mais un poil en-dessous des autres tomes.
Et vous qu’en avez-vous pensé? Trouvez-vous aussi les deux histoires légèrement inférieures aux autres?




















Bonjour
Excellent critique
Oui ce tome semble une transition de émotionnel au plus politique
Un conseil : malgré sa couverture immonde fonce sur le tome 6
@Kesasar : Je ne l’ai pas encore mais je lirais évidemment. Je ne passerais pour rien au monde à coté d’un tome (même si je suis long :p )
Excellent critique très détaillée.
Le tome 5 ne m’a pas semblé en dessous des autres, j’ai apprécié la 2ème histoire où pour une fois une personne est heureuse de recevoir l’Ikigami et on voit où cela la mène.
La délation et la référence à l’Histoire est présente mais c’est amené subtilement tout comme la trame de fond de la rébellion qui aura vraiment son importance dans le tome 6 qui est vraiment génial!!