Fluorescent Black de MF Wilson et Nathan Fox

Kameyoko 22/11/2011 4
  • Scénario
  • Graphisme

Fluorescent Black de MF Wilson et Nathan FoxFluorescent Black de MF Wilson et Nathan Fox

Un futur basé sur la dictature génétique

Fluorescent Black est un titre issu, en VO, du magazine Heavy Metal. Ce titre s’est fait remarqué par son ambiance cyberpunk-biopunk et son discours sur la génétique.
Et c’est, une nouvelle fois Milady Graphics qui a été nous dégoter ce comic, loin du mainstream, mais aux qualités évidentes. Cet éditeur confirme, une fois de plus, sa capacité à dénicher des titres de qualité, toujours plein de personnalité et surprenant.
Ce Fluorescent Black, qui ne paie pas forcément de mine de prime abord, se révèle être très prenant et profond.

Fluorescent Black de MF Wilson et Nathan Fox est édité par Milady Graphics et est disponible à la vente depuis octobre 2011.

Résumé de Fluorescent Black

En 2085, à la frontière entre la Malaisie et Singapour, la bio-ingénierie a scindé en deux la population. D’un coté les Supérieurs et de l’autre les Inférieurs. Pour les bienheureux ayant un code génétique pur vivent à Biopolis à Singapour. Pour les malheureux à qui ont a détecté une impureté, ils sont envoyés à Johor Bahru. Là-bas, les gens vivent en ghetto, il y règne un climat de violence où tout se vend et où la vie n’a que peu de valeur. L’éco-système est aussi empoisonné et c’est le repaire des banques d’organes et autres gangs prêts à tout pour de l’argent.
Max et Blue, des frères et soeurs ont grandi dans cet enfer. Et dès leur premier nuit ils en ont eu un aperçu.
Dès années après la mort de leur mère (dont ils ont revendu son corps), ils ont rejoint un gang avec qui ils essaient de survivre et se faire de l’argent pour recevoir un traitement génétique.
Un jour un homme de Biopolis leur confie une mission, qui sent l’entourloupe à plein nez. Pourtant la bande de Max accepte et rien ne se passe comme prévu. La situation va rapidement dégénérer.
Ils feront la connaissance d’une jeune femme : Nina qui est recherchée par beaucoup de personnes, qui vaut très cher et dont pourrait dépendre le sort de beaucoup de personnes.

Une ségrégation génétique offrant salut ou enfer

Fluorescent Black est un comic imaginé par MF Wilson et mis en image par Nathan Fox. C’est un récit futuriste, de science-fiction, qui se déroule dans un monde à la fois enchanteur et répugnant. C’est un monde où la génétique a pris une part prépondérante, au point même de conditionner le restant d’une vie. Une simple dégénérescence, anomalies et c’est le voyage en Malaisie, synonyme de vie horrible et violente. Alors qu’avec un code génétique parfait, c’est une vie révée à Biopolis à Singapour. Une dualité sur laquelle repose tout le concept de ce titre, les deux étant séparés par un pont.
Pourtant, malgré ce background riche, intéressant et qui amène le lecteur à réfléchir nous ne savons peu de choses, voir rien du tout sur la situation mondiale.
Pourtant, malgré cet espace géographique limité, on ne perd pas en importance et profondeur.

La mise en place de ce contexte est cruciale et permet au lecteur de s’immerger dans ce récit, qui dénonce les méfaits de la manipulation génétique et l’étude à but mercantile du génome humain. Et ce d’autant plus qu’il y a une part de vraisemblance indéniable. Surtout dans la dissociation entre Supérieurs et Inférieurs, malheureusement bien crédible.

Le background est donc dense, riche et amène à s’interroger. Pourtant, il est facile d’accès car tout est bien mis en place. Le scénariste pose un cadre spatio-temporel, mais sans chercher à aller trop dans le détail. Il y a une grosse liberté d’imagination pour le lecteur. On sent que le scénariste à bien imaginer son monde, mais que, pour le rendre plus digeste et pour ne pas trop allonger le récit, il n’entre pas dans le détail de points annexes à l’intrigue.

Le scénario se concentre sur Max et sa bande, et de leur rencontre avec Nina et les changements qu’elle amène. Bien que partant d’un postulat assez classique : un coup qui tourne mal et où les protagonistes se retrouve avec une marchandise importante (en l’occurence, une femme) et de valeur, recherchée par des gens puissants, les évènements de Fluorescent Black sont assez originaux. Le récit est mené à 100%, se montre parfois gore et dérangeant.En effet, à Johor Bahru, le monde est poisseux, violent, et aux moeurs et fonctionnements étranges (un peu cyberpunk) comme ce trafic d’organes et le peu de considération de la vie. Les scènes d’action s’enchaînent rapidement, au fur et à mesure que l’enjeu croit, jusqu’à atteindre la scène finale.
Les personnages sont bien développés et on suit leur état d’esprit, souvent fataliste, et leurs actions. Tous ont une histoire et se voit développés comme il faut, notamment Max et Nina. Concernant le méchant de l’histoire, il a un développement intéressant. On ressent bien l’ambivalence du personnage qui a amélioré le monde, tout en l’ayant détérioré d’un autre coté. Très intéressant !

MF Wilson se montre assez fin dans son écriture en abordant pas mal de thèmes comme l’éthique génétique, les dommages collatéraux que peuvent engendrer une découverte positive, l’ambivalance de la société capable de faire cohabiter paradis et enfer, la survie… Cette finesse se retrouve aussi dans des dialogues percutants, ciselés et dans l’utilisation de cet espèce de dialecte mélangeant l’anglais et les langues locales.

Graphiquement, le travail de Nathan Fox est à souligner. Son trait se révèle très riche permettant de rendre palpable l’enfer de ce ghetto de Malaisie. On ressent tout le coté sombre, poisseux, dégradant de cette ville et de ces habitants. Son découpage et sa mise en scène sont dynamiques et fluides et donnent corps à cette atmosphère et à ce récit.
Son trait mélangeant un coté réaliste mais un peu cartoony, avec un encrage prononcé, et complété d’une colorisation flashy donne vraiment une ambiance unique au titre. Elle insiste sur la moiteur tout en dédramatisant un peu. Original et diablement efficace. Le travail sur les détails et les décors est assez impressionnant aussi.
Il y a un coté punk que j’apprécie beaucoup.

Un petit mot sur l’édition de Milady Graphics. Outre la traduction de qualité, cet éditeur a mis le paquet sur l’ouvrage en lui-même, ce qui se ressent sur le prix (environ 25 €). En plus d’une préface intéressante, de nombreux bonus et près de 200 pages de comic, on remarquera surtout ce hard cover grand format du plus bel effet. Le format est donc plus grand que le format classique, même pour des hardcovers (comme ceux de Delcourt par exemple).
Même si l’ouvrage est vraiment superbe avec cette couverture, ce rose, le format n’est pas pratique. Par exemple bon courage pour le lire dans le métro :)

Pour conclure, Milady Graphics nous a encore déniché une petite pépite, dense, profonde, rudement bien menée et palpitante.
Le contexte de l’histoire est énorme, les personnages travaillés, le travail graphique superbe. Punk, trash parfois, très bien écrit, avec des thématiques fortes, ce Fluorescent Black est une vraie réussite. Certes, c’est un titre particulier, loin du mainstream, mais il serait dommage de passer à coté. Un comic comme ça, qui sort des sentiers battus, n’est pas si courant. Un très bon comic futuriste.

Et vous qu’en avez-vous pensé ? Êtes-vous entrer dans ce monde ? Trouvez-vous plausible en tel monde ?


4 commentaires »

  1. Crazy Dr 23/11/2011 at 16:58 -

    Tiens, ça me fait penser à Babylon AD :smile:

  2. Kameyoko 23/11/2011 at 23:46 -

    @Crazy Dr : Peut-être :roll: Ne l’ayant pas vu je peux pas dire. Ce film s’est tellement fait démonté que ça m’a pas donné envie d’aller plus loin. Et le recente vidéo sur les calvaires vécus par Kassovitz confirme cela ^^

  3. Torospatillo 30/11/2011 at 13:38 -

    Ca me donne très envie !

    De par la violence graphique qui se dégage de la couverture, ça me fait vaguement penser à l’excéllent Amer Béton (pas sure du titre français)…

  4. Kameyoko 04/12/2011 at 10:53 -

    @Torospatillo : J’ai pas du lire le titre que tu cites. Mais du trait de Nathan Fox se dégage effectivement une certaine violence et puissance graphique, avec un peu d’underground

Laisser un commentaire »