Critique : Corvis Rebaine, tome 1 – L’ombre du Conquérant de Ari Marmell

Torospatillo 26/01/2012 0

L'ombre du conquérant d'Ari Marmell

Corvis Rebaine, tome 1 – L’Ombre du Conquérant de Ari Marmell.

Du jeux de rôle à la fantasy.

L’Ombre du Conquérant est un roman de fantasy écrit par l’américain Ari Marmell, lequel a longtemps officé dans l’industrie du jeux de rôle.
Cet ouvrage est le premier du cycle intitulé Corvis Rebaine, nom du protagoniste de ce roman, mais pour l’instant le nombre de tomes prévu n’a pas été annoncé.
Le livre est édité chez Bragelonnes, qui nous a pondu une couverture que personnellement je trouve magnifique et percutante.

Résumé de L’Ombre du Conquérant chez Bragelonne.

Ils l’appelaient la Terreur de l’Est.Dans son armure noire ensorcelée, Corvis Rebaine s’était taillé un passage sanglant à travers le royaume. Mais, alors que la victoire était proche, il s’était volatilisé, emmenant avec lui une jeune noble du nom de Tyannon.

Dix-sept ans plus tard, Rebaine et Tyannon sont mariés et élèvent leurs enfants. Rien ne pourrait inciter Rebaine à sortir de sa retraite… Jusqu’au jour où sa fille est agressée par les sbires d’un nouveau chef de guerre, Audriss, dont les rêves de conquête ressemblent étrangement à ceux que lui-même nourrissait auparavant.
Pour sauver le royaume qu’il avait autrefois tenté de conquérir, Rebaine doit endosser sa vieille armure. Mais osera-t-il réveiller la part de lui qui se délectait jadis de la destruction ?

A la croisée de la high fantasy, de la dark fantasy et de l’humour à la Pratchett.

L’Ombre du Conquérant est un roman surprenant tant il est difficile à classer dans une catégorie.
En effet, comme sa sublime couverture le laisse présumer, il s’agit d’un roman violent et mature. Corvis, le protagoniste de cet opus, n’a pas usurpé son titre de Terreur de l’Est. Que ce soit à coup de hache ou de magie, les têtes roulent et le sang gicle, les corps tombent aussi bien au coeur des batailles qu’à simple titre d’exemple pour re-cadrer les troupes. Corvis ne fait pas dans la dentelle et son ennemi également.
Si un coup d’épée peut générer de lourdes blessures, la magie, la torture ou l’empoisonnement peuvent entraîner des dommages peu ragoûtants… Par moment on sent que Ari Marmell s’est délecté à tomber dans le gore et le malsain et c’est très réjouissant.
Au surplus, l’adversaire de Corvis a, dans son armée, quelques commandos d’élites composés d’êtres aux techniques de combats dont la fourberie n’a d’égale que la violence : des gobelins, des vampires. Toutefois, cet aspect mature, se retrouve balisé par un scénario empruntant les chemins de la High Fantasy (attention ce n’est pas une critique). Le postulat de départ est pourtant original : un ancien conquérant sanguinaire qui vit paisiblement dans un village reculé, qui passe ses journées à bêcher son potager en compagnie de sa femme et de ses deux enfants, se voit rattrapé par son passé et doit reprendre les armes.
Toutefois, le cheminement de Corvis pour arriver à ses fins est relativement classique; recrutement de ses anciens officiers (un ogre, une sorcière,…), puis de mercenaires, pour enfin aller joyeusement se mettre sur la gueule avec le grand méchant de l’histoire, Audriss.
Cependant, Corvis n’est pas en quête de rédemption, il ne cherche pas à faire oublier les atrocités qu’il a commis 17 ans plus tôt. Il cherche seulement à protéger sa famille.
Alors là vous devez vous dire que c’est un peu faible comme motif pour se créer une armée, partir en guerre, et se trouver opposé aux forces d’Audriss mais également à celles du Royaume d’Imphallion, elles même luttant contre ce nouvel envahisseur. Et pour cause, personne en Imphallion n’a oublié les agissements passés de la Terreur de l’Est, dès lors sa tête est toujours mise à prix.
Mais, ce prétexte ridicule est en fait assumé pleinement par son auteur. En effet, cet ouvrage est franchement drôle. Un humour “pince-sans-rire” et décalé très proche de celui présent dans les récits de Pratchett. Corvis est en quelque sorte en pleine crise de la quarantaine, son dos le fait souffrir et il est fatigué à l’avance de retrouver les décérébrés qu’il avait pour camarades.
Cependant, ne vous attendez pas, comme dans un ouvrage des Annales du Disque-Monde, à un récit placé entièrement sous le signe de l’absurde, mais plus à des éléments humoristiques placés avec parcimonie mais vraiment efficaces.
Les dialogues entre les principaux personnages sont souvent très drôles, les veilles rancunes entretenues depuis 17 ans ne cessent pas du jour au lendemain et certaines joutes verbales sont tout simplement hilarantes.
Par exemple, Khanda, le démon de Corvis, est dans sa personnalité très proche de Glados (Portal), et leurs échanges m’ont réellement fait mourir de rire…
Quant au récit en lui même, il est plaisant à lire, sans temps morts, bref c’est du tout bon.
Chaque chapitre s’ouvre sur un flash-back nous dévoilant quelques moments clefs de la campagne de la Terreur de l’Est 17 ans auparavant, nous distillant ainsi avec parcimonie quelques informations capitales qui auront leur importance sur la suite du récit.
On se retrouve également absorbé par la double intrigue de l’histoire, on cherche ainsi à savoir qui se cache derrière Audriss et comment connait-il si bien si les anciens plans de conquête de Corvis, mais on s’interroge au surplus sur quel était le but réel de la précédente campagne de la Terreur de l’Est.
Bref, vous l’aurez compris, je me suis éclaté à lire ce récit. C’est drôle, bourrin et prenant. Ce livre ne plaira certainement pas à tout le monde, ce n’est en tout état de cause pas le livre de fantasy qui bouleversera le genre, mais si vous cherchez un bon divertissement, ce récit est une belle bouffée de fraîcheur. De plus, bien que cet ouvrage soit le premier tome d’un cycle consacré à Corvis Rebaine, il se suffit à lui même, et conte une histoire complète, alors pourquoi ne pas lui laisser sa chance?


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